La Belgique ne s'attendait pas au pire après la chute de Lehman Brothers

La Belgique ne s’attendait pas au pire après la chute de Lehman Brothers
La Belgique ne s’attendait pas au pire après la chute de Lehman Brothers - © Tous droits réservés

Lorsque les employés de Lehman Brothers quittent leur bureau pour de bon après la faillite de leur banque, cela fait déjà quelques mois que l’univers de la finance est parcouru de soubresauts. Mais jusqu’à présent, c’est surtout aux Etats-Unis que la crise des crédits hypothécaires pourris, les subprimes, fait des dégâts.  

Alors, lorsque la banque d’affaires Lehman Brothers chute mi-septembre, chez nous, on ne s’attend à ce qu’il y ait beaucoup d’implications en Europe, en Belgique plus particulièrement, comme se souvient Etienne de Callataÿ, administrateur chez Orcadia Asset Management : "En septembre 2008, on n’imagine pas l’effet de contagion du subprime. On sait que c’est un secteur fragile mais on ne se doutait pas que ce problème qui portait sur quelque chose comme 1500 milliards de dollars allait contaminer l’ensemble de la planète financière".

Juste un clignotant à surveiller...

Les autorités politiques en Europe ne s’inquiètent pas non plus. Didier Reynders, ministre des Finances à l’époque, se souvient que la chute de Lehman Brothers n’inquiétait pas en Europe, outre mesure : "C’est un clignotant qui s’allume à nouveau, comme il y en avait déjà eu avant pour montrer qu’il y a des turbulences sur les marchés financiers, mais avant aux Etats-unis avec déjà certaines répercussions en Grande-Bretagne, qu’on avait connu au préalable. Et en se disant qu’on va suivre la situation. Au même moment, une banque comme Fortis, par exemple, va encore sur les marchés pour augmenter son capital et pour essayer de mener à bien son opération de reprise d’ABN-Amro. Donc, on est dans un autre contexte", explique Didier Reynders.

On n'imaginait pas le gouffre à venir

Jean-Michel Cappoen était en 2008, et est toujours, syndicaliste dans le secteur financier. Pour lui, 2008 a été une période charnière. Car après, les banques ont dû réduire leur personnel pour tailler dans les coûts et augmenter leurs fonds propres. Mais à la mi-septembre, rien ne permet d’imaginer tout cela : "En Belgique, on ne s’inquiète pas vraiment car c’est vrai qu’on a des banques qui sont réputées fortes, qui sont en développement. Je pense que personne n’a vraiment vu venir. Le personnel non plus, parce qu’il faut se rappeler qu’on est à une époque où il y avait des investissements du personnel dans la banque, par des actions du personnel. Donc, je crois qu’il y a eu un premier élément de surprise. On s’est rendu compte qu’il y allait probablement un impact mais personne n’a imaginé le gouffre dans lequel on allait être plongés", se souvient Jean-Michel Cappoen.

Le système se grippait

Alain Declercq, lui, dirigeait et dirige encore la banque CPH, qui n’a jamais été exposée aux subprimes. Pour lui, le début de la crise financière en septembre 2008, c’est aussi le moment où les croyances sont ébranlées. On ne peut plus faire confiance aux agences de notation qui cotent les produits financiers, le triple A, "AAA" étant attribué aux produits jugés les plus sûrs : "Tout le monde se disait qu’acheter un triple A, c’était solide comme un roc. Or, vous avez des triple A avec des produits structurés qui étaient basés sur des créances pourries comme les fameux subprimes ou sur plein d’autres systèmes. Tout s’est grippé", explique Alain Declercq, administrateur délégué de la banque CPH.

Christophe Fontaine, était lui sur le terrain, à la direction d’une agence bancaire. Mi-septembre 2008 marque pour lui le début d’une période tendue : "A la fois, on devait pouvoir jongler avec les objectifs commerciaux qui étaient fixés. En tant qu’indépendants, notre manque à gagner était énorme si les objectifs n’étaient pas atteints. Mais nous avions également la pression au niveau des clients qui voyaient tout simplement leur gestion de fortune ou leur portefeuille en actions, en SICAV, s’écrouler tout simplement", se souvient Christophe Fontaine.

Et, mi-septembre 2008, peu de monde imaginait que la bulle spéculative des subprimes aurait de fortes répercussions en Europe. Deux semaines plus tard, l’onde de choc du tremblement de terre touchait le vieux continent et faisait s’écrouler, notamment, la banque Fortis.

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