L'Etat social belge "condamné à des mutations car il ne s'est pas adapté"

Pour Pierre Pestieau, économiste à l’ULg, l'Etat social belge est "condamné à des mutations car il ne s'est pas adapté"
Pour Pierre Pestieau, économiste à l’ULg, l'Etat social belge est "condamné à des mutations car il ne s'est pas adapté" - © Tous droits réservés

L'Etat-providence tel qu'on le connaît en Belgique est-il condamné à l’érosion, ou à la disparition? Le 20ème congrès des économistes belges de langue française qui se tient ce jeudi à Charleroi est consacré à l’avenir de notre modèle social. Pour Pierre Pestieau, économiste à l’ULg et invité de Matin Première ce jeudi, ce modèle connaîtra prochainement des "mutations bien nécessaires", faute de s'être "adapté" quand il le fallait. Et la régionalisation progressive conduira à une "perte de ressources incontournable en Wallonie".

Que faut-il faire pour adapter, pour sauver le modèle social belge? Mieux financer la sécurité sociale? Augmenter l'âge du départ à la retraite? Réduire la charge de la dette? S'il faut "suivre toutes les pistes" d'après Pierre Pestieau, l'économiste conseille avant tout de mieux les comprendre.

Il critique un "manque de données plus fines", au-delà de celles fournies par Bureau du plan. Pour lui on dispose essentiellement de prédictions qui "frisent l'anecdote et sont souvent extrêmement irréalistes".

Résultat? "L’expertise de l’Etat-providence belge est plus forte au nord", dit-il, en relevant un paradoxe : "L’'Etat social' flamand est plus performant que celui de la Wallonie, qui est pourtant plus proche du Portugal par exemple", et en a donc plus besoin.

Ce manque d'expertise est entre autre dû, selon Pierre Pestieau, au fait que les économistes francophones sont "plus intéressés par l’extérieur que par leur région". Mais il parle aussi d'une réflexion sur l'Etat social monopolisée par le PS et les partenaires sociaux, non adaptée à un monde qui change.

"Une perte de ressources dans le sud du pays" due à la régionalisation

Faut-il s'apprêter à oublier pour autant l’Etat social belge, quand la sécurité sociale reste très largement fédérale? "La philosophie de l’Etat social reste belge", mais il faut la penser "pour qu'elle soit plus moderne, plus proche des besoins réels des gens", continue l'économiste, qui ajoute aussi que "du fait de la régionalisation progressive, il y aura une perte de ressources, de pouvoir d'achat dans le sud du pays". Et pour lui, "ne pas s'en rendre compte est très dangereux".

"Il y a 20 ans, des économistes avaient averti qu'il y aurait une perte de 25% pour les allocataires sociaux si la Belgique venait à se scinder", dit-il. "Ces 25% sont en route, même si ça ne se voit pas, faute d'une bonne visibilité chiffrée des problèmes". Et Pierre Pestieau de renvoyer aux taux de pauvreté ou de chômage, des indicateurs "déjà extrêmement sombres en Wallonie".

Pierre Pestieau précise que l'ambition de ce 20ème congrès des économistes belges francophones est de "remettre sur la table l’ensemble de la protection sociale belge". D'après lui des réformes devront suivre, "en gardant bien à l'esprit que la régionalisation nous mène à une perte de ressources incontestable".

Et s'il semble difficile aujourd'hui d'avancer sur des sujets comme les allocations de chômage ou les pensions, il veut que l'on prenne conscience de la nécessité de "coller à une réalité qui a changé depuis la naissance de l'Etat social dans les années 50".

"On a maintenant de nouveaux besoins, dit-il, mais les anciens réclament encore leur dû". Il rappelle que les travailleurs à bas salaire ont de plus en plus leur revenu sous le seuil de pauvreté, et qu'un nouveau risque est maintenant évoqué, celui de la pauvreté des enfants.

Vit-on, comme le dit Jacques Attali, sur des "rentes sociales" sans voir les nouveaux besoins sociaux? Selon Pierre Pestieau, personne ne perçoit d'énormes allocations. "Ce qu’il faut, dit-il, c’est avoir un meilleur équilibre, en diminuant des allocations pour en augmenter d’autres". "Mais elle ne seront jamais hyper généreuses", conclut-il.

G.R. avec Bertrand Henne

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