L'Ukraine, en quasi-faillite, fait la chasse aux économies

Le président de la Commission européenne Jose Manuel Barroso le 1er mars 2014 à Berlin
Le président de la Commission européenne Jose Manuel Barroso le 1er mars 2014 à Berlin - © Britta Pedersen

La Commission européenne a présenté mercredi un plan d'aide "d'au moins 11 milliards d'euros" en faveur de l'Ukraine, à la veille du sommet européen extraordinaire sur la crise dans ce pays. Dans la foulée, les avoirs de 18 personnalités ukrainiennes seront gelés. Le gouvernement a également décidé de vendre la plupart des voitures de fonction.

"Aujourd'hui, la Commission européenne a identifié un programme d'aide à l'Ukraine. Ceci est notre contribution au sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de demain. Au total, le paquet pourrait apporter un soutien d'au moins 11 milliards d'euros sur les deux prochaines années, provenant du budget de l'UE et des institutions financières européennes", a déclaré le président de l'exécutif européen, José Manuel Barroso.

Il a appelé les Etats membres de l'UE, les institutions financières internationales et tous les autres "partenaires" de la communauté internationale à apporter leur "contribution". "Il est dans l'intérêt le plus profond de l'Europe d'avoir la paix et la stabilité en Ukraine, et c'est important pour la stabilité globale", a-t-il affirmé.

Mardi, les Etats-Unis avaient offert d'accorder un milliard de dollars dans le cadre d'un prêt international.

M. Barroso a espéré que les Etats membres, qui ne sont pas toujours sur la même longueur d'onde par rapport à la Russie, "resteront unis et engagés" dans la réponse à cette crise. "C'est le première fois en Europe que nous avons une réelle perception d'une menace", a estimé M. Barroso.

Dans le détail, le programme d'aide comprend 1,6 milliard de prêts dans le cadre de l'assistance macro-économique, 1,4 milliard de dons, dont 600 millions au cours des deux prochaines années, et trois milliards provenant de la Banque d'investissement européenne (BEI).

La Commission espère aussi dégager 5 milliards d'euros via la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD). Elle va mobiliser 250 millions de fonds de la politique de voisinage afin de lever 3,5 milliards de prêts.

Un "mécanisme spécial"

Pour coordonner les efforts de la communauté internationale, la Commission a proposé la création d'un "mécanisme spécial de coordination des dons" que l'UE est "prête à accueillir".

Dans le cadre de l'accord d'association que l'ancien régime ukrainien avait refusé de signer fin novembre, ce qui a déclenché la crise en Ukraine, il était prévu 610 millions d'euros d'assistance macro-économique. "Cette somme peut être déboursée très vite, dans les prochaines semaines", a précisé M. Barroso.

Retour de l'accord d'association

Il a réaffirmé que l'UE était prête à signer cet accord d'association, ce qui se traduirait par "des millions d'économies" sur les importations via des baisses de tarifs douaniers. Il a aussi souligné que l'UE pouvait aider l'Ukraine dans le domaine de l'énergie, notamment en inversant les flux des gazoducs pour fournir du gaz à l'Ukraine, ce qui n'était pas possible lors de la crise de 2009.

Interrogé sur le fait que le Fonds monétaire international, dont une mission se trouve actuellement à Kiev, impose des conditions pour venir en aide aux pays en difficulté, le président de la Commission européenne a souligné que l'UE "travaille avec le FMI". "Nous espérons que l'Ukraine signe un accord avec le FMI. Pour nous, si cet accord est signé, c'est déjà une condition", a-t-il dit.

Le pays doit déjà rembourser 4,5 milliards de dollars au FMI d'ici fin 2015, et a vu un précédent programme d'aide interrompu en 2011 après le report de certaines réformes.

Le nouveau gouvernement va vendre les voitures de fonction

"Nous passons à la pratique courante dans le monde, avec une voiture par ministère", a expliqué le ministre des Finances, Olexandre Chlapak, cité par l'agence Interfax Ukraine. "Toutes les autres voitures seront vendues et les postes des chauffeurs, malheureusement, supprimés", a-t-il ajouté.

Le ministre a précisé que le gouvernement comptait actuellement 1500 voitures de fonctions et espérer tirer 40 millions de hryvnias de la vente (3 millions d'euros). Cette mesure, qui ne va rapporter qu'un revenu très modeste au vu des besoins financiers de l'Ukraine, est très symbolique à la fois de la volonté des autorités actuelles de rompre avec le train de vie du régime de Viktor Ianoukovitch qu'elle dénonçait, et de la chasse aux économies lancée pour redresser les finances du pays.

M. Chlapak a estimé à dix milliards de dollars la somme nécessaire au seul remboursement des dettes actuelles du pays d'ici à la fin de l'année. Selon des chiffres du Trésor diffusées mercredi par Interfax, les revenus budgétaires ont chuté de 4,2% sur les deux premiers mois de l'année par rapport à la même période un an plus tôt, et les dépenses de 2,5%. Signe des effets de la crise sur l'activité économique, le produit tiré de la taxe sur la valeur ajoutée a plongé de 25%.

Gel des avoirs de 18 responsables ukrainiens mêlés aux violences

Par ailleurs, l'Union va geler à partir de jeudi les avoirs dans l'UE de 18 responsables ukrainiens impliqués dans les violences survenues à Kiev en février, a-t-on appris mercredi de source diplomatique.

La liste de ces 18 personnalités sera publiée jeudi au Journal officiel de l'UE, juste avant la tenue à Bruxelles d'un sommet européen extraordinaire consacré à la crise ukrainienne, a-t-on précisé de même source. L'UE concrétise ainsi la décision prise le 20 février par les ministres européens des Affaires étrangères d'appliquer des "sanctions ciblées" à l'encontre de "responsables de violations des droits de l'Homme, de violences et d'un usage excessif de la force" après les heurts ayant fait plus de 60 morts à Kiev.

Dans un premier temps, ces sanctions ne comprendront que le gel des avoirs et non l'interdiction de visas pour voyager au sein de l'UE comme cela avait été initialement envisagé. La liste européenne pourrait inclure le président déchu Viktor Ianoukovitch, a-t-on indiqué de source diplomatique. La Suisse a déjà décidé de geler, depuis le 28 février, les avoirs de M. Ianoukovitch et de 19 autres responsables de l'ancien régime, dont des ministres et le fils de l'ex-président, Alexandre Ianoukovitch, dont la fortune est estimée à plus de 500 millions de dollars et qui possède en Suisse une société de négoce spécialisée dans la vente du charbon ukrainien.

Des Russes dans le collimateur

L'UE a par ailleurs menacé de prendre des "sanctions ciblées" contre des responsables russes si des "mesures rapides et concrètes de désescalade" n'étaient pas prises en Crimée d'ici au sommet européen de jeudi.

 

T.N. avec agences

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