Pourquoi l'élection de Joe Biden à la présidence des États-Unis pourrait avoir un impact sur votre plein de carburant

L'arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche pourrait faire baisser votre plein d’essence très bientôt.

L’une des raisons à très court terme se trouve en Iran. Depuis 2016, Donald Trump avait fait le choix du clash avec l’Iran, de la confrontation politique et économique, du rejet de l’accord multilatéral de 2015 sur le nucléaire et de sanctions, sanctions qui comprenaient entre autres des entraves aux exportations pour l’Iran. Or Joe Biden a promis de revenir aux termes de l’accord de 2015, d’apaiser en quelque sorte les relations avec l’Iran, avec à la clé sans doute des sanctions assouplies ou supprimées. Xavier Dupret, économiste à la Fondation Joseph Jacquemotte : "Si Joe Biden revient dans les termes de l’accord de 2015, l’Iran pourra à nouveau livrer sur les marchés l’équivalent de deux millions de barils par jour, ce qui se traduira mécaniquement par une baisse du prix du baril. Deux millions de barils par jour, ça fera une différence sur le plan du consommateur en Belgique".

Différence difficilement chiffrable, évidemment. La relation entre l’évolution des différents cours pétroliers et le prix de votre essence ou diesel n’est pas directe, puisque quand vous remplissez votre réservoir, vous payez, outre du pétrole, des frais de logistique de distribution, surtout et principalement des taxes. Mais pour faire simple, la tendance à la hausse ou à la baisse des cours sera lissée, moins fortement marquée dans le prix à la pompe, mais il n’empêche que dans l’immédiat ces relations irano-américaines seront bien un élément que vont observer les marchés.

Cette baisse anticipée des cours est-elle une bonne nouvelle pour tout le monde ?

Pas du tout, non. Pour rappel, la crise sanitaire a fait plonger la demande en pétrole en 2020. Nous sommes aujourd’hui autour de 41 dollars le baril de WTI, donc très loin des 65 dollars de janvier. Les cours sont bas et une nouvelle baisse, même si marginale, ne sera pas sans effet pour autant sur plusieurs pays producteurs qui ont déjà aujourd’hui des frais opérationnels, des frais de production, d’extraction et de transport qui sont supérieurs au prix de vente du baril.

"L’Algérie, déjà aujourd’hui, avec le niveau des cours qui est là et le bannissement de l’Iran des marchés pétroliers, est en réalité en train d’opérer à perte et elle maintient certains puits et certaines zones d’extraction en fonctionnement pour éviter une dégradation de l’outil. Mais ça signifie donc que l’Algérie vend à perte du pétrole et ça se traduit par une diminution des liquidités en circulation dans l’économie algérienne. En réalité, chaque fois qu’ils produisent un baril de pétrole, ils brûlent une partie de leurs réserves", explique Xavier Dupret.

Et sur le long terme ?

Joe Biden a promis de geler l’octroi de nouveaux permis pétroliers aux États-Unis. Est-ce que cela fera remonter les cours? Cela pourrait, absolument, en faisant baisser la production américaine. Tout comme la promesse de Joe Biden de réintégrer les accords de Paris sur le climat, qui impliquerait la neutralité carbone des États-Unis en 2050, des investissements massifs dans les énergies renouvelables et de mettre un prix environnemental, un prix carbone sur les activités pétrolières.

C’est donc a priori plutôt une mauvaise nouvelle pour l’industrie de l’or noir, mais a priori, parce que ce sont des développements de beaucoup plus long terme, à la fois économiques et politiques, et que rien ne garantit que ces promesses de campagne sauront ou pourront être tenues. 

 

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