La Belgique a emprunté 12 milliards d'euros depuis mars : allons-nous devoir nous serrer la ceinture pour rembourser la dette du coronavirus ?

Avec la crise que nous traversons, la fracture économique se creuse chaque jour davantage. Depuis mars, ce sont 12 milliards d’euros qui ont été empruntés pour sauver l’économie. Le gouvernement emprunte à tour de bras pour soutenir l’Horeca, payer les chômages temporaires et les droits passerelle. Se pose alors la question de savoir qui payera l’addition finale et surtout des moyens qui seront mis en place pour remplir le fossé de la dette.

Ces emprunts quasiment illimités ne sont pas problématiques "à court terme", estime Simon Bourgeois, journaliste économique de la RTBF. Les taux d’intérêt sont aujourd’hui autour de zéro et sont même négatifs pour la Belgique, ce qui veut dire que si l’État emprunte 1000 euros, quand il devra rembourser, il pourra remprunter 1000 euros ou même un tout petit peu moins à quelqu’un d’autre et ça ne lui coûte absolument rien.

Le spécialiste économique parle alors de "dette perpétuelle", une méthode que les États utilisent beaucoup en temps normal, même quand les taux d’intérêt sont un peu plus élevés qu’aujourd’hui. C’est ce qu’on appelle faire rouler sa dette. Mais tant que les taux sont à 0%, comme c’est le cas aujourd’hui, c’est gratuit, donc emprunter ces milliards à court terme ne pose pas de problème.


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Si aujourd’hui il est "gratuit" d’emprunter, ce ne sera plus le cas si un jour les taux d’intérêt remontent. Et au plus elle est élevée, au plus on payera. Est-ce que ce n’est pas un pari risqué sur l’avenir ? Est-ce qu’on ne fait pas courir le risque de notre dette aujourd’hui aux générations de demain ? "Oui, ce qui n’est pas un problème aujourd’hui pourrait bien le devenir", répond Simon Bourgeois. D’autant que les taux devraient remonter tôt ou tard.

L’opportunité de ne jamais rembourser la dette

Le journaliste économique explique que plusieurs scénarios sont envisageables si cela arrive. Soit on rembourse cette dette, ou en tout cas une partie, et on essaie de la faire diminuer. "Pour vous donner une idée, notre dette publique en Belgique était autour de 100% du PIB avant la crise et on est autour de 120% aujourd’hui, donc on pourrait essayer au moins de redescendre à 100%", estime-t-il. Mais pour ça, il faudra serrer la ceinture et adopter une politique d’austérité.


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La deuxième option, c’est tout simplement de ne pas rembourser cette dette. Pour cela, il faudrait être assuré que les taux d’emprunt de la Benque centrale européenne restent à zéro. "On peut très bien imaginer dans les décennies à venir que nous ayons un taux d’intérêt " normal ", mais que simultanément, dans les livres de cette Banque centrale, existent des emprunts d’État, de l’argent qui aurait été prêté aux États de la zone euro, qui ne porteront qu’un taux d’intérêt nul. Et ici on penserait à ce qui aurait été étiqueté 'obligations liées à la crise de la Covid'", estime Étienne de Callataÿ, chef économiste chez Orcadia. Rien n’est moins sûr.

Mais dans l’après-Covid, les taux remonteraient et l’économie reprendrait son cours "normal". Les dettes générées par la crise sanitaire seraient, elles, sanctuarisées et resteraient pour toujours à un taux à 0%. Une forme de dette perpétuelle donc qu’il ne faudrait jamais rembourser.

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