Éric Domb: "La Wallonie va dans la bonne direction"

Ce qui était déjà difficile à l’époque, c’était de trouver du capital privé. Ce l’est toujours aujourd’hui. Ainsi que la trouille des banques.
Ce qui était déjà difficile à l’époque, c’était de trouver du capital privé. Ce l’est toujours aujourd’hui. Ainsi que la trouille des banques. - © RTBF

Éric Domb, fondateur de Pairi Daiza, lancé voici plus de 20 ans et auquel personne ne croyait, est aujourd’hui à la tête du premier parc zoologique de Belgique et des Pays-Bas, en termes de fréquentation. Il revenait dans Matin Première sur l'affaire des pandas et sur sa vision de l'entreprise

"On a beaucoup parlé récemment de l’affaire des pandas prêtés pour 15 ans par la Chine et qui arriveront au printemps 2014 à Pairi Daiza", observe Bertrand Henne. "Certains politiciens et journalistes flamands les ont jugés ‘trop wallons’ et exigés que le zoo d’Anvers les héberge. Il reste de cette affaire désormais classée qu’une certaine Flandre ne voit pas toujours d’un bon œil que certains Wallons réussissent et fassent de l’ombre au nord du pays. Cette histoire absurde n’est-elle pas le révélateur de certains problèmes existentiels de ce pays ?"

"J’étais en Chine occupé à visiter une ville et je sortais de l’avion au moment où mon GSM a commencé à crépiter à ce sujet", se souvient Éric Domb. "C’était la veille du jour où le premier ministre chinois devait prendre sa décision, donc j’étais vraiment dans l’expectative. C’était le pire moment pour entendre qu’il y avait une querelle à ce sujet. Maintenant, si on regarde les choses froidement, c’était positif. Près de 90% de personnes qui se sont prononcées sur cette histoire dans les médias flamands ont mis en avant la qualité de notre travail. Il y a un énorme décalage entre l’opinion générale et les propos de 2 ou 3 personnes, hélas relayés par les médias. Il faudra quand même un jour que ceux qui apportent l’information mesurent à quel point leur responsabilité est importante de soit mettre en exergue des éléments qui opposent les hommes les uns aux autres, soit de souligner que derrière des propos outranciers, une grande partie de la population trouvait que c’était mérité pour nous."

Maladie mentale collective

Éric Domb a dit un jour que le nationalisme était une maladie mentale collective. Il a ajouté aujourd’hui, citant Jean Rostand : "Le nationlisme c’est détester les autres, le patriotisme, c’est aimer son pays " Il ajoute avoir été heureux de voir se confirmer que pour l’immense majorité des gens, ces questions nationalistes leur passent au-dessus de la tête : "Pouvoir voir ces animaux à quelques kilomètres de chez soi plutôt qu’à 13 000, c’est une chance pour tout le monde, peu importe qu’on habite au nord ou au sud du pays " Et il ajoute avoir reçu un grand nombre de messages de félicitations de visiteurs flamands, peut-être même plus encore que de visiteurs wallons.

Bertrand Henne se demande si derrière les critiques ce n’était pas l’image de Pairi Daiza qui était mise en cause en Flandre : "Le zoo d’Elio du Rupo, proche de Mons, le zoo des socialistes wallons" selon certains journaux flamands. Éric Domb a-t-il été la cible d’une attaque politique ? Il pense plutôt que c’est révélateur de la méconnaissance que nous avons les uns des autres : "Quand j’ai créé le parc voici 20 ans, personne ne se disait que c’était parce que c’était proche de Mons… Au contraire on me croyait complètement fou de vouloir créer ce parc dans une partie de la Wallonie qui n’est pas la plus touristique. Ce qui est interpellant c’est que si sans même analyser le dossier d’une entreprise on la soupçonne d’avoir été aidée politiquement, cela voudrait dire qu’il faudrait créer une ‘zone Tchernobyl ‘ autour de Mons et demain autour d’Anvers…"

"Ma vie est une succession d'échecs"

En quittant son mandat à la tête de la Fédération wallonne des entreprises voici quelques années, Éric Domb avait déclaré que le premier problème de la Wallonie était le manque d’ambition ? "Est-ce toujours le cas ?", demande Bertrand Henne.

"On va dans la bonne direction. Comme me disait un professeur de conduite défensive : ’Si vous regardez tout le temps les obstacles, vous finissez par tomber dessus’. Bien sûr il reste des problèmes importants qui rendent difficile la décision de prendre des risques pour les autres. C’est la définition même d’entreprendre. Mais le premier problème, c’est la peur d’entreprendre. La peur a détruit plus de choses que la confiance n’a créées. Pourtant on est dans une période extraordinaire : on n’a jamais eu autant de clients potentiels au bout d’un clavier, jamais l’intelligence et la créativité n’ont eu autant d’importance par rapport à la matière. Si l’on promeut la créativité, l’enthousiasme, la confiance, l’enseignement, qui est la priorité des priorités, il n’y a aucune raison que la Wallonie ne tire pas son épingle du jeu. Elle est idéalement située en Europe, nous avons des universités qui ont un rapport qualité de l’enseignement/coût qui est extraordinaire… Ayons confiance !
Il faut aussi réapprendre à assumer l’échec. Tous les Latins ont le même souci : ils déconsidèrent celui qui a connu l’échec, cette sanction négative, qui est souvent provisoire, car le véritable échec c’est de refuser de se relever. Sinon l’échec est l’apprentissage par excellence. Tous ceux qui ont atteint un certain niveau d’épanouissement personnel, et partagé leur enthousiasme à travers le succès de leur entreprise, et bien… ils ont essayé ! Ne l’oublions pas : tous ceux qui ont réussi ont essayé ! Ma vie, je le dis souvent, il faut être lucide, a été une succession d’échecs ! Pas nécessairement financiers : j’ai fait toute une série de métiers avant Paradizio, et fondamentalement ils ont toujours été des échecs parce que c’était des activités professionnelles qui en me permettaient pas de me réaliser personnellement. Je suis né quand j’avais 32 ans et que j’ai créé ce rêve éveillé avec une équipe.
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"Beaucoup d’entrepreneurs pointent comme source de difficulté le rôle des banques. Est-ce que ce serait encore possible aujourd’hui, comme vous l’avez fait en 1993, de trouver en urgence une banque qui croit en votre projet risqué alors que votre principal investisseur rivé vous lâche en dernière minute ?", demande Bertrand Henne.

"Ce serait plus facile de créer Paradizio aujourd’hui qu’il y a 20 ans : à l’époque les taux étaient de 8 à 9%. Or les taux n’ont jamais été si bas aujourd’hui. J’ai fait à l’époque le tour des banques et j’ai eu la chance, après que toutes les portes aient été fermées, de rencontrer un jeune directeur de banque débutant. S’il avait passé 10 ans dans sa banque, il ne m’aurait pas accordé le crédit. Il ne faut pas idéaliser le passé. Ce qui était déjà difficile à l’époque c’était de trouver du capital privé. Ce l’est toujours aujourd’hui. Ainsi que la trouille des banques. Ce qui a changé positivement c’est que les invests, l’argent public qu’on met dans des entreprises qui débutent, n’a jamais été aussi abondant."

Le modèle familial allemand

"La réussite allemande est également basée sur l’investissement des Länder (les Régions) et le capitalisme familial, où la finance n’a pas pris le dessus sur toutes les décisions", observe Bertrand Henne. "Vous y croyez aussi ?"

"De tous ces éléments, c’est le capitalisme familial, le fait que vous voyez l’horizon à long terme, qui a certainement été un des facteurs de réussite de l’économie allemande. Il y a une véritable tradition de transmission d’une belle aventure collective à la génération suivante."

Patrick Bartholomé

 

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