De nouveau, un cocktail de mesures pour relancer l'économie européenne

De nouveau, un cocktail de mesures pour relancer l'économie européenne
De nouveau, un cocktail de mesures pour relancer l'économie européenne - © DANIEL ROLAND - AFP

"Super Mario" Draghi, le président de la Banque Centrale Européenne (BCE), a, à nouveau, sorti l’artillerie lourde pour relancer une économie européenne atone. Avant de céder sa place à la française Christine Lagarde fin octobre, l’Italien a voulu frapper une dernière fois les esprits. Il faut dire que le contexte n’est pas folichon. Un plan d’ampleur est annoncé.

Lors d’une conférence de presse au siège de la BCE, Mario Draghi n’y va pas par quatre chemins : "Le ralentissement prolongé de l’économie de la zone euro est en fait plus marqué qu’anticipé". En gros, on savait que ça n’allait pas bien, mais on ne savait pas que ça allait aussi mal, ajoutant "le risque d’une récession en zone euro est faible mais il augmente". Il faut dire que les prévisions de croissance ne sont pas bonnes : l’institution de Francfort mise sur une hausse du Produit intérieur brut de 1,1% pour 2019 (contre 1,2% espéré) et de 1,2% l’an prochain (et non plus 1,4%).

Pour y répondre, non pas une annonce, non pas deux, mais bien trois ! Trois mesures qui sont supposées enrayer le ralentissement de l’économie. Petit passage en revue.

1. Faire tourner la planche à billets

Il y a comme un air de déjà-vu. Le 1er novembre prochain, la BCE reprendra ses achats de titres sur les marchés au rythme de 20 milliards d’€ par mois, et ce "pour une période indéterminée". C’est une mesure controversée qui ne faisait pas l’unanimité au sein du conseil des gouverneurs mais qui s’est finalement imposée. Ce sera financé par de la création de monnaie, en d’autres termes la BCE va faire tourner la planche à billets.

C’est une arme puissante au nom barbare de "Quantitative Easing", littéralement "assouplissement quantitatif". La mesure consiste à augmenter la liquidité des banques en rachetant à des conditions avantageuses leurs obligations d’État (considérées souvent comme un placement peu risqué). Ce rachat massif de titres a déjà eu lieu entre 2015 et fin 2018 et avait permis de déverser 2600 milliards d’euros sur les marchés. Si les banques utilisent cet argent pour le prêter aux ménages et aux entreprises, cela devrait, en toute logique, relancer l’économie.

2. Forcer les banques à prêter de l’argent

Mais encore faut-il que les banques soient enclines à prêter tout cet argent. Dès lors, l’autre mesure consiste à baisser les taux sur les dépôts à -0,5% (ils étaient auparavant à -0,4%). Ici, cela revient à taxer les banques pour les liquidités excédentaires qu’elles décident de confier à la BCE, plutôt que de les prêter aux entreprises et aux ménages, même si certains considèrent que cette stratégie n’a jamais fait ses preuves.

À noter que ce dispositif ne sera pas forcément appliqué inconditionnellement : face à ces taux négatifs qui rognent les marges des banques, la BCE a décidé de compenser ces effets défavorables en prévoyant qu’une partie de ces liquidités seraient exemptées du taux de dépôt négatif.

La BCE n’a en revanche pas touché à son taux de refinancement, naguère son principal instrument, qui permet aux banques de se financer sur une semaine. Il campe à 0%, son niveau le plus bas, depuis trois ans.

3. Des prêts géants aux banques

La BCE a aussi confirmé le lancement d’une troisième série de prêts géants à long terme à taux très avantageux aux banques de la zone euro. Cela débutera le 19 septembre prochain. Entre 2014 et 2016, elle avait déjà offert aux banques la possibilité d’emprunter d’énormes liquidités dans le cadre des programmes "TLTRO" I et II. Les banques, en particulier les membres les plus fragiles du secteur en Italie, avaient sauté sur l’occasion.

Objectif : stimuler la distribution de crédits dans l’économie.

Un paquet anti-crise efficace ?

Mario Draghi rappelle que "les décisions de ce jour ont été prises en réponse à une insuffisance durable de l’inflation par rapport à notre objectif". L’institution basée à Francfort veille à garantir un taux d’inflation stable de 2%, c’est-à-dire une augmentation constante des prix de 2%, considérés comme un signe de bon fonctionnement de l’économie. Or, selon les prévisions, les prix progresseront seulement de 1,2% l’an prochain. Les mesures annoncées aujourd’hui visent donc à augmenter la quantité de monnaie dans notre économie car plus il y a de monnaie en circulation, plus la demande en biens et services augmente, et donc les prix augmentent en conséquence.

Pour autant, ces mesures vont-elles produire les effets attendus ? Certains en doutent, comme Patrick Artus, économiste chez Natixis qui considère que "cette politique monétaire est déjà anticipée sur les marchés financiers, et donc la réaction de la BCE au ralentissement de la croissance n’aura aucun effet de soutien de l’activité".

En réponse aux critiques, la BCE a appelé les pays dotés de marges budgétaires à agir pour relancer l’économie en zone euro : "Les gouvernement devraient agir de manière efficace et rapide pour remédier à l’affaiblissement de la conjoncture", a lancé Mario Draghi. Une allusion à peine voilée à l’Allemagne qui rechigne à délier les cordons de la bourse et lancer des grands investissements publics malgré ses excédents de comptes publics depuis 2014.

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