La Belgique a rarement connu une telle perte d'emplois en si peu de temps

Les travailleurs de Ford à Genk mobilisés après l'annonce de la fermeture de leur site
Les travailleurs de Ford à Genk mobilisés après l'annonce de la fermeture de leur site - © NICOLAS LAMBERT

Des pertes d'emploi annoncées chez Ford, Arcelor, NLMK, Dow Chemical ou encore Volvo à Gand, rien que pour cette semaine. Autant de coups de massue pour les travailleurs belges qui s'ajoutent à un long chapelet d'emplois qui tombent en moins de trois semaines.

C'est comme un arbre à l'automne secoué par les vents. Impossible de tout citer. Mais remontons tout simplement à la semaine dernière où deux sociétés américaines annoncent leur plan: Hewlett Packard entend supprimer 265 emplois. Le lendemain, Alcatel Lucent met la barre à 290 emplois perdus pour la Belgique. Chaque fois, cela fait partie d'un plan mondial.

Cette dernière semaine d'octobre est encore pire. Ce mercredi, il y a eu Ford Genk: 4300 emplois directs et plus au moins 6000 emplois indirects touchés. Le même jour, le Limbourg subit un autre choc, la fermeture pure et simple de Dow Chemical à Tessenderloo106 emplois.

Ce jeudi, c'est au tour de la Wallonie de compter ses pertes. 601 personnes chez Duferco et NLMK, moins 213 emplois pour le laminoir de Chertal. Une fermeture annoncée comme temporaire. Ajoutons à cela l'au revoir de Photo Hall. 300 emplois. 300 emplois aussi chez Volvo Gand. Et douze emplois chez Coca-Cola.

Pourquoi toutes ces restructurations ?

Est-ce la dégradation de l'économie, la mauvaise conjoncture, qui suffit à expliquer toutes ces restructurations ? Oui et non. C'est vrai que la Belgique n'échappe pas à la crise européenne qui rogne les revenus des ménages et fait chuter la consommation. La confiance n'y est plus, les entreprises perdent du terrain, la spirale négative est enclenchée.

Dans l'automobile par exemple, on en est revenu au niveau de ventes le plus bas qu'on ait connu en Europe. On ne dépassera pas les 12 millions de véhicules cette année alors qu'on a des usines faites pour en produire plus de 15 millions. C'est donc trois millions de trop, l'équivalent de toute la production de Peugeot, par exemple.

Pas étonnant donc qu'on ferme des sites pour arrêter de perdre de l'argent. D'autant qu'aucune amélioration conjoncturelle n'est en vue. Et qui dit fermeture de presse automobile, dit moins d'acier acheté aux sidérurgistes et donc pertes d'emploi dans la filière en amont, tout comme chez les producteurs d'équipement en aval.

Tous les pays pas logés à la même enseigne

L'Europe productive va mal, mais la Belgique est plus touchée que les pays voisins pour le moment. Tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne. L'Allemagne, par exemple résiste bien. Et ce n'est pas seulement parce que ses coûts salariaux sont moins élevés que les nôtres, c'est surtout parce qu'elle a une politique industrielle et un droit des entreprises qui ne donne pas plein pouvoir aux marchés. Elle garde des centres de décision et protège ses entreprises. De quoi nous faire réfléchir.

"Nous sommes revenus en 1932"

"Nous ne sommes plus en 2013, mais, par un saut temporel, nous sommes revenus en 1932, aux abords de la terrible dépression". C'est l'économiste Bruno Colmant, lui-même, qui l'écrit ce vendredi dans une chronique publiée sur l'Echo

D'une part, "l'économie est véritablement en train de s'effondrer" et ce "dans des proportions ahurissantes". D'autre part, l'économiste point l'échec de l'euro: "Nous traversons une période ahurissante où la monnaie est postulée comme un aboutissement intangible alors que ses soubassements se fissurent gravement".

L'euro ne serait "plus adapté" écrit Bruno Colmant, "car nous rentrons dans la stagflation, mélange de récession domestique et d'inflation rampante alors que nos gouvernants veulent imposer austérité et rigueur monétaire, soit l'inverse de ce que nous ont enseigné les années trente".

"Tout pourrait être différent si certains comprenaient que le pire choix, c’est d’essayer de résorber les déficits publics alors que nous plongeons dans le plus profond trou d’air économique depuis près d’un siècle".

RTBF

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