L'augmentation des salaires est-elle trop cadenassée ?

On l’apprenait ce mardi 22 janvier. Les négociations entre syndicats et patronat sur l’augmentation des salaires pour 2019 et 2020 sont suspendues. Les syndicats ont quitté la table des négociations. Ce qui crispe, c’est que la marge maximale d’augmentation des salaires est fixée à 0,8% en Belgique. Alors faut-il changer la loi ? Soir Première a invité Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de CSC, et Jean Hindriks, économiste, à s’exprimer sur la question.

Pour comprendre, il faut rappeler le contexte de cette loi sur les salaires, datant de 1996.

L’idée, c’est de tenir compte de ce qui se passe dans les pays voisins. Si les salaires augmentent trop vite chez nous par rapport à eux, cela pourrait poser des problèmes de compétitivité pour les entreprises belges. C’est donc pour tenir compte de cela qu’une marge maximale d’augmentation a été mise en place. L’économiste Jean Hindriks e précise : « Ce qui va guider l’évolution des salaires en Belgique, c’est la prévision d’évolution des salaires en Allemagne, en France, et aux Pays-Bas ».

Mais pour Marie-Hélène Ska, cette loi pose problème, car elle implique le fait qu’on ne plus presque plus augmenter les salaires en Belgique : « Il faut savoir que toutes les diminutions de cotisations de sécurité sociale accordées sous ce gouvernement, qui représentent plusieurs milliards d’euros, n’entrent plus en compte dans le calcul du coût des salaires. Cela montre l’absurdité et l’aspect très théorique de cette loi, puisque nous sommes condamnés à être dans un corset qui rend la négociation salariale impossible. Donc nous demandons qu’on puisse la changer ».

« On ne prend pas en compte le taxshift »

Jean Hindriks rejoint Marie-Hélène Ska sur un point : « C’est vrai qu’on ne prend pas en compte le tax shift en Belgique, qui est d’application depuis le gouvernement Michel. Or c’est intéressant de voir le rapport du Conseil central de l’économie, qui a fait une analyse avec et sans tax shift. Si vous introduisez le taxshift, et que les cotisations sont dès lors réduites, le coût salarial est également réduit. Cela donne donc un changement dans la marge disponible pour augmenter les salaires, qui passe de 0,8% à 2,5% ». Il conclut : « Ce n’est pas anodin de se poser la question : faut-il prendre en compte cet allègement des cotisations patronales ? »

Le débat s’invitera en tout cas au Parlement, puisque certains partis veulent aussi revoir cette loi. En attendant, les syndicats ont annoncé une grève le 13 février prochain pour réclamer ce changement de cadre légal.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK