L'économiste Bruno Colmant: "Nous avons besoin de l'immigration pour faire face à nos populations qui vieillissent"

Économiste, chef du service économique de la banque Degroof Petercam, membre de l’Académie royale de Belgique, Bruno Colmant est l'invité du Grand Oral RTBF/Le Soir ce samedi 4 mai sur La Première et ce dimanche 5 mai sur La Trois. Il est l’auteur du livre "Du rêve de la mondialisation au cauchemar du populisme", qui fait le focus sur la mondialisation et son impact sur l’Europe. À trois semaines des élections européennes, nous abordons avec lui les grands enjeux de la campagne.

Le commissaire européen à la Migration Dimitris Avramopulos s’est récemment exprimé à propos de l’un de ces enjeux, l’immigration. Pour lui, il faut que l’Europe accueille davantage d’immigration. C’est un devoir non seulement moral, mais également économique et social. "Il a parfaitement raison", rétorque Bruno Colmant. Il soutient ce propos par une analyse des pyramides des âges des années précédentes : "Nous n’avons plus des pyramides des âges, mais des poires inversées, voire des cylindres". La population vieillit, donc.

"Les gens sont effrayés, mais sur les 230 millions de travailleurs actifs dans l’UE, l’immigration ne représente même pas 600.000 personnes par an". Pire, ajoute-t-il, un tiers de ces immigrés serait surqualifiés pour le travail qu’ils effectuent. "Nous avons besoin de l’immigration pour faire face à nos populations qui vieillissent".

Mais après l’accueil vient l’intégration, et nombreux observent qu’elle fonctionne mal. "Cela met en lumière un acquis social extraordinaire dans notre société, c’est le système éducatif". L’enseignement, facteur d’intégration ? Dans le Grand Oral du 26 avril dernier, Jean Hindriks mettait en lumière que trois quarts des enfants défavorisés avaient tendance à redoubler. "Oui, le système éducatif ne fonctionne pas aussi bien qu’on peut l’imaginer. Le président français Emmanuel Macron a annoncé des investissements importants afin de diminuer le nombre d’élèves par classe, augmenter le nombre d’enseignants. C’est exactement ce qu’il faut faire. Ceci étant, nous avons en Belgique un système remarquable et gratuit".

Il a dit

À propos de la transition énergétique : "L’Etat devrait reprendre la main (sur les centrales nucléaires). L’économie spontanée ne peut régler des problèmes d’une telle envergure. Il serait bon de se lancer dans une transition énergétique ambitieuse qui coûtera sans doute des centaines de milliards d’euros, financée par une banque du climat ou par la banque centrale européenne"

"Il n’y a plus de père de la nation en Belgique. Au rythme de la mobilisation, le pays s’est fragmenté, or refédéraliser des compétences qui impliquent toute la société aurait du sens. L’énergie, les pensions ou la transition climatique sont, eux, des problèmes d’envergure européenne et non belge"

Ce qu’il faut à l’UE ? "Une politique fiscale homogène, un budget européen qui en soit le reflet et un endettement public mutualisé par les pays de la zone euro. On en est loin, car la crise de 2008 à fracturé davantage les Etats"

Une interrogation : "Comment ne pas accepter que les États s’endettent pour financer ces investissements qui apporteront plus de prospérité que ce que ne coûtera l’emprunt ?"

Sur le modèle chinois : "Nous partageons la même terre, la Chine est un pôle de croissance extrêmement important. On ne peut pas rejeter leur modèle d’un revers de la main sans l’avoir observé et étudié. Il faut accepter Ali Baba"

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