L'économie russe commence à ressentir les effets de la crise ukrainienne

Des personnes font la queue devant une banque ukrainienne à Sébastopol, en Crimée le 24 mars 2014
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Des personnes font la queue devant une banque ukrainienne à Sébastopol, en Crimée le 24 mars 2014 - © Viktor Drachev

La crise ukrainienne commence à peser sur l'économie, déjà au ralenti, de la Russie, où les fuites de capitaux ont repris de plus belle, même si les sanctions ont un impact pour l'instant limité, selon des analystes. Par ailleurs, l'Ukraine menace de ne pas payer le gaz au prix demandé par Gazprom.

Les sorties de capitaux de Russie -indicateur très suivi des investisseurs car ils reflètent le climat des affaires dans le pays- se sont nettement intensifiées au cours du premier trimestre, selon les estimations d'Andreï Klepatch, vice-ministre russe de l'Economie.

Ces fuites de capitaux devraient atteindre entre 65 et 70 milliards de dollars sur les trois premiers mois de l'année, a estimé lundi ce responsable, cité par Prime Tass, alors qu'elles s'étaient établies pour l'ensemble de l'année 2013 à 62,7 milliards.

"Cela représente pour le premier trimestre une somme plus importante que pour toute l'année 2012, ce qui ne peut pas être un signe positif", a souligné Ivan Tchakarov, chef économiste pour la banque Citi à Moscou, estimant que ce phénomène est "lié à la situation générale d'incertitude" avec la crise politique en Ukraine et la tension dans les relations avec les Occidentaux.

Le haut niveau de sorties nettes de capitaux, problème endémique en Russie, traduit des transferts massifs de sommes détenues en roubles par des entreprises russes ou des individus pour les mettre à l'abri en devises, ou des fonds rapatriés par des sociétés étrangères opérant en Russie.

"La pression sur le taux de change que l'on observait au début de l'année s'est encore accentuée en mars avec l'incertitude politique", relève Natalia Orlova, chef économiste pour Alfa Bank.

Pour M. Klepatch, cité par l'agence Prime Tass, "le refroidissement des relations (avec l'Occident) apparaît comme un facteur négatif important pour la croissance économique et joue sur les fuites des capitaux".

"Un problème de stagnation"

Le responsable a estimé par ailleurs que la Russie avait "un problème de stagnation" de son économie, alors que la croissance du PIB russe devrait s'établir au premier trimestre "à un peu plus de zéro", après 1,3% sur l'ensemble de 2013.

Si le gouvernement table toujours officiellement sur une croissance d'au moins 2% en 2014, les économistes des principales banques estiment qu'elle pourrait ralentir à 1% ou moins cette année.

Le patron de la banque publique Sberbank, Guerman Gref, a de son côté averti lundi que "si les sorties de capitaux atteignent 100 milliards de dollars, il est tout à fait possible que nous ayons une croissance nulle". Ancien ministre de l'Economie, il a ajouté que le "risque de récession demeure", alors que la banque centrale a relevé début mars son taux directeur à 7%.

Après avoir perdu quelque 10% depuis le début du mois, les marchés boursiers russes, comme le taux de change du rouble, se sont toutefois stabilisés depuis une semaine alors que l'impact des sanctions occidentales semble pour l'instant circonscrit.

Pour l'instant les sanctions qui touchent 20 personnalités et une banque, "sont vues comme très personnalisées et sans répercussions générales", note Natalia Orlova.

Mais les pays du G7 ont averti lundi Moscou qu'ils étaient prêts à mettre en place des "sanctions sectorielles coordonnées qui auront des conséquences de plus en plus importantes sur l'économie russe, si la Russie poursuit cette escalade" en Ukraine.

Elles pourraient porter sur l'énergie, la banque, la finance ou l'armement, a indiqué un haut responsable américain s'exprimant sous couvert de l'anonymat, à l'issue du sommet de La Haye.

Les agences de notations Fitch et Standard and Poor's ont en mars l'une après l'autre passé de "stable" à "négative" la perspective de la note souveraine de la Russie, signifiant ainsi qu'elles pourraient l'abaisser cet indicateur de la qualité du crédit.

"L'impact direct des sanctions annoncées est pour l'instant mineur, mais l'incorporation de la Crimée dans la Fédération russe va probablement amener l'Union européenne et les États-Unis à élargir les sanctions en réponse", a estimé Fitch.

Bras de fer sur le prix du gaz

Les deux pays négocient actuellement le prix du gaz qui s'appliquera à partir du 1er avril et les autorités russes ont fait savoir qu'elles comptaient mettre fin à tous les rabais appliqués à Kiev, y compris celui lié à l'utilisation de la base navale de Sébastopol en Crimée, désormais rattachée à la Russie.

La fin de cette réduction doit faire passer le prix du gaz d'environ 380 à 480 dollars par millier de mètres cubes, un des prix les plus élevés appliqués aux pays européens.

"Nous payerons au prix de 387 dollars pour 1.000 mètres cubes. S'ils fixent un autre prix, nous payerons de toute façon 387 dollars. Ils n'ont qu'à nous poursuivre en justice", a déclaré le ministre de l'Energie Iouri Prodan, cité par l'agence Interfax Ukraine.

"Au niveau officiel, aucune décision n'a été prise en ce sens, ce ne sont que des déclarations", a-t-il ajouté.

Le gaz importé de Russie représente la majorité de la consommation de l'Ukraine. En 2006 et 2009, les conflits entre Kiev et Moscou ont conduit à des perturbations des livraisons du gaz russe vers les pays de l'Union européenne.

Cette année, Gazprom a déjà menacé de suspendre ses livraisons si Kiev, en grandes difficultés financières, ne réglait pas ses arriérés de paiement qui se sont accumulés ces derniers mois.

La baisse de 100 dollars pour 1.000 mètres cubes avait été décidée entre le président ukrainien pro-Kremlin Viktor Ianoukovitch et le président russe de l'époque Dmitri Medvedev en avril 2010 dans le cadre d'un accord de prolongement de la présence de la Flotte de la mer Noire en Crimée

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a indiqué à la presse russe la semaine dernière que cet accord n'était plus valable puisque la Crimée a été rattachée à la Fédération de Russie.

Auparavant, Gazprom avait déjà indiqué mettre fin à une autre réduction, accordée en décembre au président Viktor Ianoukovitch, depuis en fuite en Russie, ce qui doit faire passer le prix de 280 à 380 dollars environs par 1.000 m3.


AFP

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