L'Eurogroupe dit non à une nouvelle proposition grecque

La Grèce a proposé mardi à ses créanciers de conclure avec le Mécanisme européen de stabilité (MES) un accord sur deux ans permettant de couvrir ses besoins financiers tout en restructurant sa dette. Elle avait aussi soumis au FMI une nouvelle proposition réclamant un délai dans le remboursement d'1,6 milliard. L'Eurogroupe, les 19 ministres des Finances de la zone euro, se réunissait ce mardi soir et a refusé toute extension du programme d'aide. C'est ce mardi soir à minuit que vient à terme le délai de remboursement d'une dette grecque envers le FMI. Le pays perdra à ce moment-là l'accès à 16 milliards euros d'aides en tout genre (prêts, bénéfices sur les obligations détenues par la BCE, fonds pour les aides).

Le gouvernement grec disait vouloir "rester à la table des négociations" en dépit de l'organisation dimanche d'un référendum sur les discussions avec les créanciers. Il a proposé un accord au MES sur deux ans "pour la couverture complète de ses besoins financiers et la restructuration de la dette".

La chancelière Angela Merkel a fait savoir mardi à des députés de son parti que l'Allemagne n'était pas prête à discuter d'une nouvelle demande d'aide d'Athènes avant la tenue d'un référendum en Grèce dimanche.

"Avant le référendum, côté allemand nous ne pouvons pas discuter d'une nouvelle demande d'aide", a dit la chancelière devant le groupe parlementaire conservateur CDU/CSU du Bundestag. Angela Merkel avait expliqué lundi que son gouvernement ne pourrait pas négocier de nouveau plan d'aide à la Grèce sans un mandat explicite du parlement allemand.

L'Eurogroupe "électronique" refuse la proposition grecque

Les ministres des Finances de la zone euro se sont entretenus par téléphone mardi soir pour discuter de cette demande d'aide. 

La réunion des 19 ministres des Finances de la zone euro (Eurogroupe) s'est terminée peu après 20h00, selon un tweet envoyé par le ministre finlandais des Finances Alexander Stubb. Les 19 ont refusé la proposition grecque : ils considèrent qu'une prolongation ou une décote de la dette ne sont pas possible, selon Alexander Stubb.

La réunion, tenue par téléphone, a duré environ une heure. "#Eurogroupe se termine. La lettre d'Alexis Tsipras inclut trois demandes. L'extension du programme n'est pas possible. La demande pour un programme MES (Mécanisme européen de solidarité, ndlr) est toujours traitée selon les procédures normales", a twitté Alexander Stubb.

"La dernière limite pour l'extension du programme était ce week-end. En raison des procédures parlementaires, il est impossible de l'étendre au delà d'aujourd'hui", a écrit le ministre slovaque, Peter Kazimir, lui aussi sur son compte Twitter.

L'initiative du gouvernement grec a suscité de l'incompréhension au sein de l'Eurogroupe, et certains se sont même mis en colère lorsque le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, a promis une nouvelle lettre de son Premier ministre avec des propositions d'actions prioritaires, encore dans la soirée de mardi, selon une source européenne.

Cette réunion des ministres des Finances de la zone euro était la première depuis samedi, journée où l'Eurogroupe a rejeté la demande de la Grèce de prolonger provisoirement les programmes d'aides en attendant la tenue, dimanche prochain, d'un référendum sur les propositions des créanciers d'Athènes. Le gouvernement du Premier ministre grec Alexis Tsipras a appelé la population à voter "non". Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a quant à lui pris parti pour le "oui", estimant que le "oui" exprimerait la volonté des Grecs à rester dans la zone euro et l'UE.

Mardi soir, alors que la réunion était en cours, plus de 20.000 personnes se sont réunies dans le centre d'Athènes pour manifester en faveur du "oui" au référendum. La veille, lundi, 13.000 personnes s'étaient mobilisées en faveur du "non".

La décision de tenir un nouvel Eurogroupe a été prise après qu'Athènes a déposé une proposition incluant une demande de financement sur deux ans au Mécanisme européen de solidarité. La réunion devrait reprendre, toujours par téléphone, mercredi matin, selon plusieurs sources. Il s'agira de la septième réunion des ministres des Finances de la zone euro depuis le 18 juin.

Un "non" pour mettre fin à un faux suspense

Le ministre grec des Finances Yanis Varoufakis avait par ailleurs confirmé plus tôt que la Grèce ne paierait effectivement pas ce mardi son échéance de 1,6 milliard d'euros que le pays doit rembourser au Fonds monétaire international (FMI).

Le ministre, attendu par les médias à l'entrée de son ministère, s'est vu demander si le paiement aurait lieu. "Non", a-t-il laconiquement répondu avant d'aller à son bureau. Un "non" qui a mis fin ce mardi au faux suspense et confirmé que la Grèce ne pourrait fournir la somme attendue.

Le FMI, qui refusait de croire encore récemment au scénario du défaut, attendra sans doute le dernier moment pour officialiser la nouvelle, qui aura un impact immédiat : la Grèce deviendra bel et bien le premier pays industrialisé à faire défaut vis-à-vis du FMI et sera aussitôt privée d'accès aux ressources de l'institution.

Lundi soir, le Premier ministre Alexis Tsipras avait déjà prévenu qu'Athènes n'aurait pas de moyen pour payer le FMI en raison de "l'asphyxie" financière dans laquelle se trouve Athènes après le refus des créanciers de prolonger le programme d'aide UE et FMI d'ici fin juillet après le déroulement du référendum. Ce programme arrive à échéance également le 30 juin.

Le rejet de l'austérité lors du référendum n'impliquera pas un "Grexit"

Vendredi, les créanciers ont fortement réagi à l'annonce par Alexis Tsipras du déroulement le 5 juillet d'un referendum au pays au cours duquel les Grecs sont appelés à dire "oui" ou "non" aux nouvelles mesures d'austérité, proposées par les créanciers.

Selon certains dirigeants européens le référendum est crucial car il porte surtout sur le maintien du pays dans la zone euro. Cette position est rejetée par Alexis Tsipras qui espère toujours avoir un accord dans le cadre européen tout en insistant sur l'apaisement de l'austérité et l'engagement des créanciers de trouver une solution sur la dette publique, un fardeau pour les finances du pays.

Le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble a néanmoins confié ce mardi à des parlementaires européens que, si les citoyens grecs rejetaient dimanche via ce référendum les propositions de ses créanciers, la Grèce ne se retrouvera pas dans l'obligation de quitter la zone euro pour autant.

Côté grec, Yanis Varoufakis a encore exprimé ce mardi l'espoir de parvenir à un accord dans la dernière ligne droite avec les créanciers sur le versement d'une aide. "Je l'espère", a-t-il sobrement déclaré au sujet de la possibilité d'un accord de dernière minute.

Débloquer un accord sur le renflouement du pays

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, avait plus tôt proposé au Premier ministre grec, Alexis Tsipras, (avant que le gouvernement grec ne fasse lui-même part d'une autre proposition) une solution "de dernière minute" susceptible de débloquer un accord sur le renflouement du pays, a appris mardi l'AFP d'une source au sein de la Commission.

Dans une conversation téléphonique, Juncker a expliqué "les contours d'une solution de dernière minute", a ajouté cette même source. L'idée était que Tsipras accepte le dernier plan des créanciers daté de samedi, et s'engage à appeler les Grecs à avaliser ce texte en votant oui lors du référendum de dimanche, ce qui permettrait la tenue d'ici là d'un Eurogroupe, a-t-on précisé.

Sans changement sur le fond des propositions faites à la Grèce pour lui éviter le défaut de paiement, l'initiative de Juncker porte sur la forme d'une sortie de crise, avec une "explication assez pédagogique de ce qui est sur la table", a-t-on ajouté de même source européenne.

"L'initiative de Juncker doit être saisie"

Un eurodéputé du Syriza, Stelios Kouloglou, a estimé que "l'initiative de Juncker doit être saisie". Dans un entretien à une radio grecque, il a affirmé que "les présidents de tous les groupes parlementaires à Bruxelles" avaient incité lundi Juncker "à reprendre les négociations pour arriver à un accord même au dernier moment".

En détail, Jean-Claude Juncker a proposé que le dirigeant grec de gauche radicale lui envoie une lettre, ainsi qu'au président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, et aux dirigeants allemand, Angela Merkel, et français, François Hollande, "acceptant les propositions de samedi des trois institutions", créancières (BCE, FMI et UE).

Examen de la proposition

Le Premier ministre grec aurait examiné cette offre, rapportait mardi le quotidien grec Ekathimerini, sans citer de source. "Les services du Premier ministre ont dit à Bruxelles qu'ils examinaient la nouvelle proposition avancée hier par le président de la Commission européenne, qui comprend un allègement de dette en octobre et des changements dans le dispositif EKAS", pouvait-on lire.

L'EKAS, explique l'agence Reuters, est une prime accordée aux retraités les plus pauvres.

Un responsable grec avait indiqué que les contacts se poursuivaient effectivement pour tenter de parvenir à un accord. "Il y a des initiatives", a-t-il simplement déclaré, sans donner davantage de précisions. La Commission européenne avait elle-même confirmé que "des contacts sont en cours".

"La porte reste ouverte"

La chancelière allemande Angela Merkel avait pour sa part déclaré ce mardi tout ignorer d'une nouvelle proposition européenne. "La dernière offre de la Commission que je connais est celle de vendredi dernier et je ne peux rien dire de plus", a-t-elle affirmé.

La dirigeante allemande a toutefois réaffirmé que "la porte reste ouverte" pour de nouvelles discussions avec Athènes.

La Grèce a jusqu'à minuit, dans la nuit de mardi à mercredi, pour trouver 1,6 milliard d'euros que le pays doit rembourser au Fonds monétaire international (FMI).

-> À lire aussi : Lueur d'espoir sur les marchés européens après la proposition de Juncker

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