La 4G saturée en Belgique? "Depuis 2 ans, la consommation de données mobiles a quasiment doublé"

La 4G saturée en Belgique? "Depuis 2 ans, la consommation de données mobiles a quasiment doublé"
La 4G saturée en Belgique? "Depuis 2 ans, la consommation de données mobiles a quasiment doublé" - © pixabay.com - Free-Photos - CC0 Creative Commons

C’est la Fédération des opérateurs télécoms qui l’affirme : le réseau 4G sera saturé dès la rentrée prochaine à Bruxelles. Plusieurs quartiers de la capitale pourraient être privés d’une connexion performante. Si la norme n’évolue pas, la congestion pourrait même être totale début 2022. En cause, selon la Fédération : l’augmentation des données mobiles.

Pascal Poty, expert à l’Agence wallonne du numérique, était l’invité de Matin Première pour faire le point sur ce dossier. Il a répondu aux questions de Pierre-Yves Meugens.

Quand on dit que le réseau pourrait être saturé, pourrait-on comparer ça à un tuyau dans lequel passe de l’eau et, d’un coup, il passe trop d’eau parce que le diamètre du tuyau n’est plus suffisamment grand ?

"Absolument, c’est une excellente métaphore. Il faut bien comprendre que nous assistons depuis deux ans, notamment en Belgique, à une augmentation quasi exponentielle de la consommation de données mobiles. Nous sommes toujours en retard par rapport à certains de nos voisins : le Belge consomme deux fois moins de données mobiles que la moyenne et 10 fois moins qu’un Finlandais par exemple. Mais depuis deux ans, la consommation de données mobiles en Belgique a quasiment doublé et les courbes montrent les projections et montrent que cette consommation ne va pas ralentir, d’où ce fameux problème de congestion."

Quand vous dites que l’augmentation de l’utilisation augmente, est-ce que ce ne sont pas aussi les applications que l’on utilise surtout sur son téléphone portable qui sont plus gourmandes en termes de données échangées sur ces réseaux ? Est-ce que ça change la donne ?

"Oui, tout à fait. Il est d’abord évident qu’on multiplie le nombre des applications en fonction de notre style de vie. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, par exemple sur les domaines de la mobilité, on utilise beaucoup plus d’applications qu’il y a encore quelques années. Ces applications ont considérablement augmenté le volume du trafic. Mais il est clair qu’un élément porte ce volume de trafic, c’est la vidéo. Aujourd’hui, la vidéo, que ce soit en fixe ou en mobile, est l’élément qui est le plus porteur, mais qui est également le plus consommateur de bandes passantes."

Pour résoudre ce problème, doit-on mettre de nouvelles antennes ?

"Clairement, il faut d’une part densifier le réseau. On doit en effet renforcer l’infrastructure là où elle peut être fortement sollicitée pour accompagner cette montée en débit. D’autre part, il y a bien évidemment des contraintes réglementaires qu’il convient vraisemblablement d’adapter par rapport à l’évolution des technologies. La 4G a beaucoup évolué ces dernières années et elle est devenue beaucoup plus performante à tout point de vue. La 5G s’annonce aujourd’hui et nécessitera également une densification du réseau."

Pour la 5G, doit-on changer les antennes et agrandir les tuyaux, si on poursuit dans la métaphore ?

"Oui, la métaphore est toujours de mise. Je dirais qu’il faut là encore adapter l’infrastructure, même si dans un premier temps nous allons assister à une 5G qui va réutiliser des éléments de la 4G existante. D’ailleurs, curieusement, dans les premiers mois ou dans la première année d’utilisation de la 5G, nous ne verrons pas radicalement la différence. Cette rupture de la 5G arrivera un peu plus tard."

Est-ce facile de trouver aujourd’hui de nouveaux sites pour installer des nouvelles antennes. On pense surtout à Bruxelles où cette menace de saturation du réseau pourrait visiblement être assez rapide ?

"Non, c’est devenu extrêmement compliqué aujourd’hui de trouver des emplacements, d’abord pour les raisons réglementaires que j’évoquais et ensuite parce qu’il y a un climat de défiance de certains propriétaires pour installer ces antennes et que, par conséquent, on est aujourd’hui dans une phase beaucoup plus délicate en termes de densification de réseau. Il faut bien évidemment y ajouter un coût qui doit être supporté par les opérateurs dans un contexte de concurrence qui est quand même très important."

De nouveaux services pourront-ils voir le jour grâce à cette 5G ?

"La 5G, dans sa seconde phase d’installation à l’horizon 2021-2022, va vraiment être une rupture. Parce qu’il ne s’agit pas seulement d’aller plus vite, on parlait d’augmenter le volume du tuyau, donc c’est surtout s’appuyer sur une technologie radicalement nouvelle. Là aussi, pour emprunter une métaphore, c’est un peu comme passer de la télévision en noir et blanc à la télévision en couleur pour les utilisateurs. Mais c’est surtout sous l’angle économique que la 5G est particulièrement attractive, parce qu’elle va permettre l’explosion d’une nouvelle gamme de services liés notamment au pilotage des objets connectés qui seront de plus en plus nombreux dans tous les domaines de notre vie quotidienne, qu’il s’agisse de la mobilité — on parlait des villes, mais pas seulement — de l’agriculture intelligente, où la 5G sera très importante également, de l’industrie, où on pourra reconfigurer des modèles de production extrêmement rapidement, ou encore dans le domaine de la gestion de l’énergie."

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