L'usine Ford Genk fermera, de façon définitive?

L'annonce de la fermeture de Ford Genk, mercredi 24 octobre
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L'annonce de la fermeture de Ford Genk, mercredi 24 octobre - © BELGA PHOTO DIRK WAEM

Mauvaise nouvelle pour les 4700 travailleurs de l'usine automobile limbourgeoise et ses nombreux fournisseurs: Ford Genk fermera définitivement fin 2014. C'est ce qu'a annoncé le conseil d'entreprise extraordinaire qui n'a pas duré plus de cinq minutes. Le résultat d'une réorientation stratégique de Ford Europe. Mais les responsables veulent encore y croire: la décision ne serait pas définitive.

Après cette annonce qui a fait l'effet d'un coup de tonnerre en Flandre, la direction de Ford Europe est arrivée vers 13H00 à la résidence du Premier ministre Elio Di Rupo, à bord de S-Max, un modèle construit à Genk, mais accompagnée par une importante escorte policière.

Une décision "pas définitive"

Le Premier ministre a déclaré que la phase de consultation de la procédure Renault a débuté. "Cela signifie que la décision de fermer Genk n'est actuellement pas définitive", a ajouté le vice-premier ministre Steven Vanackere. "Nous avons le devoir moral d'étudier si cette vague de licenciements peut encore être évitée."

Elio Di Rupo a parlé mercredi midi d'un "drame pour les travailleurs de Ford et des sous-traitants. C'est un coup dur pour l'économie belge dans son ensemble", a concédé le Premier ministre. "Je comprends la colère et l'incompréhension des travailleurs."

Elio Di Rupo a en outre expliqué que la phase de consultation de la procédure Renault a débuté. "J'ai rappelé à la direction de Ford ses devoirs et ses obligations en tant qu'employeur", a-t-il ajouté.

Le Premier ministre a par ailleurs appelé à une collaboration entre les autorités concernées pour "assurer un accompagnement optimal des travailleurs" et pour "trouver de nouvelles activités économiques pour la région". Il a assuré que le gouvernement fédéral soutiendrait "toutes les initiatives que les autorités régionales, provinciales et communales prendront à cet effet".

Steven Vanackere a relevé que la décision de Ford Europe n'est pas définitive. "Si Ford devait la présenter comme définitive, elle serait contraire à la loi belge", précise le ministre. "Nous devons naturellement reconnaître que les signaux sont inquiétants", estime Steven Vanackere.

Différents membres du gouvernement fédéral, dont Steven Vanackere et Didier Reynders, ont évoqué mercredi VW Forest. La fermeture de l'usine a pu être évitée il y a quelques années en la transformant en une petite mais performante Audi Brussels.

Avant cela, la direction s'était entretenue pendant 45 minutes avec le ministre-président flamand Kris Peeters et plusieurs ministres flamands.

Répondre aux changements structurels du marché

C'est d'ailleurs bien comme cela que Ford présente les choses: "Ford entame un processus de consultation en Belgique quant à son intention de fermer son usine de Genk et d'y cesser la production de véhicules d'ici la fin de 2014. Ce plan, sous réserve de l'issue du processus de consultation, pourrait conduire à un transfert de la nouvelle génération des Ford Mondeo, S-Max et Galaxy vers l'usine de Ford à Valence, en Espagne. Sous réserve d'une étude complémentaire, la production de la C-Max et de la Grand C-Max compact multi-usage pourrait être, dans le cadre du plan envisagé, déplacée en 2014 de Valence à Saarlouis en Allemagne" annonce la direction. Ford Motor Company veut ainsi "répondre aux changements structurels du marché".

La décision finale de fermer le site de Ford à Genk a été prise la semaine dernière, a affirmé Stephen Odell, administrateur délégué de Ford Europe, au cours d'un point presse.

Surcapacité

Cette fermeture de site, conséquence de la surcapacité "intenable" qui touche le marché européen, est une décision difficile et le fruit d'un long processus de réflexion au cours duquel d'autres options ont été envisagées, a ajouté en substance le responsable.

Quant au choix de l'usine de Genk, il s'explique par le fait que l'implantation limbourgeoise est celle où le taux d'activité est le plus faible, seule 48% de sa capacité de production étant actuellement utilisée contre près de 80% pour les usines allemandes du constructeur automobile.

Stephen Odell est par ailleurs revenu sur la garantie d'emploi dont disposait les travailleurs jusqu'à la fin de 2014. Mais cet accord, comme tous les contrats, comprenait une clause permettant d'en revoir les termes en cas de changements économiques majeurs, a encore expliqué le CEO. "Et nous sommes aujourd'hui confrontés à la situation la plus difficile de ces 20 dernières années", a-t-il souligné.

Dans ce contexte, "Ford a décidé de restructurer ses activités de production en Europe afin de répondre aux changements structurels du secteur et d'assurer une croissance rentable dans la région", a résumé le responsable en affirmant enfin "accepter pleinement le devoir social de Ford et, si l'intention de restructuration devait être confirmée, nous ferons en sorte de mettre en place les mesures nécessaires afin de réduire l'impact pour tous les travailleurs affectés."

Communication particulière

La société fournira de plus amples détails sur son projet global de transformation en Europe jeudi, à l'occasion d'une conférence téléphonique avec les analystes financiers et les médias, a-t-elle encore annoncé. Une pratique dénoncée par les journalistes de la VRT radio, qui n'ont pas été invités à cette conférence de presse d'un genre particulier.

Le pire scénario

Pour les travailleurs de Ford à Genk, c'est donc le pire scénario qui se matérialise.

A l'issue de la réunion du conseil d'entreprise extraordinaire, le délégué syndical CSC, Luc Prenen, a lu aux travailleurs présents un bref communiqué de la direction locale. Celle-ci propose "une restructuration, un licenciement collectif et la fermeture de Genk". L'assemblage automobile et les presses seront fermés "à la fin du cycle de production des modèles actuels en 2014".

Le délégué syndical CSC a déploré l'absence de la direction européenne de Ford, l'annonce de la fermeture ayant été faite par la direction de l'usine de Genk.

Des travailleurs réunis devant l'usine belges étaient en pleurs lorsque la nouvelle a été confirmée par des responsables syndicaux. L'un des ouvriers s'est évanoui, tandis que des insultes fusaient et que des travailleurs tombaient dans les bras les uns les autres, le regard hagard. Les quelques centaines de salariés réunis devant l'usine, qui affichaient les couleurs de leurs syndicats, sont toutefois dans l'ensemble restés calmes. C'était surtout l'incompréhension et le sentiment de trahison qui dominaient, Ford ayant rassuré ses salariés belges lorsque sa direction américaine avait laissé entendre en septembre que Genk produirait la nouvelle Mondeo. Les salariés belges sont d'autant plus amers qu'ils avaient accepté il y a deux ans des baisses de salaires et un renforcement des cadences.

Une déclaration de Kris Peeters au parlement flamand

Les cinq syndicats présents chez Ford Genk (ACV-Metea, ABVV-Metaal, ACLVB, LBC et BBTK) décideront jeudi soir de leur stratégie, a expliqué l'ACV-CSC au personnel rassemblé sur le site de Ford Genk.

"Nous ne nous rendrons pas au top européen de Ford à Bruxelles. Nous les attendions ce matin à Genk" a rappelé l'ACV-CSC. "Mais, nous répondrons positivement à une invitation de Kris Peeters", le ministre-président flamand. Celui-ci annonce de son côté une déclaration au parlement flamand sur la fermeture annoncée, dans le cadre du débat d'actualité.

"Jeudi, chaque syndicat consultera sa base. Plus tard, nous déciderons ensemble de la meilleure stratégie à adopter pour les prochains jours et semaines". Les syndicats informeront ensuite régulièrement les travailleurs, a annoncé le syndicat chrétien.

Fin de séries

La production de la Mondeo se poursuivra encore en 2013 sur le site de Genk puis sera déplacée à Valence en Espagne. Elle avait pourtant été promise à Genk pas plus tard qu'en septembre dernier, à la suite d'un accord par lequel les travailleurs acceptaient une réduction de salaire de 12%. Les productions de la S-Max et de la Galaxy se poursuivront jusque fin 2014.

La décision affecte l'avenir de quelque 4700 travailleurs de Ford, et de pas moins de 5500 travailleurs des différents fournisseurs de l'usine.

Quatre fournisseurs locaux de moteurs, tableaux de bords et autres sièges de voiture, qui emploient en tout quelque 1300 personnes, figurent parmi les premières victimes collatérales. En tout, la région de Genk, un ancien bassin minier, devrait perdre plus de 10 000 emplois, ce qui constitue une "tragédie" pour "toute la Flandre", a déclaré le chef du gouvernement flamand, Kris Peeters.

L'impact s'étend jusqu'à la Wallonie (sud), où les salariés d'ArcelorMittal s'inquiètent d'une chute probable des commandes pour les tôles galvanisées produites à Liège pour Ford.

Retournement de situation

La direction européenne de Ford avait pourtant apaisé la tempête spéculative sur l'avenir de Ford Genk, plusieurs fois signalée comme étant sur le point de fermer. En septembre dernier, les syndicats avaient en effet reçu la confirmation de l'attribution de la construction de la nouvelle Mondeo à partir d'octobre 2013. La direction européenne avait également promis l'arrivée d'investissements planifiés.

T.N.

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