L'entrepreneur wallon a-t-il peur de conquérir de nouveaux marchés?

Michel Gassée
Michel Gassée - © RTBF

Les entreprises wallonnes ne miseraient pas assez sur la croissance de leurs activités. C'est un constat de la société de consultance EY (l'ancienne Ernst & Young) et, pourtant, 9 chefs d'entreprise wallons sur 10 prétendent qu'ils veulent augmenter leur chiffre d'affaire significativement. Entre la parole et les actes, il y a une distance qui n'a pas échappée à Marie-Laure Moreau, associée chez EY : "Il y a parfois une volonté du management, et même de l'actionnaire, de garder cette forme de statu quo, et de ne pas vouloir croître à tout prix. Et c'est vrai, j'ai remarqué aussi cette opposition dans les discours, est-ce lié par rapport à cette peur ? Peur de prendre un risque, de croître, d'aller dans des projets innovants, d'aller à l'international - ça a aussi été évoqué à plusieurs reprises - de conquérir d'autres marchés. Il est vrai qu'on a aussi relevé que les entreprises wallonnes avaient des stratégies de croissance plus axées sur une connaissance de leurs clients et de leur marché, plutôt que d'oser risquer aller voir plus loin".

Ce constat n'empêche évidemment pas qu'il y a en Wallonie des centaines d'entreprises très dynamiques qui n'hésitent pas à investir dans l'innovation, et à explorer les possibilités de croissance à l'exportation au-delà de nos partenaires classiques : France, Allemagne, Pays-Bas ou Royaume-Uni.

Les chefs d'entreprises interrogés par EY font état d'autres éléments qui freineraient leur croissance, voire leur envie de croissance : coût du travail excessif, fiscalité qualifiée de décourageante, pénurie de talents. EY y ajoute le facteur syndical, considéré comme un frein à la croissance. Mais rares sont les chefs d'entreprises interrogés qui citent le manque d'ambition du management et des actionnaires ou le manque de vision stratégique ; c'est sans doute plus difficile à admettre.

"Non au saupoudrage"

Le ministre wallon de l'Economie Pierre-Yves Jeholet, a exprimé son point de vue mardi soir à Liège, à l'occasion de la rentrée économique du Cercle de Wallonie, de Trends Tendances et de La Première : "Les autorités publiques ont peut-être eu tendance à trop favoriser la création d'entreprises, je ne dis pas qu'il ne faut pas le faire, mais, à un moment donné, il faut aussi soutenir. Soutenir, accompagner les entreprises en croissance pour se développer davantage. Ça c'est un premier élément. Le deuxième élément c'est l'optimalisation de l'argent public, je l'ai dit très souvent, il y a une dilution des moyens publics en Wallonie, il y a un saupoudrage en quelque sorte. Je crois qu'on doit vraiment consacrer ces moyens publics pour des politiques de levier, pour la création d'activités et la croissance des entreprises".

Les consultants d'EY constatent que l'esprit d'entreprise, l'entrepreneuriat tente beaucoup plus les jeunes générations que ce n'était le cas il y a 15 ou 20 ans, par exemple. Créer sa start-up, les Wallons sont de plus en plus nombreux à en rêver, les Bruxellois aussi d'ailleurs.

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK