La Chine, seul pays avec une croissance positive en 2020 : est-ce que ça suffit vraiment ?

Alors que la plupart des grandes économies restent en récession, la Chine est le seul pays à dégager une croissance économique positive, on parle de 2,3% en 2020 mais attention, ce PIB (Produit Intérieur Brut) est tout de même le plus bas depuis plus de 40 ans. Le PIB mesure l’ensemble des richesses économiques produites par un pays sur un an mais du coup, est-ce que ce score est suffisant pour la Chine ?

Pour Philippe Ledent, expert économiste chez ING, ce résultat de 2,3% est une "performance inouïe malgré le choc économique ".

Rappelez-vous, la Chine a été le premier pays touché par l’épidémie, la Chine a connu au premier trimestre 2020 un repli historique de sa croissance (-6,8%), après des mesures de confinement sans précédent qui ont plombé l’activité. Le creux économique s’est donc déroulé beaucoup plus tôt qu’en Europe ou aux Etats-Unis.

L’amélioration progressive des conditions sanitaires à partir du printemps a toutefois permis au produit intérieur brut (PIB) de rebondir. Il s’est affiché en hausse de 6,5% sur un an au dernier trimestre, soit son niveau pré-pandémie, a indiqué lundi le Bureau national des statistiques (BNS).

Un PIB suffisant ?

Beaucoup, auront tendance à croire qu’une croissance inférieure à 5% dans le cadre de la Chine est une forme de récession dans nos économies puisqu’il s’agit d’un pays qui compte d’énormes besoins pour produire par exemple.

"En Chine, c’est une économie de par sa structure, effectivement les performances nécessitent une correction. 2,3% au regard des chiffres de l’ordre des 6%, ce n’est pas si énorme mais ce chiffre traduit que les dégâts ont été largement limités", explique l’économiste.


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Et pourtant, les prévisions économiques en 2021 annoncent un retour de la croissance économique chinoise, selon Philippe Ledent.

"Ici, c’est un accident. La Chine a limité les dégâts en prenant toute une série d’hypothèses sur l’évolution de la pandémie et l’arrivée du vaccin", rajoute-t-il.

L’institution a abaissé de 0,3 point sa prévision de croissance pour la Chine cette année, à 7,9%.

Pas de seconde vague en Chine

A la différence des Etats-Unis et de l’Europe, la Chine a réussi à juguler très rapidement la pandémie et de ce fait, l’économie a redémarré très rapidement et très fortement.

"Quand l’Europe, par exemple, a eu ce rebond économique, cet été après la période de confinement, les activités ne sont jamais revenues au niveau d’avant crise alors qu’en Chine, le niveau d’activité est revenu par une maîtrise plus stricte de l’épidémie mais aussi parce qu’il n’y a plus jamais eu de secondes vagues ou quoi que ce soit", explique Philippe Ledent.

La différence se fait plutôt dans le chemin de la reprise que dans le choc lui-même.

Philippe Waechter, économiste a également réagi sur Twitter : "La croissance chinoise en hausse de 2.3% sur l’année 2020. L’écart avec le reste du monde est important et va s’accroître en raison du confinement un peu partout. Néanmoins la croissance chinoise s’est faite alors que la consommation (ventes de détail) se contractait".

Pour l’ensemble de l’année 2020, la Chine enregistre 2,3% de croissance. Il s’agit d’un chiffre supérieur aux prédictions d’analystes sondés par l’AFP (+2%). Mais cette performance est bien moindre par rapport à celle de 2019, quand la croissance chinoise pointait à 6,1%, déjà à son niveau le plus bas en près de trois décennies.

Contrairement à la plupart des autres pays qui devraient annoncer une récession, "l’économie chinoise a connu une trajectoire enviable durant la majeure partie de 2020", estime l’analyste Xiao Chun Xu, de l’agence de notation Moody’s.

Une reprise de l’activité liée à la forte demande de l’étranger ?

La reprise de l’activité en Chine a été particulièrement notable en fin d’année, du fait de "la très forte demande" à l’étranger de produits médicaux et de matériel pour le télétravail (notamment des ordinateurs), souligne pour l’AFP l’analyste Rajiv Biswas, du cabinet IHS Markit.

Mais pour ce pays spécialisé dans l’exportation, ces quelques marchés ne représentent pas le poids total des autres secteurs en dehors de la crise. Les demandes des marchés extérieurs sont globalement moins élevées puisque l’activité économique européenne ou encore américaine tourne au ralenti. On peut donc considérer que l’exportation "en général" est plutôt un "point de faiblesse" de la Chine à l’heure actuelle.


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"Les fortes demandes de masques ne compensent pas le manque général de demandes liées au fait que l’activité économique tourne au ralenti. Par exemple, les composants électroniques, à partir du moment où on vend moins de voitures, les entreprises ont besoin de moins de composants électroniques", rajoute Philippe Ledent, expert économiste chez ING.

Signe de l’impact de la pandémie, la production industrielle n’a toutefois progressé que de 2,8% sur l’ensemble de l’année, le chiffre le plus faible au moins depuis le début du siècle.

La demande intérieure chinoise en progression

Les ventes au détail en d’autres termes, la vente auprès des consommateurs en direct ou via des magasins est le principal indicateur de la consommation. Il est en progression sur un an de 4,6%.

L’économie chinoise "a fait face à une situation grave et complexe aussi bien dans le pays qu’à l’étranger […] du fait notamment des énormes conséquences de l’épidémie" de Covid-19, a reconnu Ning Jizhe, un responsable du Bureau national des statistiques (BNS).

Un résultat exceptionnel

La Chine a largement endigué l’épidémie de coronavirus sur son sol grâce à des tests, des confinements, des quarantaines et au suivi des déplacements.

La vie a repris un cours quasi normal, à l’exception de nouveaux foyers dans la région limitrophe de Pékin et dans le nord-est du pays, où les autorités ont réimposé de strictes mesures de quarantaine.

Certains secteurs, en particulier les services, restent pénalisés par la peur du virus. C’est le cas de la restauration : les ventes ont accusé une baisse de 16,6% sur l’ensemble de 2020. Et la tendance pourrait bien se poursuivre cette année en cas de dégradation des conditions sanitaires en Chine, prévient l’analyste Ting Lu, de la banque d’affaires Nomura.

Mais compte tenu de tout ce qui s’est passé en 2020, le résultat de ce PIB reste exceptionnel.

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