La bourse argentine s'effondre après le revers électoral de la droite

Ce lundi, L’Argentine a vécu un krach boursier historique avec une chute de pratiquement 40%. Celui-ci fait suite à la défaite de la droite de Mauricio Macri à la primaire électorale dimanche.

Depuis 1950, selon l’agence Bloomberg, il n’y a eu qu’un seul krach plus important que celui de la Bourse de Buenos Aires. C’était au Sri Lanka en juin 1989. Le pays avait connu une chute de 62%, mais le contexte était différait puisque le Sri Lanka était en pleine guerre civile.

Pour Xavier Dupret, économiste à la Fondation Jacquemotte, la dimension politique à ce choc boursier est évidente. "Je pense qu’il faut l’analyser comme ceci : une partie des investisseurs, et spécialement les investisseurs argentins, n’ont pas confiance dans la formule présidentielle. Ils savent qu’Alberto Fernández est un centriste, mais ils savent aussi que sa colistière - et c’est elle qui ramène les voix - s’appelle Cristina Kirchner et qu’elle est sans doute moins centriste".

Situation économique catastrophique

En ce qui concerne le programme économique d’Alberto Fernández, Xavier Dupret n’y voit pas grand-chose de très menaçant pour le système capitaliste et, en tout cas, pas de quoi alimenter un krach boursier d’une telle violence. "Il n’y a rien de spécialement révolutionnaire. Il n’a pas dit qu’il allait faire l’audit de la dette et refuser de payer le FMI", explique-t-il. "Au contraire, il va chercher un accord pour élargir les délais de remboursement du FMI et il ne compte même pas laisser son économiste en chef, le futur ministre de l’Économie de l’Argentine, Matías Kulfas, qui disait à la presse : " il n’y aura même pas de retour du contrôle des changes ". On ne peut donc pas dire que ce soit un programme spécialement dirigiste".

La situation économique très difficile de l’Argentine explique, en partie, l’ampleur du krach boursier qui vient de se produire. Et là est le paradoxe. La situation économique de l’Argentine est catastrophique et pourtant son indice boursier de référence grimpait régulièrement depuis le début de cette année. Sur un an et malgré le krach qui vient de se produire lundi, cet indice gagne encore 10% alors que l’économie du pays ne tient que grâce à un prêt de 57 milliards de dollars du FMI.

"Tout le système s’alimente à partir de ces dollars qui ont été accordés sur une base strictement politique", confirme Xavier Dupret. "Il s’agit des excellents rapports entre la présidence argentine et Donald Trump. La famille Macri et la famille Trump ont fait des affaires dans le passé et on retrouve ça à la tête de l’État aujourd’hui. Mais lorsque ce prêt a été convenu il y a un an, à la fin de l’année 2018, on voyait bien que l’Argentine n’allait pas générer par son commerce extérieur les dollars qui permettaient de rembourser le prêt du FMI. Ce qui se passe donc aujourd’hui, c’est un accélérateur, c’est une crise de conscience qui aurait dû avoir lieu il y a six ou sept mois, et sans doute même il y a plus d’un an. Il ne fallait sans doute pas accorder 57 milliards de dollars comme ça à l’Argentine. La venue de la gauche vient maintenant accélérer cette prise de conscience qui est assez douloureuse".

Pour autant, Xavier Dupret est convaincu que l’Argentine a les moyens de s’en sortir. Elle devra sans doute d’abord renégocier les conditions de remboursement qu’elle doit à ses créanciers, et notamment le FMI, et ensuite, dit-il, en réindustrialisant le pays dans des secteurs intensifs en main-d’œuvre.

Il s’agit de lutter contre un chômage endémique très important, le textile ou la chaussure sont par exemple des possibilités. Cela passera sans doute aussi par le retour de barrières commerciales pour permettre cette réindustrialisation de l’Argentine.

 

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