Veto de l'UE à la fusion Siemens-Alstom: Paris et Berlin furieux, Infrabel "content de cette décision"

La Commission européenne rejette la fusion entre Alstom et Siemens
La Commission européenne rejette la fusion entre Alstom et Siemens - © THOMAS SAMSON - AFP

Bruxelles a mis son veto mercredi à la fusion entre le français Alstom et l'allemand Siemens, provoquant la fureur de Paris, qui comme Berlin était un fervent partisan de la création d'un champion européen du ferroviaire pour faire face à la concurrence chinoise.

Autrefois encensée par le président Emmanuel Macron pour son intransigeance vis-à-vis des GAFA, la Commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, n'a visiblement pas hésité une seconde à se mettre à dos les deux plus gros pays de l'Union (le Royaume quittant l'UE pour cause de Brexit), au nom de la protection des consommateurs.

Vives réactions

Le Premier ministre français Édouard Philippe a estimé que le veto de Bruxelles était "une mauvaise décision" prise "sur de mauvais fondements", le porte-parole du gouvernement fustigeant une "faute économique et politique".

La décision de la Commission européenne pose la question de "la refondation de la conception du droit de la concurrence au sein de l'Union européenne, qui n'est plus adapté", a dit le porte-parole, Benjamin Griveaux, selon lequel l'hypothèse d'un recours contre le refus n'était "pas tranchée".

"Complètement à côté de la plaque"

"Bien entendu, l'intérêt (pour la fusion, ndlr) a été très élevé en France et en Allemagne, mais il y a 26 autres Etats membres qui ont un intérêt sur le marché" du ferroviaire, a expliqué la Commissaire danoise. "Et il est important de ne pas seulement écouter ceux qui sont très bavards dans les médias", a-t-elle ajouté. Le ministre français des Finances Bruno Le Maire s'était mercredi matin emporté contre sa décision.

"Je crois que les jeux sont faits", avait affirmé le ministre sur la chaîne de télévision France 2, parlant d'une "erreur économique" qui "va servir les intérêts" de la Chine.

La secrétaire d'Etat française à l'Economie, Agnès Pannier-Runacher, a qualifié le veto de Bruxelles de "complètement à côté de la plaque" et jugé nécessaire de faire évoluer les règles concurrentielles en Europe.

Même son de cloche de l'autre côté du Rhin. "Nous sommes convaincus que nous devons repenser et modifier les règles européennes de la concurrence", a déclaré le ministre allemand de l'Economie Peter Altmaier (CDU), en annonçant "la préparation d'une initiative germano-française", sans en préciser les contours.

"Une Europe pas à la hauteur"

Le patron de Siemens, Joe Kaeser, a dénoncé une Europe qui ne serait pas à la hauteur. "Protéger les intérêts des clients localement ne signifie pas se priver d'être sur un pied d'égalité avec des pays leaders comme la Chine et les Etats-Unis", a-t-il dit dans un communiqué.

Mais pour Mme Vestager, la menace chinoise n'est pas près de se concrétiser en Europe.

"Aucun fournisseur chinois n'a jusqu'ici participé à une offre publique en Europe pour vendre sa signalisation, ni fourni un train à très grande vitesse hors de Chine. Il n'y a aucune perspective de l'arrivée des Chinois sur le marché européen dans un futur proche", a-t-elle fait valoir lors de la conférence de presse.

"La Commission a interdit la concentration parce que les entreprises n'étaient pas disposées à remédier aux importants problèmes de concurrence que nous avons relevés", a-t-elle ajouté.

"En l'absence de mesures compensatoires suffisantes, cette concentration aurait entraîné une hausse des prix pour les systèmes de signalisation qui assurent la sécurité des passagers et pour les futures générations de trains à très grande vitesse", a-t-elle poursuivi.

Mme Vestager s'était inquiétée à maintes reprises des effets du rapprochement. Il aurait réduit le nombre d'industriels rivaux dans l'Union, ce qui aurait risqué de faire monter les prix des trains pour les compagnies ferroviaires, et celui des billets pour les consommateurs.

Infrabel, "content de cette décision"

Infrabel de son côté a remercié la Commission européenne pour le professionnalisme et l'impartialité avec lesquels elle a mené l'enquête sur la fusion de Siemens et Alstom. "Nous avions saisi la Commission européenne pour faire part de notre inquiétude, Alstom et Siemens étant nos principaux fournisseurs", explique Arnaud Reymann, porte-parole. "Nous sommes très contents de cette décision".

Cette fusion aurait en effet "créé une situation de monopole de fait, dont les clients européens auraient directement fait les frais, mais qui aurait impacté indirectement toute notre société et notre économie", affirme encore la société belge. La Commission "a pris la décision qui s'imposait en vue de protéger les intérêts des opérateurs, gestionnaires d'infrastructures, Etats, actionnaires et clients européens du rail".

Infrabel est d'avis qu'il faut désormais réfléchir aux grands défis de l'industrie ferroviaire européenne, identifier des solutions dans l'intérêt de toutes les parties prenantes et se dit prête à s'engager dans ce débat.

Journal télévisé 27/09/2017

L'annonce de la fusion de deux géants ferroviaires Alstom et Siemens suscite des inquiétudes à l'usine Alstom de Charleroi

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