L'économie est-elle au service du néolibéralisme ?

L'économie est-elle au service du néolibéralisme ?
L'économie est-elle au service du néolibéralisme ? - © Tous droits réservés

On entend souvent cette critique de la pensée unique dans les facultés d’économie, dans les médias et dans la littérature scientifique. Deux professeurs de l’UCL essaient d’objectiver cette question du pluralisme en économie. Ils ont fait un article. Simon Bourgeois l'a lu pour Matin Première.

Verdict : la théorie néoclassique domine l’économie, mais pas toute seule. La réponse est nuancée.

Pour bien comprendre de quoi on parle, la théorie néoclassique est de considérer l’économie comme l’addition de tous les individus. C’est vous, c’est moi, ce sont tous les auditeurs, on a des comportements économiques chacun en fonction de nos intérêts personnels et la somme de tous ces intérêts personnels serait optimale pour le marché, une forme d’autorégulation. C’est la fameuse main invisible.

Cette théorie a effectivement été très dominante pendant des dizaines d’années, sauf que pour Michel De Vroey, l’un des auteurs de cet article, économiste à l’UCL, cette théorie s’est enrichie avec le temps, elle a évolué. Cette théorie néoclassique est en fait devenue extrêmement vaste : "Elle est certainement mainstream, mais ce qu’on doit réaliser aussi et qui nuance la chose, c’est que cette approche, à part son point de départ de l’individualisme méthodologique, est une approche qui peut être comparée à une très large coupole, à une grande tente qui recouvrerait des familles très différentes. Donc, il y a à la fois cette prédominance et le fait qu’à l’intérieur, sous cette coupole, il y a une diversité méthodologique très importante".

Dire que la théorie néoclassique domine l’économie est une chose. Mais cela recouvre des courants de pensée tellement différents qu’en fait c’est très flou et cette affirmation en devient particulièrement généraliste.

Quel est le courant dominant aujourd’hui en économie ?

Il y a une partie de l’approche néoclassique, une partie de cette coupole dont on parle qui en fait partie, mais pas seulement.

Il y a un autre courant qui a pignon sur rue depuis maintenant 15-20 ans, particulièrement aux États-Unis, c’est l’approche expérimentale. D’ailleurs, le dernier prix Nobel d’économie appartient à ce courant expérimental. C’est de dire non plus que nous sommes des individus théoriques qui agissons en fonction de nos intérêts personnels, mais qui avons une part d’irrationnel, d’émotion dans nos choix.

Ce n’est pas une approche qui est complètement antagoniste du néolibéralisme, mais c’est quand même une fameuse remise en question, une remise en cause. Donc, considérer que la théorie néoclassique est un bloc monolithique qui domine l’économie est, pour les auteurs, réducteur.

La théorie néoclassique sert-elle la cause du néolibéralisme ?

La théorie néoclassique ne sert pas la cause du néolibéralisme, mais ça dépend de ce qu’on appelle le néolibéralisme. Les auteurs, eux, disent qu’on peut utiliser une théorie pour défendre une idéologie ou bien son contraire.

En l’occurrence ici, la théorie néoclassique est en général convoquée pour défendre non pas un libéralisme et un laisser-faire absolu, mais plutôt un libéralisme corrigé par l’action de l’État : "La plupart des économistes néoclassiques sont des défenseurs d’un libéralisme mitigé. Moi je connais beaucoup d’économistes néoclassiques qui votent à gauche. Sont-ils schizophrènes ? Non. C’est parce qu’il faut avoir une vue nuancée de ce qu’est le libéralisme", explique Michel De Vroey.

Conclusion des auteurs : la critique de la pensée unique qui passerait les plats du libéralisme est mal posée, ou en tout cas elle manque cruellement de finesse.

La question du libéralisme en économie, article complet à lire dans la revue " Regards économiques " publiée à l’UCL. 

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