L'effort budgétaire de 11,3 milliards n'est pas suffisant, estime Geert Noels

Invité de Matin Première, l'économiste Geert Noels estime qu'il faut tabler sur une croissance économique nulle jusqu'en 2013
Invité de Matin Première, l'économiste Geert Noels estime qu'il faut tabler sur une croissance économique nulle jusqu'en 2013 - © RTBF

Pour Geert Noels, économiste à Econopolis, la Belgique est entrée dans une spirale où il est très difficile de s'échapper. Un effet boomerang de la crise de 2008. Pour s'en sortir, il faut notamment tabler sur une croissance économique nulle jusqu'en 2013 et donc augmenter l'effort budgétaire. Il faut aussi renégocier Dexia.

Alors que la reprise des négociations pour la formation d'un gouvernement est toujours incertaine, Geert Noels prévient : l'effort budgétaire de 11,3 milliards d'euros n'est pas suffisant. Il en faudrait plutôt 20, voire plus "pour ne pas avoir de mauvaise surprise", déclare-t-il au micro de Matin Première ce vendredi.

Pour cet économiste, il faut "anticiper" les problèmes et selon lui, "la conjoncture est en train de ralentir fortement comme en 2008-2009". Or, "le budget table aujourd'hui sur une croissance de 0,8%" alors que certains annoncent même une décroissance de 2%, ajoute-t-il. Il faudrait plutôt tabler sur une croissance nulle jusqu'en 2013, conseille-t-il. Ce serait plus "prudent". 

Quand on sait qu'en 2008 cet économiste avait annoncé sur nos antennes que la crise bancaire se transformerait en crise de la dette et que le problème grec aurait un effet de contagion si aucune mesure forte n'était prise, cela interpelle. 

Un effet boomerang de la crise de 2008

Les problèmes de 2008 n'ont pas été résolus, affirme Geert Noels. Ils ont été "postposés", "camouflés" et "on reçoit maintenant le boomerang", "parfois avec plus de force".

"Entre 2000 et 2008, on a mangé nos réserves pour stimuler l'économie", explique-t-il. "A cela s'est ajouté la crise bancaire" avec "des garanties qui se chiffrent aujourd'hui à 130 milliards d'euros, soit près de 40% de notre PIB. Si cela se matérialise vous avez un taux d'endettement qui est très proche de la Grèce".  

La faute à qui ? Aux hommes politiques belges qui n'arrivent pas à former un nouveau gouvernement ? Si "la crise politique n'aide pas", répond-il, "il y a des pays qui ont un gouvernement et qui n'ont pu échapper à ce cercle vicieux car le gouvernement n'avait pas anticipé le problème". D'ailleurs, même si la Belgique avait un gouvernement "ce ne serait pas trop différent", dit-il, car nos responsables politiques n'ont pas anticipé le problème non plus. 

Dexia : "La Belgique s'est fait rouler par les Français"

Pour Geert Noels, "dans l'affaire Dexia, la Belgique s'est fait rouler par les Français". Selon lui, dès 2008-2009, ils étaient au courant que "Dexia était un grand problème" et "ils ont pris ce temps là pour diminuer les risques en France et les déménager en Belgique". 

"La Belgique doit renégocier avec la France" car elle n'avait pas l'information suffisante que pour pouvoir bien négocier. 

Notre pays "pourrait aussi utiliser ses contacts en Europe pour dire que les garanties que la Belgique donne pour stabiliser Dexia, c'est aussi des garanties données sur d'autres pays européens, des risques qui ne sont pas belges; qu'on utilise nos garanties pour résoudre un problème systémique pour l'Europe. Alors pourquoi pas utiliser le fonds de stabilité européen pour nous aider ? 
Si on peut enlever certaines de nos garanties, cela peut alléger nos charges d'intérêt et nous aider à sortir du cercle vicieux", explique l'économiste. 

Et si cela peut-être dur pour certains de renégocier, Geert Noels estime, lui, que ce n'est pas grave de dire qu'on était mal informé. "On a surestimé notre capacité de supporter tout cela", conclut-il.

C. Biourge
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