L'Italie voudrait créer une quasi-monnaie nationale parallèle à l'Euro

Matteo Salvini, le chef de file de la Lega promeut l'idée d'une quasi-monnaie parallèle italienne
Matteo Salvini, le chef de file de la Lega promeut l'idée d'une quasi-monnaie parallèle italienne - © MIGUEL MEDINA - AFP

Le parlement italien a voté une motion demandant au gouvernement d’accélérer l’émission de mini-BOTs, une sorte de monnaie nationale alternative à l’euro. Les mini-BOTs sont des mini-bons du Trésor (Buoni Ordinaro del Tresorio). Ce sont en fait une reconnaissance de dette en petite coupure de la part de l’Etat italien qu’il utiliserait pour honorer ses dettes. Des dettes envers des citoyens ou des entreprises à qui il doit des retours d’impôts ou des dettes envers des fournisseurs à qui il doit encore payer des factures. C’est une manière de couvrir son déficit sans augmenter sa dette.

Payer ses impôts en mini-BOTs

Imaginons un vendeur de fournitures de bureau italien. Il a vendu pour 1000€ de bics et de papier à l’administration italienne. La facture n’a pas encore été honorée. L’Etat pourrait le payer, non pas en euro, mais en mini-BOTs. La particularité, c’est que le vendeur de fourniture ne pourrait utiliser le document que pour payer l’Etat : Payer ses impôts par exemple ou une amende ou ses taxes communales. Ces titres circuleraient donc hermétiquement en Italie uniquement et ne seraient pas convertibles en euro.

Voilà pour l’idée de base, "mais l’on peut penser que ces mini-bons du Trésor commencent à circuler comme une monnaie en Italie, imagine Eric Dor, directeur des études économiques à l'IESEG. En fait, un commerçant pourrait très bien accepter d’être payé en mini-BOTs puisqu’il pourrait l’utiliser lui-même pour payer ses impôts". Le vendeur de bics et de papier recevrait donc ses 1000€ en mini-BOTs, commencerait à payer son épicier avec ces bons. L'épicier, lui, payerait ses fournisseurs avec ces bons. Les fournisseurs payeraient leurs producteurs avec ces bons. Les producteurs payeraient leurs impôts à l’Etat avec ces bons. La boucle est bouclée.

L’Etat s’engage à accepter ces mini-bons du Trésor. Si à la fin de la boucle ils reviennent à l’Etat ils auront toujours de la valeur. Ça deviendrait donc une sorte de monnaie parallèle alternative à l’euro.

Un outil politique plus qu’économique

Ces mini-BOTs ont été imaginés et sont promus par la Lega, le parti au pouvoir de Matteo Salvini. Ils sont eurosceptiques, accusent l’Europe d’être trop rigide sur le plan budgétaire et de brider leur volonté de dépense pour relancer la croissance. Avoir une quasi-monnaie parallèle italienne serait donc un atout dans le bras de fer avec l’Europe qui demande à l’Italie, au contraire, de réduire ses dépenses : "C’est avant tout un instrument politique tranche Eric Dor. C’est une arme de négociation pour la Lega et Matteo Salvini parce que ce qu’ils veulent, ce n’est pas forcément sortir de la zone euro mais plutôt des grosses réformes. Ils exigent de l’Europe la limitation du déficit et de la dette, des règles plus souples et que la BCE puisse financer directement les Etats. Et donc l’argument de la Lega c’est de dire "réformer la zone euro ou nous la quittons"". Cet instrument des mini-BOTs rend donc la menace crédible puisqu’elle faciliterait la transition vers une sortie de l’euro.

En cas de projet d’abandon de l’Euro, la Banque Centrale Européenne cesserait de financer les banques du pays qui a ces aspirations, il y aurait aussi des fuites de capitaux. C’est cela qui rend une sortie de la zone euro très hasardeuse, il y aurait une pénurie de liquidité :"C’est en ça que les promoteurs des mini-BOTs s’en serviraient, comme d’une monnaie. Ce qui éviterait cette pénurie de liquidité pendant la transition".

Au demeurant, la titrisation d’une dette, comme ce serait ici le cas, n’a rien de très original. Ce qui inquiète les marchés dans ce projet italien, c’est l’idée sous-jacente d’un instrument qui pourrait faciliter le retour de l’Italie à une monnaie nationale.

 

 

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