L'Europe va-t-elle gagner la bataille de l'Intelligence Artificielle ?

La Commission européenne présentera ce mercredi sa stratégie pour une Europe adaptée à l’ère du numérique, incluant un livre blanc sur l’intelligence artificielle et une stratégie en matière de données non-personnelles.

Après avoir consulté toutes les parties prenantes – entreprises, syndicats, société civile, les gouvernements des 27 Etats membres -, elle espère faire des propositions législatives à la fin de l’année. Ces dernières années, l’UE a déjà développé ses propres règles pour protéger les données personnelles : c’est le fameux RGPD (Règlement général sur la protection des données) qui est entré en vigueur à la mi-2018 et fait désormais figure de modèle inspirant d’autres économies comme le Brésil ou le Japon.

Mais au niveau de l’exploitation industrielle de ces données personnelles, l’UE reste loin derrière les géants du numérique américains et chinois. "On a raté la première vague de données personnelles parce que nous étions plus fragmentés", a reconnu mardi le commissaire au Marché intérieur Thierry Breton, devant quelques journalistes.

L’Union s’attaque désormais aux données à caractère non-personnel, entendez les gigantesques gisements de données publiques ou industrielles. Les applications en sont innombrables, allant de la santé à la gestion des réseaux d’énergie ou du trafic routier (voitures autonomes), de la reconnaissance faciale pour la sécurité dans les stades à bien d’autres applications soulevant des questions éthiques.

"Une nouvelle vague s’ouvre, principalement d’origine industrielle. On veut que les algorithmes soient conçus dans l’Union européenne afin qu’ils respectent les valeurs auxquelles nous sommes attachés et nos droits fondamentaux", ajoute le Français.

La voix de la Belgique

Frédéric Pivetta, entrepreneur en big data, pilote également le comité d’experts belges, AI4Belgium, créé par le gouvernement fédéral. Frédéric Pivetta organisait la semaine dernière à San Francisco des tables rondes avec les géants de la tech (Facebook, Uber, Airbnb, Google) pour réfléchir à l’impact sociétal de l’intelligence artificielle.

"En matière d’intelligence artificielle, les données c’est une chose, la question des algorithmes c’est une autre chose et c’est une lutte de longue haleine qui est loin d’être terminée. Ce que l’Europe va présenter cette semaine est très prometteur en termes de constitution de grosses bases de données qui permettront d’alimenter les algorithmes en matière d’intelligence artificielle. L’Europe en cette matière peut jouer la carte éthique, c’est utile et nécessaire dans cette grande bataille mondiale des données. Si l’Europe veut créer des gros volumes des données, il faut créer un grand marché de la donnée et pour cela il faut l’encadrer par des règles d’éthique" défend Frédéric Pivetta.

Pour Frédéric Pivetta toujours, "en matière d’intelligence artificielle on peut aller beaucoup plus loin aujourd’hui que le RGPD, ce que présente la Commission européenne concerne les données non personnelles, l’étape suivante sera un RGPD version 2 qui devra approfondir quelques parts le marché des données personnelles".

Pour ce faire, la transparence sera requise sur le fonctionnement des algorithmes et de leur phase d’apprentissage ("machine learning"). "On va beaucoup travailler sur base du risque. Prenez les véhicules autonomes : qui du propriétaire, du constructeur ou du développeur d’algorithme sera responsable ? C’est important pour le citoyen, mais aussi pour celui qui met un produit sur le marché : il doit calculer sa prédictibilité. Ce sont des données principalement générées dans les conversations entre machines. Ce genre de données pourra aussi aider des politiques publiques" explique Frédéric Pivetta.

Discuter avec les géants

Le patron de Facebook était cette semaine à Bruxelles pour discuter avec la Commission européenne. "Mark Zuckerberg, est aussi engagé dans une politique sociétale, ils ont un grand volume de données et ont l’intérêt et l’envie de partager. Le patron de Facebook, par exemple, souhaite s’intéresser aux questions liées à la solitude, de comprendre pourquoi les gens sont seuls, et faire une cartographie de la solitude dans le monde. Facebook peut permettre de cartographier la solitude et aider les politiques publiques en matière de santé par exemple pour répondre à ces enjeux, mais ce n’est bien sûr qu’un seul exemple de ce qui pourrait être mis en place dans le futur" défend Frédéric Pivetta.

Partager pour le bien commun

Pour Frédéric Pivetta, "les gens sont prêts à partager leurs données personnelles pour le bien commun. Si bien sûr c’est données sont sécurisées et si on est transparent".

Le commissaire à la Justice Didier Reynders, en charge de la protection des consommateurs, approuve. "L’objectif principal, c’est d’installer la confiance entre les citoyens et les développeurs d’applications, entre les consommateurs et les diffuseurs de produits. C’est ainsi que nous susciterons plus d’investissement, de recherche, de développement. Et que nous créerons au départ de l’UE des leaders sur la scène mondiale". Le Belge s’attend à ce que ce prochain cadre sur le numérique et l’intelligence artificielle devienne une référence mondiale comme l’est le RGPD.

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