L'entrée des Chinois dans Eandis électrise la Flandre

L'entrée des Chinois dans Eandis électrise la Flandre
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L'entrée des Chinois dans Eandis électrise la Flandre - © Belga

Revirement ministériel, fronde de plusieurs communes, mise en garde attribuée à la Sûreté de l'Etat : la prise de participation de 14% de l'entreprise d'Etat chinoise State Grid au capital d'Eandis, le gestionnaire des réseaux d'électricité et de gaz de la plupart des communes flamandes, agite le nord du pays depuis une dizaine de jours, sur fond de craintes géostratégiques.

Courrier de la Sûreté de l'Etat

Une lettre a été envoyée à plusieurs ministres flamands par la Sûreté de l'Etat. De Standaard révèle ce mardi que c'est bien la Sûreté de l'Etat qui est derrière ce courrier confidentiel, jusqu'à présent resté anonyme. Évoquant des liens ténus entre cette entreprise et le parti communiste chinois, ainsi que les services de renseignement et l'armée, la Sûreté de l'Etat invite les ministres à la plus grande réserve concernant ce deal. Pour la Chambre de commerce belgo-chinoise, ce retournement de situation est "un très mauvais signal" envoyé aux investisseurs chinois, qui réfléchiront désormais à deux fois avant de revenir investir ici.

"Les Chinois sont très pragmatiques. Ils ont énormément de choix et peuvent investir partout", selon le président de la Chambre de commerce, Bernard Dewit.

L'image de la Belgique a pris un sacré coup avec les attentats du 22 mars dernier. "Cela s'améliore, mais remettre ce deal en question donne une très mauvaise impression."

Pour Bernard Dewit, les craintes suscitées par la lettre ne tiennent pas. "Ils n'auront pas la majorité (on parle d'une participation de 14%, NDLR). Je ne vois pas le danger."

Le gouvernement flamand change d'avis

L'annonce de cette prise de participation avait eu lieu fin juin. Elle doit être validée par les actionnaires d'Eandis (essentiellement les communes et provinces flamandes) lundi prochain, lors d'une assemblée générale extraordinaire, dans la foulée de la fusion des sept intercommunales d'Eandis et de leurs réseaux de distribution, pour constituer Eandis Assets.

Initialement favorable à ce renflouement chinois de 830 millions d'euros, le ministre flamand de l'Energie Bart Tommelein (Open Vld) a changé d'avis ce samedi. "Beaucoup de gens ne comprennent pas que nous vendions partiellement à un investisseur étranger quelque chose d'aussi stratégique que notre réseau de distribution."

Le ministre dit aussi craindre pour la protection des données privées, ce que le président d'Eandis Piet Buyse (par ailleurs bourgmestre CD&V de Termonde) juge infondé, vu l'aspect purement financier de l'opération.

Dans l'opposition, le bourgmestre de Louvain Louis Tobback (sp.a) a tiré à boulets rouges. "Quand on reconnaît en si peu de temps n'avoir pas bien évalué un dossier à 830 millions d'euros, on doit en conclure que l'on est incapable de gérer ce dossier", a-t-il lâché. Plusieurs communes se sont déjà opposées à l'accord.

Bart Tommelein, quant à lui, évoquait lundi de "nouvelles informations sensibles" sur State Grid, justifiant sa méfiance.

Un courrier au gouvernement - que d'aucuns disent émaner de la Sûreté de l'Etat - met en effet en garde contre cette entreprise liée au Parti communiste chinois et à l'armée, et rappelle qu'un accord similaire avait été bloqué par les autorités australiennes au nom de la sécurité nationale.

"Il s'agissait dans le cas australien d'une prise de participation de plus de 50%, alors que dans le cas d'Eandis, c'est une minorité de blocage de 14%", a relativisé le ministre-président flamand Geert Bourgeois (N-VA).

Liesbeth Homans: "Je n'ai pour le moment aucun rôle à jouer"

La ministre flamande des Affaires intérieures Liesbeth Homans (N-VA) a affirmé mardi n'avoir "aucun, mais alors aucun rôle" à jouer dans le dossier Eandis. Selon la ministre, elle ne pourra en avoir un que lorsque les pouvoirs locaux auront pris une décision au sein de l'assemblée générale d'Eandis.

Le courrier portant mention "diffusion restreinte", dans lequel la Sûreté de l'État met en garde plusieurs ministres contre l'accord faisant monter l'entreprise chinoise State Grid au capital d'Eandis, a été reçu lundi chez la ministre Homans, selon son cabinet. "Quand un courrier porte une telle mention, on ne va quand même pas immédiatement en balancer le contenu publiquement", ajoute-t-on.

Liesbeth Homans souligne que le courrier de la Sûreté de l'État avait également été envoyé à l'Union des villes et communes flamandes (VVSG).

Elle confirme qu'il revient aux seules administrations locales de prendre leur décision dans ce dossier, à l'occasion de l'assemblée générale. Ce n'est qu'après que cette décision atterrira sur le bureau de la ministre qui, ayant la tutelle des intercommunales, exercera alors sont pouvoir de contrôle.

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