La chute du géant de l’immobilier chinois Evergrande mènera-t-elle vers une nouvelle crise financière mondiale ?

Pourrions-nous revivre une nouvelle crise financière mondiale à l’image de la crise des subprimes de 2008 ? La question se pose après que le géant de la construction chinois "Evergrande" a annoncé faire face à une pression financière énorme.

Criblé de dettes à hauteur de 300 milliards de dollars, le groupe, qui compte 1300 chantiers en cours ainsi que trois millions d’emplois directs et indirects, est dans la tourmente et le scénario d’une liquidation pourrait avoir des conséquences pour l’économie mondiale et sur la stabilité sociale de la république populaire.

Il suffit d’un mot d’ordre du gouvernement central pour éviter ce qui s’est passé aux États-Unis au moment de l’affaire Lehman.

Pourtant pour Xavier Timmermans, stratégiste chez BNP Paribas Fortis, la crise que traverse Evergrande est à relativiser : "La dette est énorme, mais si on compare ça à la taille du marché des prêts bancaires en Chine, ça fait 1%. Il faut savoir aussi qu’en Chine, à la différence de ce qu’on a en Europe et aux États-Unis, le système bancaire, les grandes banques chinoises sont quand même dominées par des institutions publiques. C’est l’État qui est derrière ces grandes banques. Donc, il suffit d’un mot d’ordre du gouvernement central pour éviter ce qui s’est passé aux États-Unis au moment de l’affaire Lehman."


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La probabilité que l'État intervienne est importante

L’attention se porte donc vers les décisions que le gouvernement chinois pourrait prendre. Mais à l’heure actuelle, l’administration chinoise, chapeautée par Xi Jinping, n’a encore rien décidé vu la difficulté de la situation comme le fait remarquer Frank Vranken, stratégiste chez Edmond de Rothschild Europe : "C’est un équilibre extrêmement délicat pour le Parti communiste. D’une part, il veut montrer l’exemple en disant : 'écoutez, se surendetter et penser que nous serons toujours là pour vous aider, ce n’est pas une garantie '. D’autre part, bien entendu, le Parti communiste veut absolument éviter toute émeute sociale ou trouble social en général. Donc, ici, clairement, je pense qu’il se tâte encore un peu, mais in fine, la probabilité que l’État intervienne pour calmer le jeu me paraît quand même importante."

Cette intervention publique devrait probablement induire une restructuration ordonnée de la dette d’Evergrande pour préserver les banques et surtout pour préserver le secteur immobilier qui assure à peu près un tiers de la croissance économique chinoise. Le secteur occupe donc une place extrêmement importante dans le patrimoine financier des ménages chinois.

L’immobilier compte pour 40% de leur fortune

Xavier Timmermans, stratégiste chez BNP Paribas Fortis : "L’immobilier compte pour 40% de leur fortune", précise le stratégiste de BNP Paribas Fortis. "Ça poserait donc un problème si les prix de l’immobilier venaient à s’effondrer, parce qu’il y aurait un effet richesse qui pourrait avoir un impact économique. Le sentiment de s’être appauvri conduirait à une réduction de la consommation, par exemple."


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Sur les 300 milliards de dollars de dettes d’Evergrande, 200 milliards de dollars sont en fait des avances déjà versées par les clients.

Les banques chinoises et étrangères qui lui ont prêté de l’argent vont en perdre une partie. Combien exactement ? On ne le sait pas encore. Idem pour quantité de petits porteurs comme le démontre Xavier Timmermans : "Evergrande, ayant des difficultés de financement, a émis énormément d’obligations à haut rendement qui ont été achetées par des produits financiers distribués par les banques. Il y a donc beaucoup de petits porteurs qui pourraient être affectés s’il y avait une restructuration radicale de la dette. En même temps, beaucoup de ces produits financiers sont des produits extrêmement spéculatifs qui ont donné d’énormes performances dans le passé, de l’ordre de 15%, mais ces 15% étaient en rémunération d’un risque qui était extrêmement élevé."

C’est donc une petite piqûre de rappel qui est valable en Chine, mais aussi chez nous : plus la rémunération promise pour un investissement est élevée, plus le risque est élevé aussi.

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