L'ancrage belge de Brussels Airlines est "crucial" pour l'économie du pays

Les syndicats de Brussels Airlines menacent de partir en grève à la suite des révélations selon lesquelles la maison-mère Lufthansa, qui a acquis l'intégralité des parts de l'entreprise belge, souhaiterait supprimer l'ancrage belge de la compagnie.

Des rumeurs évoquent le licenciement des deux principaux dirigeants de Brussels Airlines, le CEO Bernard Gustin et le directeur financier Jan De Raeymaeker. Ce lundi matin, un conseil d'administration de Lufthansa se tiendra à Francfort. L’avenir de la compagnie se joue peut-être.

Quels sont les véritables enjeux ?

La première question qui se pose : les vols européens de Brussels Airlines vont-ils être intégrés dans Eurowings, la filiale low cost de Lufthansa ? Si oui, quel en sera l’impact sur le personnel ?

Deuxième inconnue : le réseau africain de Brussels Airlines va-t-il rester basé à Zaventem ou pas ? Ces questions-là — et il y en a d’autres — inquiètent évidemment particulièrement les travailleurs de Brussels Airlines, mais aussi le monde économique belge. Une cinquantaine de patrons viennent de signer une carte blanche dans le journal L’Écho.

Parmi eux, Bernard Delvaux, le patron de la Sonaca, qui est notre invité ce lundi matin. En quoi l’avenir de Brussels Airlines le préoccupe-t-il (ainsi que les autres signataires de cette carte blanche) ? "Je crois qu’on a tous suivi avec beaucoup d’intérêt et avec beaucoup d’espoir le redressement de SN Brussels après la faillite de Sabena et ce qu’on a lu ce week-end et fin de la semaine passée est bien sûr de nature à nous inquiéter comme chefs d’entreprise et comme citoyens", nous répond Bernard Delvaux.

Crucial pour l’attractivité économique

Pourquoi ? Parce qu’une compagnie aérienne "nationale" (on sait qu’elle appartient totalement à Lufthansa) a une importance stratégique pour l’économie belge ? "Oui, et à beaucoup de points de vue ! Tout d’abord, c’est important pour les entreprises qu’il y ait de nombreuses connexions sur la place de Bruxelles. C’est de l’efficacité, c’est du temps et donc, pour les entreprises, c’est de l’argent ! C’est vrai aussi d’ailleurs pour les particuliers. C’est important, je pense, pour l’attractivité de la place de Bruxelles, pour les activités économiques, pour les institutions, et c’est de nature à en attirer d’autres si une compagnie est forte sur le territoire de Bruxelles. C’est important aussi pour le tourisme bruxellois, pour pouvoir attirer aussi des touristes en Belgique en général. Et enfin, bien entendu, c’est important pour l’emploi sur le site de Zaventem et pour, bien entendu, tous les impôts qui sont rassemblés en Belgique et dans ces régions grâce à ces activités économiques."

La place de Bruxelles-National menacée sur l’échiquier ?

Derrière la réorientation au fond de l’activité de Brussels Airlines, doit-on également craindre une menace sur la place de l’aéroport de Bruxelles-National dans le réseau européen et international ? Pour Bernard Delvaux, "indirectement, j’imagine que oui puisque Zaventem dépend quand même encore significativement de SN Brussels. En particulier, quel sera l’avenir pour les lignes actuelles de SN Brussels vers l’Afrique ?" L’inconnue demeure à ce stade.

L’intérêt européen "plus ambitieux", avant celui de l’Allemagne

Avec leur carte blanche, les grands acteurs du monde aéronautique (belge) – dont fait évidemment partie le patron de la Sonaca – souhaitent montrer "qu’on est très attentifs à ce qui va être décidé. Si on peut presser un peu sur la décision, on le fait très volontiers parce qu’on pense que c’est important. Je crois qu’une partie du problème peut être résolue au niveau politique. J’imagine qu’il y a plus qu’un enjeu aujourd’hui à discuter entre l’Allemagne et la Belgique et ça peut évidemment jouer dans la résolution du problème. Et enfin, j’espère que l’Allemagne de Madame Merkel a à cœur le développement de l’Europe autant que celui de l’Allemagne. Je trouve que ce ne serait pas un bon présage, ce ne serait pas un bon signal que l’intérêt d’une entreprise allemande prime finalement sur un projet européen plus ambitieux, en plus dans la capitale de l’Europe."

Aucun contact politique n’a été pris pour soutenir cette carte blanche, commente encore notre interlocuteur. "Ce n’est pas notre rôle. Je pense que nous, ce que l’on souhaite faire, c’est simplement marquer un support par rapport à l’entreprise, par rapport à son management et par rapport à ses travailleurs."

Un peu tard pour intervenir ?

Après tout, la Lufthansa a racheté intégralement le capital de Brussels Airlines il y a un petit peu plus d’un an. Les administrateurs belges avaient un droit de veto, il fallait une unanimité pour les décisions au conseil d’administration de la maison-mère de Brussels Airlines et ils ont perdu ce droit à la fin de l’année passée, au 31 décembre 2017. Donc, depuis le 1er janvier, Lufthansa a totalement les mains libres.

"C’est évidemment la loi économique que, quand on vend ses actions, on perd le pouvoir de gérer l’entreprise. C’est une conséquence logique. Ça n’empêche pas qu’on peut à la marge essayer d’influencer la décision managériale de Lufthansa quant à l’avenir de SN Brussels ou de ses activités sur le sol de Bruxelles." Et avec cette carte blanche, Bernard Delvaux – ainsi que les autres signataires – espère y arriver. " Ça méritait d’être essayé en tout cas, je crois."

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK