L'appel au boycott de palaces appartenant au sultanat de Bruneï s'étend

La facade de l'hôtel Dorchester à Londres
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La facade de l'hôtel Dorchester à Londres - © AFP

Les appels au boycott se multiplient contre des hôtels de luxe appartenant au sultanat de Bruneï, parmi lesquels le Meurice à Paris ou le Dorchester à Londres, en raison de la charia instaurée à Bruneï.

Depuis plusieurs semaines, des appels au boycott des hôtels chapeautés par le sultanat se succèdent. Ils ont reçu vendredi l'appui du commissaire européen au Commerce, Karel De Gucht. En cause : l'introduction progressive depuis début mai par le puissant sultan Hassanal Bolkiah - une des plus grandes fortunes mondiales - de la loi islamique dans ce petit Etat situé sur l'île de Bornéo.

Le commissaire "soutient la campagne de sensibilisation contre l'inacceptable loi sur la charia, via le boycott des hôtels Dorchester par de nombreuses personnalités internationales", a annoncé son porte-parole, John Clancy, sur son compte Twitter.

Avant lui, étaient montés au créneau notamment le patron de Virgin, le milliardaire britannique Richard Branson, le PDG du groupe de luxe Kering (Gucci, Saint Laurent...), François-Henri Pinault, le comédien britannique Stephen Fry, l'animatrice de télévision américaine Ellen DeGeneres ou encore la célèbre rédactrice en chef de Vogue aux Etats-Unis, Anna Wintour.

La papesse de la mode avait déclaré qu'elle ne pouvait "en conscience" continuer de descendre au Meurice à Paris bien qu'elle l'affectionne, "de même que les rédacteurs en chef de Vogue", et ce malgré le "fort impact que la situation peut avoir sur l’équipe" du palace de la rue de Rivoli. Et d'évoquer le risque que les hôtels de la Dorchester Collection ne soient "désertés au profit de la concurrence" pendant les prochaines "fashion week" à Londres, Milan et Paris.

Le groupe réunit en effet dix hôtels de luxe où se bouscule une clientèle riche et souvent en vue : les palaces parisiens Plaza Athénée et Meurice, le Dorchester et 45 Park Lane à Londres, le Principe di Savoia à Milan mais aussi le Coworth Park à Ascot, le Richemond à Genève, l'Eden à Rome, ainsi que le Bel-Air et le Beverly Hills Hotel à Los Angeles.

"Stupéfait"

Le groupe Dorchester appartient à l'Agence d'investissement de Bruneï, un fonds souverain contrôlé par le sultanat du Bruneï. Interrogé par l'AFP vendredi, le directeur général de Dorchester Collection, François Delahaye, s'est dit "stupéfait de voir l'ampleur que cette affaire prend", en s'inquiétant de son impact pour les 3.500 salariés. "C'est de l'acharnement. Et les seules personnes qui vont être affectées par ce boycott, ce sont les 3.500 salariés du groupe, certainement pas le sultan", a-t-il estimé.

L'appel au boycott commence à produire des effets : des hôtels et restaurants du groupe Dorchester ont enregistré des annulations. "Je ne suis pas en train de défendre la charia, loin de là", a souligné M. Delahaye. "Mais qu'est-ce qu'un aubergiste a comme poids face à une décision politique et religieuse ?"

Par ailleurs, "si on devait sanctionner tous les hôtels de prestige qui ont des capitaux là où sévit la charia, il n'y aurait plus beaucoup d'hôtels de prestige où descendre", selon lui. Il a jugé relativement "absentes" les réactions politiques.

Les Nations unies ont néanmoins exprimé leur "profonde inquiétude" et l'ONG Human Rights Watch a dénoncé des "châtiments moyenâgeux".

Le conseil municipal de Beverly Hills a, lui, adopté une résolution enjoignant le sultanat asiatique à vendre l'hôtel Beverly Hills et d'autres propriétés qu'il possède dans la ville.

Amputation pénale légale

La nouvelle législation de Bruneï prévoit l'amputation de membres pour les voleurs, la flagellation pour la consommation d'alcool ou l'avortement ainsi que la lapidation pour divers crimes. Le responsable de Dorchester Collection a dénoncé certaines "réactions hypocrites" : "M. Pinault nous boycotte alors que beaucoup de marques de luxe de son groupe vendent dans des pays où on pratique la charia. Avant de donner des leçons aux autres, on balaie devant sa porte".

Il a rappelé qu'aucun des pays où sont implantés les hôtels du groupe ne pratiquent la charia.

AFP

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