L'UCL honore un économiste brésilien qui défend l'allocation universelle

L'économiste Brésilien Eduardo Suplicy est devenu hier docteur honoris causa de l’UCL qui a voulu pour récompenser son engagement dans la lutte contre la pauvreté au Brésil mais aussi en faveur d'un revenu de base inconditionnel pour tous. C'est un combat qu'Eduardo Suplicy mène depuis 25 ans au Brésil: distribuer une partie de la richesse produite dans le pays à tous les citoyens, riches et pauvres, de manière totalement inconditionnelle. Ce revenu de base, Eduardo Suplicy le conçoit comme un outil pour lutter contre la pauvreté, et c'est ça qui a incité Katarina Pitassé Fragoso doctorante à la Chaire Hoover d'éthique économique et sociale de l'UCL à parrainer Eduardo Suplicy pour ce titre de docteur honoris causa : " J’ai vu beaucoup de changements sociaux au Brésil et contrairement à ce que croient certains, ce n’est pas uniquement grâce au président Lula ou à l’actuelle président Dilma Roussef. D’autres acteurs importants ont contribué à faire évoluer la situation sociale au Brésil, Eduardo Suplicy en fait partie. Il faut ajouter aussi que le revenu de base est une des réponses au défi de la pauvreté, c’est aussi une façon de partager la richesse produite dans le pays. "

Cela dit, En dépit des efforts d'Eduardo Suplicy, le Brésil n'a pas à ce jour mis en place le revenu de base, qu'on appelle aussi l'allocation universelle.

Un débat très idéologique

Quoi qu’il en soit, on reparle beaucoup de l’allocation universelle en Europe, depuis que la Finlande a annoncé qu’elle étudierait la possibilité de mettre en place un revenu de base pour tous... Mais il est vrai qu’en Europe, le contexte est très différent du Brésil, l’intérêt d’une allocation universelle s’appuie sur d’autres arguments. Pour Peter De Keyzer, chef économiste de la banque BNP Paribas Fortis, c’est d’abord une question de liberté individuelle : " Si aujourd’hui vous avez un emploi et que vous souhaitez l’interrompre pendant un an, par exemple pour vous lancer comme entrepreneur, pour retourner sur les banc de l’université pour vous former ou tout simplement pour vous occuper d’un parent malade, il faut traverser un véritable maquis administratif. Avec une allocation universelle, tout le monde a le choix de faire ce qu’il veut. Maintenant, on donne des allocations aux gens mais à condition qu’ils ne fassent rien, qu’ils ne travaillent pas, qu’ils n’entreprennent pas ! " Au passage, avec une allocation universelle, plus de stigmatisation ni de chasse aux chômeurs

Mais à supposer qu’un débat s’engage sur la possibilité – ou pas – d’introduire une allocation universelle en Belgique, il risque de révéler de profondes fractures idéologiques. D’abord parce que les opposants – et les défenseurs – d’une allocation universelle se retrouvent dans tout le champ politique, aussi bien à droite qu’à gauche ou au centre. Et puis, au-delà de la révolution sociétale qu’impliquerait l’adoption d’une allocation universelle, il y a aussi les questions concrètes qui vont forcément diviser, et notamment celle-ci : quel financement ? Car cette liberté dont parle Peter De Keyzer, elle a un prix... Si on fixe le revenu de base à 800 euros par mois pour chaque Belge majeur, il faudrait y consacrer – c’est un ordre de grandeur – quelque chose comme 80 milliards d'euros par an. Peter De Keyzer estime que c'est possible dans un pays où les pouvoirs publics, dit-il, dépensent plus de 200 milliards d'euros par an, en supprimant certains postes devenus inutiles, comme les allocations de chômage, les pensions ou les allocations du CPAS. Ou encore, dit-il, les subsides donnés au secteur du transport, SNCB en tête.

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