L'e-commerce belge est-il menacé de délocalisation?

A côté des magasins physiques, ici Medi-Market à Charleroi, la parapharmacie est un des créneau qui fonctionne bien en e-commerce même à partir de Belgique.
A côté des magasins physiques, ici Medi-Market à Charleroi, la parapharmacie est un des créneau qui fonctionne bien en e-commerce même à partir de Belgique. - © THIERRY ROGE - BELGA

Les e-commerçants belges sont en train de penser à se délocaliser, certains seraient déjà passés à l'acte. C'est l'analyse de Comeos. La fédération du commerce estime qu’en Belgique, plus de 8000 jobs n’ont pas été créés en 2014 pour cette raison. Mais il y a bien des sites belges qui cartonnent.

Commençons par les chiffres 2014 de l’e-commerce en Belgique, soit un chiffre d’affaires de 5,6 milliards d'euros en augmentation de 15 %. Le commerce en ligne représentait l’année dernière 6,4 % du total, une proportion en augmentation sensible. D’autre part 105 nouveaux webshops avec le suffixe .be ont été ouverts chaque mois.

Déséquilibre

Les chiffres sont bons, où est le problème? Le marché global: stable avec progression de l’e-commerce et un repli plus ou moins proportionnel des magasins physiques. Cela ne poserait pas de problème si l'équilibre se faisait en Belgique même. Or les magasins en ligne avec le suffixe .be ne sont pas nécessairement belges et même de moins en moins selon Comeos qui relève une délocalisation de sites créés en Belgique. La conséquence est que 42 % des achats belges sont faits à l'étranger. Au total, ce serait, toujours selon Comeos un manque à créer de plus de 8.000 emplois.

Face à cette situation, nos commerçants sont-ils suffisamment proactifs? La réponse de Dominique Michel, patron de Comeos : " Je crois qu’ils le sont. Ils investissent énormément mais il faut être honnête et reconnaître qu’ils ont pris le train en retard. Les Hollandais et les Britanniques ont commencé beaucoup plus tôt que nous. Maintenant nous sommes dans un phénomène de rattrapage et c’est donc rapidement que les mesures doivent être prises car de nombreux commerçants se posent la question de la délocalisation. Plusieurs ont déjà franchi le pas ".

Comeos propose trois mesures : permettre plus largement le travail de nuit, améliorer la flexibilité dans l'organisation du travail et abaisser du coût salarial. Ces mesures sont en partie prévues dans l'accord de gouvernement.

Un site qui cartonne

Pour illustrer la problématique, nous avons contacté les responsables d'un site de commerce en ligne qui est actif depuis 2008. Newpharma vend des produits et des médicaments qui ne nécessitent pas d’ordonnance. 2014 a été excellente année avec un chiffre d’affaires de 18 millions d'euros en augmentation de 30 % et 30 personnes occupées. La société s’est lancée sur deux nouveaux marchés : Allemagne et Autriche. Elle a acquis un concurrent français et s’est installée dans un nouvel entrepôt toujours en région liégeoise

Ce développement rapide contredit le constat pessimiste de Comeos mais ce n’est qu'un exemple. Cela dit, il démontre qu’il est possible de réussir à partir de Belgique dans les conditons actuelles.

Environ 45 % du chiffre d’affaires de Newpharma est réalisée à l'étranger et cette part est en croissance. Question à Mike Vandenhoofdt un des patrons : l'exportation était-elle incontournable : " Incontournable non mais cela coule de source. Nous sommes dans un pays multilingue en plein milieu de l’Europe. Les Français, les Hollandais viennent à nous, les marchés s’ouvrent un peu naturellement et le processus continue ".

Newpharma n’est pas le seul exemple de réussite 100 % belge, il y en a d’autres. N’empêche que, c’est exact, certains font le choix de l'étranger surtout au profit des Pays-Bas. Il y a le cas récent: une grande chaîne de vêtements dont le siège est ici.

Au-delà des questions soulevées par Comeos, il y a un problème structurel et historique. La Belgique a perdu de longue date ses centres de décision. Pour l'e-commerce, c’est une situation sans retour car tout peut se faire de l'étranger sans la moindre difficulté. C’est donc une perte nette pour l’économie belge.

Michel Visart

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