L'indice boursier Bel20 a 25 ans

C’était la fête ce vendredi 18 mars 2016, dans le nouveau siège de la Bourse de Bruxelles, à deux pas de la Cathédrale Saints Michel et Gudule. C’est là qu’étaient réunis les dirigeants d’Euronext et les représentants des sociétés présentes dans le Bel20 pour célébrer le premier quart de siècle de l’indice boursier belge.

En 1991, les dirigeants de la Bourse de Bruxelles s’inspirent des exemples d’autres bourses, comme celle de Paris qui avait déjà créé son indice, le CAC40. L’idée était d’avoir un indice boursier belge qui donnerait une bonne indication de la santé du marché belge. L’indice devait permettre aux acteurs financiers de proposer des produits dérivés destinés aux investisseurs.

Beaucoup de poids-lourds de l’économie belge au début

L’indice Bel20 du début comprenait les poids lourds de la Bourse de Bruxelles : Acec-Union Minière, les AG, Barco, Bekaert, CBR, Delhaize, Electrabel, GBL, Gechem Priv, la Générale de Banque, la Générale de Belgique, Gevaert, GIB, PetroFina, la Royale Belge, Sofina, Solvay, Tessenderlo, Tractebel et UCB.

Pour François Cornelis, qui dirigeait PetroFina à l’époque, faire partie du Bel20 était incontournable: "Je crois que c’est une excellente idée de l’avoir lancé. Ce sont des indicateurs du fonctionnement du marché financier et du fonctionnement de l’économie qui sont extrêmement utiles pour tout le monde. Ce sont aussi des moyens de financement pour qui veut lancer des augmentations de capital. En économie de marché, c’est un outil indispensable. Il est clair que PetroFina était une valeur vedette en Belgique et qu’à ce titre-là, participer à l’indice général de l’état financier de la Belgique était une bonne chose ".

Un indice de nombreuses fois remanié

Au fil du temps, le Bel20 a connu des évolutions. Il y a eu, dans la deuxième partie des années 90, la période des fusions-acquisitions qui a vu plusieurs vedettes du Bel20 être rachetées et retirées du Bel20. PetroFina, a été rachetée par Total. La Générale de Belgique, Tractebel et Electrabel se sont fondues, l’une après l’autre, dans l’empire Suez, devenu Engie.

Des vingt valeurs du départ, sept sont toujours là en 2016 : Ageas (sur les cendres des AG et de Fortis), Bekaert, Delhaize Group, GBL, Solvay, UCB et Umicore (ex-Union Minière). A leurs côtés, d’autres valeurs sont arrivées au fil des années, certaines de taille, comme AB Inbev, KBC ou Engie. D’autres moins grandes: Ackermans & van Haaren, BPost, Colruyt, Proximus, Telenet Group, Elia et Cofinimmo.

Le 18 mars 2016, la clôture de la bourse de Bruxelles signera le départ du Bel20 de trois valeurs, Befimmo, D’ieteren et Delta Lloyd qui sont remplacées par Ontex, Galapagos et ING. Vincent Van Dessel, l’administrateur délégué d’Euronext/Bourse de Bruxelles explique les critères qui prévalent à la révision du Bel20: "Il y a un mouvement, il y des critères pour entrer. Les critères sont basés sur la capitalisation boursière, donc la valeur totale de la société, mais corrigée pour les actions qui sont librement négociables, qui ne sont pas dans des mains fermes. Il y a des critères de liquidité, des critères de capitalisation minimale et on fait la liste des entrants et des sortants chaque année".

Une consécration pour l’entreprise qui entre au Bel20

Faire son entrée dans le Bel20 est vécu comme une sorte de consécration par les entreprises qui sont choisies comme l’explique Charles Bouaziz, Président-directeur général d’Ontex qui entre dans le Bel20: "L’indice du Bel20 nous permet d’avoir une visibilité plus grande à l’extérieur de la Belgique auprès des investisseurs. Cela signifie beaucoup parce qu’on est belge. La société est historiquement belge, on est fier d’être belges. Quand on a choisi de coter la société, on a choisi Bruxelles-Euronext. Le Bel20, ce n’est pas forcément le patrimoine belge en tant que tel mais ce sont des entreprises qui sont ancrées ici. Nous-mêmes, on emploie 1000 travailleurs en Belgique. La consolidation de nos résultats et de notre chiffre se fait ici. Donc, ça fait partie de nos racines et oui, c’est important pour la fierté des salariés belges (…) Etre chez Ontex, ça voudra dire être dans une société du Bel20 ".

En 25 ans d’existence, le Bel20 a connu des hauts et des bas. A ses débuts, sa valeur de référence était de 1000 points. Le record a été atteint le 23 mai 2007 à 4757 points. La crise financière de 2008 a fait dégringoler l’indice autour des 1500 points. Il en vaut environ 3400 aujourd’hui. L’investisseur qui aurait fait confiance au Bel20 depuis le début s’en serait plutôt bien tiré, à en croire Vincent van Dessel, le patron d’Euronext: "S’il avait consommé ses dividendes, il aurait 3,4 fois le montant qu’il avait mis il y a 25 ans. S’il avait réinvesti ses dividendes, il aurait eu un rendement de plus de 8% par an. C’est peut-être un peu supérieur aux autres places boursières européennes".

Un indice toujours pertinent ou pas ?

Reste que l’on peut se demander ce que représente aujourd’hui le Bel20. Pour Arnaud Delaunay, analyste chez Leleux Associated Brokers, le Bel20 n’est plus représentatif de la santé de l’économie belge: "A titre d’illustration, lorsqu’on regarde les poids-lourds de l’indice Bel20, le groupe AB Inbev va réaliser plus de 70% de ses revenus outre-Atlantique. Même chose pour le groupe Delhaize. Cela n’est pas une référence par rapport à la situation économique de la Belgique. Et c’est la même situation pour les indices voisins comme le Dax en Allemagne ou le CAC40 en France. En moyenne, on s’aperçoit que les indices nationaux en zone euro réalisent 70% de leurs revenus en dehors des frontières nationales". Et lorsqu’il s’agit d’évaluer les performances d’un portefeuille d’investisseur, la comparaison se fait plutôt avec des indices internationaux, européens ou mondiaux.

Chez Euronext, Vincent van Dessel défend la pertinence de son Bel20: "En fait, un indice représente une partie du marché. C’est vrai qu’on crée de plus en plus d’indices et de plus en plus de fonds liés à ces indices, ce qui diversifie et ce qui donne la diversification au niveau des portefeuilles pour les investisseurs. On donne aux investisseurs un moyen d’investir dans les valeurs belges, les valeurs françaises ou les valeurs européennes ou technologiques. Il y a des indices pour tout. Donc le Bel20 est représentatif dans les valeurs belges. L’investisseur qui veut investir dans les sociétés qu’il connaît, il prend du Bel20".

Ce qui fait du Bel20 le symbole d’une certaine belgitude auquel beaucoup de patrons et d’investisseurs sont attachés.

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