L'offre d'enseignes bio explose, la production belge peut-elle suivre?

Le bio est partout. Le nombre d’enseignes, de magasins "bio" explose en Belgique. Des petites épiceries spécialisées, mais aussi, de la grande distribution : Bio C Bon, Sequoia, autres Farm, ou The Barn. Et Carrefour qui annonçait cette semaine l’ouverture de son premier Carrefour Bio de Belgique, au mois de juillet. Mais malgré une apparence de marché déjà saturé, la consommation, elle, reste de l’ordre de 4% environ des produits alimentaires. Et pour Christophe Sancy, rédacteur en chef de Gondola : "Aujourd’hui, il y a de la place pour tout le monde".

Je ne pense pas que le marché soit encombré aujourd’hui.

Un marché à 15% de croissance

Pourquoi ? "Parce qu’on est dans un marché à 15% de croissance – de la croissance aussi parce qu’il y a justement une offre qui se développe en termes de magasins et d’assortiment. Et je pense que ce marché à besoin d’une offre. C’est l’offre qui va créer la demande, dans ce cas-ci, qui va confronter le consommateur à davantage de produits, de choix en bio, là où auparavant il fallait être motivé ou convaincu pour trouver ces produits-là. Je ne pense pas que le marché soit encombré aujourd’hui. Après, chacun doit trouver son public en tant que commerçant ou enseigne. Mais ce développement de l’offre est actuellement favorable au marché, et génère elle-même la croissance de ce marché".

La production de bio en Wallonie c’est 11% des surfaces agricoles. Et 13% des producteurs

Côté production aussi il y a encore de la marge. La production de bio en Wallonie c’est 11% des surfaces agricoles. Et 13% des producteurs. Et si 100% de la production wallonne était bio, l’agriculture pourrait nourrir l’ensemble des consommateurs ? La réponse est oui, pour les observateurs. Mais c’est aussi parce qu’aujourd’hui, l’agriculture est exportatrice. Cela impliquerait donc une reconfiguration du marché. Et surtout, cette expansion ne doit pas se faire trop rapidement.

Si les volumes de bio croissent trop vite, le risque c’est la diminution de la rémunération du producteur.

D’abord parce que ce n’est pas possible. Le développement prend du temps. La conversion d’une ferme en bio ça dure au moins deux ans. Ensuite parce que jusqu’ici, l’agriculture BIO a toujours suivi la demande avec un peu de retard. Il y a toujours eu une production légèrement inférieure à la consommation. Ce qui a permis aux agriculteurs de stabiliser leurs revenus. Mais si les volumes explosent trop vite, le risque c’est la diminution de la rémunération du producteur. Parce que s’il y a trop de production biologique, la grande distribution par exemple, pourra faire beaucoup plus qu’aujourd’hui pression sur les prix. La crainte, c’est un développement trop rapide, avec à la clé un jeu de concurrence trop intense, et donc potentiellement destructeur entre acteurs du bio en Belgique.

Une ferme universitaire

Le " bio", ce n’est jamais qu’un cahier des charges, un mode de production. Ni, la garantie d’un prix juste pour l’agriculteur ni même d’un prix accessible pour le consommateur. L’UCLouvain en tout cas tente de développer une solution orientée vers la rentabilité pour les petits producteurs et des prix bas pour le consommateur. Céline Chevalier doctorante à l’UCLouvain : "l’un des premiers buts c’est d’augmenter le rendement en densifiant les cultures sur une même parcelle. Parce que les plantes n’ont pas toutes la même architecture et certaines d’entre elles peuvent mieux aller puiser l’eau en profondeur que d’autres, et donc on peut mieux rentabiliser l’espace en associant les plantes. Certaines plantes peuvent aussi mieux repousser les pathogènes et ravageurs d’autres plantes, ce qui permet d’utiliser moins de pesticides. Et enfin, par l’utilisation de plantes plus couvrantes en dessous d’une qui pousse en hauteur, on peut réduire le désherbage".

Augmenter le rendement

Un lieu où des maraîchers bio expérimentent eux-mêmes. Pour associer tel ou tel légume dans la culture, optimiser la période de culture en fonction de la saison. L’expérience aura peut-être, peut-être pas, des conséquences à moyen terme sur le rayon bio des magasins. Pour Philippe Baret, doyen de la faculté d’agronomie à l’UCLouvain, "Jusqu’ici on a surtout pensé l’agriculture en termes de performances économiques. Il faut arrêter de s’enfermer dans cette logique-là, et privilégier une approche où l’on tient aussi compte des performances environnementales et des effets sur le paysage, de la proximité avec les citoyens… et combiner ces différents indicateurs pour arriver à une agriculture multifonctionnelle, qui assure plusieurs fonctions. Il faut donc plusieurs types d’agriculture".
 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK