L'échange de dette grecque salué de toutes parts, Fitch place le pays en défaut partiel

Une relative euphorie régnait après l'accord des créanciers pour une restructuration de la dette grecque, mais le climat de la zone euro demeure morose
Une relative euphorie régnait après l'accord des créanciers pour une restructuration de la dette grecque, mais le climat de la zone euro demeure morose - © AFP / Louisa Gouliamaki

L'Allemagne a salué vendredi la réussite de l'échange de dette publique grecque par le secteur privé, parlant d'un "grand pas sur le chemin de la stabilisation et de la consolidation" de la Grèce. Mais l'accord "historique" avec les créanciers de la Grèce ne signe pas la fin de la crise dans la zone euro. Fitch a placé "temporairement" le pays en défaut partiel.

"La Grèce a reçu une chance historique", a encore estimé le ministère par la voix d'un porte-parole sollicité par l'AFP.

L'accord des créanciers privés "a ouvert la voie à la plus grande restructuration de la dette jamais réalisée par un pays", a ajouté lors d'un point de presse régulier le porte-parole du gouvernement, Steffen Seibert, tandis que le porte-parole du ministère des Finances, Martin Kotthaus, a estimé: "le travail commence maintenant, nous travaillons tous à ce que la Grèce revienne sur un chemin solide, et (l'échange de dette) était un pas important" dans le processus.

Le président du Conseil européen Herman Van Rompuy avait des accents presque lyriques pour décrire l'événement: "Le tournant dans la crise est atteint", a-t-il commenté, "nous allons vers une mer plus calme".

L'ancien Premier ministre belge n'a, selon ses dires, jamais vraiment eu peur. "J'avais grande confiance en la situation. Désormais, le risque de voir la zone euro se disloquer s'est définitivement dissipé".
 

C'est "un beau succès", qui permet d'atteindre "tous les objectifs que nous nous étions fixés", a estimé de son côté le ministre français des Finances, François Baroin, tandis que le Premier ministre luxembourgeois Jean-Calude Juncker estimait que tout était désormais en place pour que chaque Etat enclenche les procédure nationales pour la mise en oeuvre du second plan de sauvetage.

Première note discordante dans le concert des autocongratulations: l'agence d'évaluation financière Fitch Ratings a abaissé la note de la Grèce, qui était jusqu'ici de "C", plaçant temporairement le pays en "défaut partiel" (restricted default ou "RD") après l'annonce des résultats de l'échange de dette, selon un communiqué.
L'agence précise néanmoins qu'une fois l'échange réalisé, elle attribuera une nouvelle note à la Grèce.

Moins que les 90% espérés

La restructuration de dette a été acceptée par près de 84% des créanciers privés d'Athènes, selon un chiffre officiel publié vendredi matin, ce qui permet d'éviter au pays une faillite et ouvre la voie au déblocage d'un deuxième programme d'aide décidé le mois dernier par ses partenaires européen.

"C'est une lueur d'espoir, pas la fin de la crise" grecque, a tempéré le directeur de la fédération allemande des banques privées (BdB), Michael Kemmer, rappelant que cela ne résolvait pas le problème du manque de compétitivité du pays. "Les efforts d'Athènes ne doivent pas se relâcher", a-t-il estimé.

Francs tireurs et fonds "vautour"

La menace demeure de voir un nombre significatif de créanciers privés rester en retrait, et s'engager dans une bataille au long cours, en dépit de la forte participation au programme d'échange de dette.
Si beaucoup des créanciers qui n'ont pas apporté leurs obligations à l'échange ne se sont simplement pas signalés, une partie a clairement fait état de son refus. Ces "récalcitrants" pèsent quelque 9 milliards environ des obligations de droit grec (177 milliards sur les 206 éligibles).

En théorie, l'échange étant basé sur le volontariat, ces investisseurs doivent être remboursés de leurs créances en totalité, comme le prévoyait les obligations au départ, et ne pas subir de décote sur leurs titres. Mais dans les faits, le gouvernement grec a publiquement indiqué mardi qu'il n'avait pas prévu d'enveloppe pour les créanciers privés qui refuseraient d'échanger leurs obligations. Cette position ouvre la voie à des litiges ou à une réouverture de négociations ultérieurement.

Sac de noeuds

Autre source potentielle de conflits, le gouvernement grec a fait part vendredi de son intention d'activer les clauses d'action collective (CAC), ce qui lui permettrait de contraindre les détenteurs récalcitrants d'obligations de droit grec à procéder à l'échange. Et si malgré tout ces derniers voulaient contester ces clauses, toute action ne pourrait être entreprise que devant un tribunal grec ce qui minimise les chances de succès. Les créanciers de droit grec avaient donc toutes les bonnes raisons d'accepter les termes de l'échange.

En revanche, les investisseurs rebelles, souvent appelés "free riders" ou "holdouts", semblent nourrir davantage d'espoir pour les titres relevant du droit international, suisse ou britannique, dont le montant représente 29 milliards d'euros.
Ce d'autant plus que ces titres ne peuvent être traités qu'obligation par obligation, ce qui multiplie les recours éventuels devant la justice.
"Vous aurez des procès", prévoit un banquier, pour qui l'opération est "un nid à contentieux dans les prochaines années".
"Vous ne négociez pas avec ces gens", commente un autre à propos de ces investisseurs rassemblés dans des fonds dits "vautours", car prêts à dépenser des fortunes en frais d'avocats pour parvenir à leurs fins.

Quant aux chances d'obtenir davantage que les conditions financières proposées par la Grèce, l'exemple argentin incite à la prudence.
Dix ans après le défaut de l'Argentine, les "holdouts" qui ont toujours refusé de négocier avec le gouvernement n'ont pas touché le moindre dollar de dédommagement.
Plus nuancée, une étude de l'économiste du Fonds monétaire international (FMI) Manmohan Singh, publiée en 2003, avance que les créanciers qui ont choisi la voie judiciaire après une faillite d'Etat ont, en moyenne, obtenu sensiblement plus que les autres.

Boîte de Pandore

L'activation des clauses d'action collectives contenues dans les contrats de droit grec pourrait aussi avoir un autre effet: celui de déclencher l'émission des "Credit default swaps", ces instruments financiers de couverture du risque de faillite, qui font l'objet d'un marché très opaque. Il reviendra à l'International Swaps and Derivatives Association (ISDA), un organisme qui regroupe plus de 800 utilisateurs de produits financiers dérivés, de décider si oui ou non les CDS peuvent être actionnés. Ils doivent, pour ce faire, décréter que la mise en oeuvre des clauses d'action collective constituent un "événement de crédit", soit l'équivalent d'un défaut de paiement.

Selon certains experts toutefois, les CDS ne seraient pas aussi importants qu'on ne le craignait jusqu'ici. Et les organismes financiers qui seraient amenés à le couvrir devraient pouvoir les amortir. Mais la réalité est qu'on ne sait pas... Et que la question des CDS demeure une boîte de Pandore.

Climat morose

Certes, l'accord grec a été salué par les marchés financiers. Tant l'euro que les marchés boursiers ont progressé, mais sans faire des bonds. Par contre, les signaux en provenance de la zone euro demeurent inquiétants. La récession s'aggrave dans plusieurs pays, dont la Grèce précisément.

La récession qui frappe la Grèce depuis 2008 s'est fortement accentuée fin 2011, avec une révision en baisse du PIB qui a plongé de 7,5% au quatrième trimestre, a indiqué vendredi Elstat, l'autorité des statistiques grecques.
La chute de 7,5% se compare à un recul de 7% initialement annoncé le 14 février dans une première estimation officielle.

L'ensemble des indicateurs publiés montrent que tous les clignotants de l'économie grecque sont au rouge: au quatrième trimestre, les dépenses brutes de consommation ont enregisté un recul de 7,9% par rapport à la même période de 2010.
Les exportations ont reculé de 6,1% par rapport au trois derniers mois de 2010, dont -10,7% pour les exportations de marchandises et -1,3% pour les exportations de service.
Les importations ont elles-aussi chuté, de 14,2% par rapport au quatrième trimestre 2010.

Portugal: le plan d'aide accroît la récession

Mais la Grèce n'est pas le seul pays de la zone euro à souffrir. Au Portugal, le PIB a reculé au quatrième trimestre de 2,8% sur un an, en raison d'une forte baisse de la consommation des ménages, selon l'Ine.

En 2010 le PIB du Portugal avait augmenté de 1,4% et l'Ine explique la chute en invoquant "une baisse de la demande interne qui est passée de +0,9% en 2010 à -6,2% en 2011, associée principalement à une réduction de 3,9% des dépenses de consommation des ménages".
En échange d'une assistance financière internationale de 78 milliards d'euros, le gouvernement portugais a mis en oeuvre un plan de réformes marqué par de strictes mesures d'austérité. Celles-ci devraient entraîner cette année une récession de 3,3% tandis que le chômage devrait atteindre le chiffre record de 14,6%.
Le programme de rigueur comprend des hausses d'impôts, une baisse des prestations sociales, une forte augmentation des tarifs des transports publics urbains et une révision du code du travail.
Des doutes subsistent toutefois sur la capacité du Portugal à redresser la situation a l'issue, fin 2013, du plan d'aide accordé par l'UE et le FMI.
Certains analystes estiment que le Portugal pourrait ne pas être en mesure de revenir sur les marchés et serait alors contraint de demander soit une aide supplémentaire, soit des délais élargis voire même une restructuration de sa dette.

En Espagne, les deux principaux syndicats, UGT et CCOO, ont annoncé vendredi une grève générale le 29 mars pour protester "contre la réforme du travail et en défense des services publics". Elle se tiendra à la veille de la présentation du budget 2012 marqué là aussi par l'austérité.
Les syndicats dénoncent "la décision unilatérale" du gouvernement conservateur "de mettre en oeuvre une réforme du travail et un nouvel et dur effort budgétaire", indique CCOO dans un communiqué.

T.N. avec agences

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK