Joseph Pagano (UMons) à propos de Keynes: "Le long terme, c'est maintenant"

La pensée du célèbre économiste britannique John Maynard Keynes est-elle toujours pertinente en 2019 ? Pour l’économiste Joseph Pagano, professeur ordinaire et chef du Service de Finances publiques et fiscalité à l’Université de Mons, la réponse est clairement oui.

Il cite comme premier exemple la politique monétaire telle que la Banque centrale la met en œuvre actuellement. « Elle est, dit-il, manifestement d’inspiration keynésienne ». Or, la politique monétaire est l’un des axes principaux de toute politique économique. « D’autre part, ajoute Joseph Pagano, il faut garder à l’esprit que, malgré la crise, nous sommes dans des systèmes où la redistribution des richesses – via l’Etat ou la Sécurité sociale – est restée extrêmement importante. Et ça, c’est un héritage de Keynes aussi. Donc, malgré les crises, malgré la révolution conservatrice, nos sociétés sont restées très keynésiennes ».

Mais cela ne signifie évidemment pas que tout l’héritage de Keynes imprègne l’ensemble des politiques économiques mises en œuvre en Europe. Joseph Pagano cite en particulier l’exemple de la politique budgétaire, où la marche arrière est très nette. « Les politiques budgétaires que nous avons aujourd’hui en Europe sont ‘a-Keynésiennes’, souligne-t-il. C’est ce que j’écris dans l’essai que je viens de consacrer à Keynes, » Introduction à la pensée de Keynes. Le long terme… C’est maintenant «. Cela signifie simplement que ces politiques budgétaires ont été conçues en dehors du paradigme de la pensée de Keynes. »

Ces politiques budgétaires sont tellement contraignantes qu’elles ont empêché et empêchent encore les Etats d’emprunter pour réaliser des investissements publics pourtant bien nécessaires, investissements qui, au passage, auraient pu – et pourraient encore – faire reculer très sensiblement le chômage. « Dans mon livre, insiste Joseph Pagano, j’explique – à titre pédagogique, pas politique – qu’avec un programme d’investissements publics sur cinq ans, on aurait pu réduire le chômage de moitié, et en tout cas, sensiblement. On aurait pu le faire, on pourrait le faire mais le problème c’est qu’on est coincés par les traités européens qui nous empêchent légalement de le faire, alors que toutes les conditions économiques sont réunies. Les taux d’intérêt sont tellement bas que si l’Etat emprunte pour financer des travaux, ça ne lui coûte à peu près rien. Les besoins sont là ! Pensez à nos infrastructures, nos autoroutes par exemple, pensez à toute la problématique du climat qui nécessiterait, par exemple, d’établir des programmes d’isolation des bâtiments publics avec, à la clé une baisse des dépenses de chauffage et des émissions de CO2. » Conclusion de Joseph Pagano : toutes les conditions pour lancer ces investissements publics sont là, « mais on est enfermé dans un cadre qui est un peu dépassé malgré tout ».

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