L'Europe promet de réduire sa dépendance énergétique grâce à l'Espagne et au Portugal

Carte montrant les principaux gazoducs traversant l'Europe et transportant le gaz russe
Carte montrant les principaux gazoducs traversant l'Europe et transportant le gaz russe - © K.Tian/J.Jacobsen, jfs/dmk/slr

L'Europe a fait mercredi un nouveau pas pour réduire sa dépendance en énergie importée, notamment de Russie, lors d'un sommet franco-luso-espagnol à Madrid visant à relier la péninsule ibérique aux réseaux électrique et gazier européens.

Le président français François Hollande et les Premiers ministres portugais Pedro Passos Coelho et espagnol Mariano Rajoy ont adopté un plan de développement des connexions pour sortir la péninsule ibérique de son isolement du marché européen de l'énergie électrique et gazière, avec des financements européens.

Dépendant de l'énergie importée, le Portugal et l'Espagne ont fortement développé les énergies renouvelables. Elles satisfont 25% de la consommation du Portugal et 17% de celle de l'Espagne. Mais ces ressources ne sont pas disponibles pour le reste de l'Europe, faute d'interconnexions suffisantes avec la France.

Ces interconnexions permettent d'exporter l'énergie renouvelable lors des pics de production ou au contraire d'importer du courant quand la production chute faute de vent ou de soleil.

Ils ont aussi construit un réseau de gazoduc pour importer le gaz d'Algérie, et des terminaux méthaniers pour importer du gaz naturel liquéfié d'autres producteurs. Mais ces gazoducs sont insuffisamment reliés à la France.

L'Europe trop dépendante du gaz russe

"L'ensemble du marché européen est aujourd'hui beaucoup trop dépendant du gaz venu de Russie", a souligné le Premier ministre portugais, à l'origine de cette initiative.

"La crise ukrainienne a renforcé la nécessité d’une solidarité énergétique européenne", a reconnu la présidence française en préparation du sommet.

Les trois dirigeants veulent donc profiter des financements disponibles dans l'Union européenne pour lancer des projets qui s'inscrivent dans la stratégie présentée la semaine dernière par la Commission pour créer un marché intégré de l'énergie.

Les objectifs de Bruxelles: assurer la sécurité des approvisionnements en faisant jouer la solidarité entre Etats membres, faire baisser les prix grâce à la concurrence, et les émissions de gaz à effet de serre en développant les énergies renouvelables.

Les trois pays sont convenus de chercher des financements européens pour un projet de câble sous-marin à travers le Golfe de Gascogne, d'un coût évalué à 1,9 milliard d'euros.

Cette connexion permettra de doubler les capacités d'échange entre la France et l'Espagne, déjà multipliées par deux fin février avec l'inauguration d'une ligne à haute tension entre la Catalogne et le Languedoc.

Ils vont également soumettre aux autorités européennes deux projets de connexion électrique à travers les Pyrénées par des cables enterrés, pour éviter les nuisances environnementales, a souligné M. Hollande.

L'Espagne en 'plateforme stratégique'

Le sommet a enfin décidé d'évaluer dans les six mois la faisabilité d'un projet de gazoduc reliant la Catalogne au midi de la France (MidCat), qui serait lui aussi financé par l'Union européenne.

L'Espagne voudrait se faire reconnaître comme une plateforme énergétique d'importance stratégique pour l'Europe, a expliqué Gonzalo Escribano, expert de l'Institut royal d'études stratégiques Elcano.

La péninsule n'est qu'un des chantiers de l'union de l'énergie.

Les îles de Malte et Chypre, par exemple, ne sont pas reliées au réseau européen et six pays de l'est de l'Europe (Bulgarie, Estonie, Finlande, Lettonie, Lituanie et Slovaquie) dépendent totalement de la Russie pour leur approvisionnement en gaz.

La tension entre Madrid et Lisbonne d'un côté, et Athènes de l'autre lors des négociations sur l'aide européenne à la Grèce a également été évoquée lors de cette brève rencontre madrilène. Le Premier ministre grec Alexis Tsipras avait accusé samedi les deux pays ibériques d'avoir tenté de faire échouer les négociations.


AFP

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