"La Belgique reste un des derniers pays en Europe pour la création de start-up au féminin"

C’est un constat récurrent en Belgique, l'entrepreneuriat est moins développé chez les femmes que les hommes. On le voit par exemple au nombre des indépendants, même si ce n’est pas forcément le meilleur critère. Dans le cadre de la Journée internationale des droits des femmes, Loubna Azghoud, coordinatrice de la plateforme Women in Business à Bruxelles, était l'invitée de l'Ecomatin sur La Première.

Un tiers des femmes à peu près sont indépendantes, alors qu’elles représentent 50% de la population. C’est dû à quoi ?

"Comme vous le dites très bien, elles sont minoritaires par rapport aux hommes. Il y a certains freins encore qui persistent dans l’entrepreneuriat féminin qui peuvent empêcher les femmes d’entreprendre ou en tout cas qui les freinent, comme par exemple la conciliation entre la vie privée et la vie professionnelle. Il y a une étude de la VUB et de l’Institut de l’égalité entre les hommes et les femmes qui estime à deux heures trente de travail non rémunéré pour les femmes par jour, partagées entre les soins à la famille et les tâches domestiques, où les femmes feraient plus de 10 heures par semaine de travail non rémunéré en plus que les hommes".

Ça reste un frein ?

"Ça reste un frein important puisqu’il faut forcément déjà pouvoir trouver une place de crèche où laisser son enfant et il faut pouvoir s’occuper de lui quand il est malade. Encore aujourd’hui, trop souvent la parentalité est portée juste par la femme et pas par l’homme. Il y a des grands débats aujourd’hui pour partager la parentalité. On parle aussi beaucoup du congé de paternité qui devrait pouvoir être instauré à un moment de manière plus longue. Donc, les mentalités commencent à changer. Les hommes sont de plus en plus enclins à pouvoir aussi s’occuper de la famille, mais il faut aussi pouvoir permettre l’espace aux hommes dans l’entreprise pour pouvoir prendre ce congé de paternité, pouvoir partir plus tôt pour aller chercher ses enfants sans être marginalisés".

Est-ce que le rapport aux risques est différent chez l’homme et la femme ? Il pourrait peut-être expliquer aussi qu’une femme se lance moins facilement pour devenir indépendante ou chef d’entreprise ou créatrice d’entreprise ?

"La peur du risque est un fait avéré chez les femmes, c’est un fait psychologique qui a été mesuré par des études. Mais l’interrogation qu’il faut alors se poser est de se demander si la peur du risque est innée chez les femmes. Moi je ne le pense pas. Je pense qu’il y a des biais de genre qui s’installent très jeune dans l’éducation et c’est sur ces biais de genre qu’il faut pouvoir travailler, justement les stéréotypes liés au genre, aux rôles prédéfinis du féminin et du masculin dans la société que l’on définit très jeunes dans l’éducation et dans sa vie".

Est-ce que la donne est en train de changer ? On voit de plus en plus depuis quelques années dans de plus en plus de start-up que parmi les créateurs de start-up, il y a de plus en plus de créatrices. Est-ce que c’est le signe que quelque chose est en train de changer ?

"On fait un baromètre tous les deux ans — cette année on en a sorti un en 2017 — qui mesure l’évolution de l’entrepreneuriat féminin. On a observé que sur ces cinq dernières années, par exemple les chiffres du Global Entrepreneurship Monitor, on était en 2011 dernières élèves d’Europe, aujourd’hui on a la 14e place, avec un taux de 5%".

Ça bouge...

"Voilà, on commence à rattraper le gap, mais malheureusement même comme ça on est encore en retard parce que justement les hommes continuent à entreprendre — heureusement — et les femmes ont du mal à rattraper leur retard. Mais on sent vraiment qu’il y a quand même de l’émulation et c’est assez encourageant pour l’entrepreneuriat féminin. Vous avez parlé des start-up, la Belgique reste encore un dernier pays malheureusement en Europe pour la création de start-up au féminin. On est à 13,7 % de start-up pour la Belgique pour les femmes. C’est un secteur sur lequel on doit porter nos priorités puisque les secteurs innovants et de haute technologie sont très porteurs financièrement et ce sont des vraies opportunités pour les femmes qu’on ne doit pas pouvoir rater".

Ce qu’on a vu aussi avec la publication hier d’un baromètre sur l’entrepreneuriat féminin, c’est qu’apparemment les banques refusent plus facilement un crédit à une indépendante ou à une chef d’entreprise qu’à un indépendant ou un chef d’entreprise. C’est quelque chose que vous voyez régulièrement depuis des années ?

"Je pense, comme on l’a dit tout à l’heure, que c’est plutôt lié au biais de genre qui s’installe très jeune chez les hommes comme chez les femmes, chez les jeunes garçons comme chez les jeunes filles, ou peut-être qu’il y a certains préjugés sexistes qui persistent encore dans le monde de la finance. On pense beaucoup aux businessmans et pas à la businesswoman. Aujourd’hui, on sait aussi quand même que les femmes, malgré qu’elles soient 60 % des universitaires en Belgique, ne choisissent pas beaucoup les études au niveau de la finance ou la gestion d’entreprise, et encore moins dans les STEM, donc hautes technologies, mais plutôt dans le care et les études plutôt sociales ou littéraires. Donc, forcément, elles auront plus de mal à défendre leur plan financier. Pour séduire un investisseur, il faut pouvoir valoriser son business plan et il faut avoir un peu de bagout et savoir le valoriser, et souvent les femmes sont plus prudentes et donc ne racontent pas des salades, on va dire".

Mais les banquiers sont quand même là pour faire de l’argent. Si le plan d’affaires est bon, il n’y a pas de raison, si c’est une femme qui le porte de la désavantager, puisqu’ils y gagneraient moins quelque part.

"Justement. Ce qui est intéressant ces dernières années aussi, c’est qu’on voit que les banques s’intéressent de plus en plus aux femmes. C’est un fait qui a été relevé souvent par le secteur bancaire, mais aujourd’hui on sait que par exemple les femmes, quand elles doivent pitcher devant un investisseur, elles ne pitchent pas de la même manière. Donc nous, on travaille sur ces questions-là avec nos partenaires financiers. C’est aider les femmes à présenter leur plan financier".

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