L'économie allemande s'essouffle-t-elle?

Les ouvriers allemands réclament 6,5% de hausse des salaires.
Les ouvriers allemands réclament 6,5% de hausse des salaires. - © DPA / Uwe Zuchi

L'économie allemande est souvent considérée comme un modèle en cette période de crise en Europe mais la vitrine se fissure un peu. Plusieurs indicateurs seraient en tout cas passés à l'orange. Analyse.

Les derniers chiffres du marché du travail ont surpris: plus de 19 000 nouveaux demandeurs d'emploi en Allemagne ont été enregistrés en avril. L'activité économique n'a pas réussi à les absorber, alors faut-il voir un simple trou d'air ou bien les prémices d'une dégradation de conjoncture plus profonde ? Guillaume Duval de la Revue Economie Alternative dit qu'il y a d'autres signaux inquiétants: "Le nombre des offres d'emploi a significativement baissé de 8% au premier trimestre 2012 et même de 25% en ce qui concerne le secteur de la mécanique allemande. Et d'autre part, l'industrie allemande est dans son plus mauvais mois, en avril dernier, depuis 3 ans. Si le nombre des chômeurs, lui, est repassé comme tous les ans sous la barre des 3 millions de chômeurs, même cette baisse est moins importante que les années précédentes. Et corrigée des variations saisonnières, les Allemands connaissent une hausse du chômage pour la première fois depuis très longtemps".

Tous les économistes ne partagent pas cette analyse. Le verre à moitié vide ou à moitié plein: tout est question de point de vue. Au Centre de formation et de Recherches sur l'Allemagne contemporaine, à Paris, Isabelle Bourgeois se montre plutôt rassurante. Pour elle, ces mauvais chiffres sont à relativiser et les fondamentaux de l'économie outre Rhin restent solides. "L'économie allemande repose toujours sur son moteur des exportations -bien qu'il faiblisse un petit peu faute de demandes ou parce que la demande externe ralentit- et sur le deuxième moteur qui est nouveau, lui, et qui prend vigueur à savoir la consommation intérieure. Donc ce n'est pas sur le chiffre d'un trimestre qu'il faut se focaliser. C'était prévu que l'économie ralentirait légèrement mais c'est dû essentiellement à la demande extérieure."

Mais précisément, n'est-ce pas la fragilité de l'Allemagne de reposer essentiellement sur la demande extérieure ? C'est aussi sa force parce que ça l'oblige à innover en permanence et à se situer dans le haut de gamme ainsi que dans les moyennes à haute technologie. C'est cela qui fonde la réputation du "made in Germany" et qui permet de payer de très bons salaires en Allemagne.

 

L'Allemagne a cependant maintenu les salaires sous pression pendant près de 15 ans avec une augmentation moindre que celle du coût de la vie. C'est d'ailleurs ce qui a donné à ses industriels une compétitivité à toute épreuve et les moyens de gagner des clients et d'embaucher du personnel. Mais maintenant que le taux de chômage est au plus bas depuis la réunification allemande -6,8% de la population active- les syndicats sortent du bois, réclament leur part du gâteau. Surtout qu'il y a des métiers techniques en pénurie. Les revendications salariales et les manifestations se multiplient donc. De quoi changer la donne ? L'économiste Jean Michel Bousmart de CU Redskod ne le pense pas : "Les revendications salariales qui reprennent le haut du pavé effectivement avec un marché du travail tendu comme ça et des pénuries de main d'oeuvre, cela n'est pas étonnant, on est habitué en Allemagne. IG Metall réclame des hausses de salaires de 6,5%. En face, le patronat propose un peu plus de 3. Probablement qu'on va trancher au milieu, vers les 4%, ce qui fera quand même une accélération de la hausse des salaires mais qui n'est pas dramatique. Il faut quand même bien voir que les entreprises allemandes ont remonté fortement leurs profits."

Tous les partenaires de l'Allemagne espèrent donc un peu plus d'ouverture et de consommation intérieure mais ceux qui attendent de sa part un assouplissement de la rigueur budgétaire, en seront sans doute pour leurs frais. Angela Merkel considère que pour redistribuer de la richesse, il faut d'abord la créer et donc se désendetter. Le débat sera remis sur la table par le nouveau Président français. Les joutes promettent d'être difficiles.

T.N. avec Françoise Gilain

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