La baisse des prix à la consommation en août est due au report des soldes

La baisse des prix à la consommation en août est due au report des soldes
La baisse des prix à la consommation en août est due au report des soldes - © LAURIE DIEFFEMBACQ - BELGA

Les derniers chiffres européens annoncent une baisse des prix à la consommation dans la plupart des pays. Au mois d’août, moins 0,9% pour la Belgique, ce n’était plus arrivé depuis 2016. Des prix qui baissent, il y a a priori plutôt de quoi se réjouir. A priori seulement.

D’abord parce qu’une vraie déflation, une baisse générale des prix à la consommation, nous n’y sommes pas encore vraiment. C’est vrai, ces derniers chiffres européens montrent un mouvement à la baisse dans 12 pays sur les 19 qui utilisent l’euro, dont la Belgique effectivement, sauf que dans la plupart de ces pays, le mois d’août a été un petit peu particulier.

"Ce qui s’est passé au mois d’août, c’est qu’on a eu un report des soldes, explique Charlotte de Montpellier, économiste chez ING. D’habitude, les soldes sont en juillet et cette année-ci elles étaient en août, et ça, ça a évidemment un impact sur les prix moyens, parce que quand ce sont les soldes, les prix diminuent.

Si on enlève cet effet des soldes, on voit que l’inflation a très peu été modifiée entre juillet et août

On a donc eu une inflation plus élevée que d’habitude au mois de juillet et une inflation plus faible que d’habitude au mois d’août, mais c’est juste lié à cet effet des soldes qui ont été bougées d’un mois à l’autre. Et in fine, si on enlève cet effet des soldes, on voit que l’inflation a très peu été modifiée entre juillet et août."

Cela se voit dans les chiffres belges mais pas dans les données européennes qui, elles, lissent systématiquement cet effet soldes sur l’ensemble de l’année. Selon ces indicateurs belges, les prix à la consommation ont eux bien progressé au mois d’août de plus 0,8%. Ça reste faible.

L’indexation des salaires compense

Cette augmentation des prix est-elle moins bonne pour le pouvoir d’achat qu’une déflation ? Pas nécessairement. En Belgique, la plupart des salaires sont indexés, adaptés à l’évolution des prix, et donc protégés en quelque sorte d’un coût de la vie qui augmente. Si, comme la plupart des ménages belges, vous avez un emprunt à rembourser à ce moment-là de la déflation, une baisse des prix ou même une très faible inflation, ce n’est pas spécialement une bonne nouvelle.

"L’inflation faible, ce n’est jamais positif pour les ménages ou pour les agents qui sont emprunteurs, développe Charlotte de Montpellier. Par exemple, les ménages qui ont emprunté à taux fixe sur 20 ans, quand il y a de l’inflation, le remboursement de leur emprunt devient de plus en plus faible à apporter. Il y a donc une hausse globale des prix, et donc une hausse globale des salaires.

Une inflation très faible, voire négative, n’est jamais positive

Donc, une inflation très faible, voire négative, n’est jamais positive, continue Charlotte de Montpellier. Non seulement pour ceux qui sont emprunteurs, donc les ménages emprunteurs, mais aussi pour l’État, qui a une dette publique très élevée."

Des prix faibles ou une évolution des prix négative peut avoir des impacts économiques négatifs. "Parce que ça pousse à reporter les achats, détaille la spécialiste. Comme les prix diminuent, les agents se disent qu’ils vont faire l’achat de leur voiture ou d’un élément important un peu plus tard, quand les prix seront encore plus faibles, et in fine ça pousse à reporter pendant longtemps les achats. Pour l’ensemble de l’appareil économique, c’est donc plutôt négatif. Pour les ménages qui sont employés ou indépendants aussi."

On consomme en effet de moins en moins si on attend avant d’acheter : c’est ça la spirale déflationniste.

Un effet Coronavirus ?

Le risque qu’il y ait de la déflation en Belgique ou dans la zone euro à cause du Covid, c’est une possibilité, mais on n’y est pas encore. C’est vrai que la consommation a subi un coup d’arrêt avant de reprendre un peu, mais partiellement seulement. On voit mal des commerçants augmenter des prix de vente par rapport à une consommation en berne.

Mais ce n’est pas une raison pour que la spirale déflationniste ait lieu. En réalité, ce que nous vivons — et c’est le cas depuis quelques années déjà — c’est une inflation très faible, notamment par le vieillissement de la population, parce que les personnes plus âgées ont tendance à consommer un peu moins, et donc ça tire les prix vers le bas.

La montée en puissance économique de la Chine, qui a augmenté la concurrence sur les biens consommés, tire aussi les prix à la baisse. Résultat : cette inflation faible est plutôt due à des facteurs qui étaient là bien avant le Covid-19 et qui sans doute lui survivront.

Reportage sur les soldes (à deux) du 24 août :

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