On voit souvent ces annonces aux valves des entreprises en cette saison : "Job d’été, réservé aux enfants du personnel". La pratique est fréquente, peut sembler anodine, pourtant pour Patrick Charlier, directeur d’Unia (l’ancien Centre pour l’égalité des chances), c’est de la discrimination est c’est important d’en prendre conscience, "réserver des emplois à une catégorie de personnes, ça contribue à perpétuer les inégalités sociales".
Pourtant, la pratique est tout à fait courante, dans les grandes, les petites entreprises, pourquoi c’est de la discrimination ?
"Le marché de l’emploi est inégal. Si on regarde la photographie des gens qui travaillent, elle ne correspond pas à la photographie de la population. Le taux d’emploi est plus important chez les personnes d’origine belge que chez les gens d’origine étrangère. Si on commence à réserver les jobs étudiants aux enfants de ceux qui travaillent déjà, forcément les jeunes de familles d’origine étrangère ont moins de possibilités d’avoir accès à ces emplois. Ce sont donc des discriminations structurelles. Elles ne sont pas intentionnelles mais elles reproduisent les inégalités qui existent dans la société. C’est ça le message : Cette pratique ancrée culturellement et socialement dans notre marché de l’emploi doit être interrogée".
…Autrement dit, ce sont les enfants de ceux qui ont la chance d’avoir un travail qui auront la chance d’avoir un job étudiant ?
"Exactement. Et comme il y a des inégalités dans la participation au marché de l’emploi – et ce n’est pas dû seulement à la discrimination, il y a d’autres facteurs -, cette pratique est importante à remettre en discussion et en question".
En même temps, ça part d’une bonne intention de la part des directions de faire ce plaisir ou ce petit cadeau au personnel…
"Oui, c’est vrai que souvent c’est même considéré comme un avantage social pour les travailleurs. Et puis il y a une question de facilité, si on ouvre ces jobs à tout le monde, ça devient une gestion de candidatures assez lourdes à gérer pour les entreprises pour des contrats d’un ou deux mois. Mais ce que je voudrais souligner c’est que les jobs étudiants, ce n’est pas un épiphénomène. Ils sont importants ! D’abord ça permet à certains de se payer des études, ensuite ça permet une expérience professionnelle, et puis en arrivant tôt sur le marché de l’emploi on se crée un réseau de contacts. Sans cela, l’avenir professionnel est plus compliqué. C’est un désavantage par rapport aux autres dès le début".
Ça fait longtemps que vous portez cette demande, vous sentez que les mentalités dans les entreprises évoluent ?
"On voit que les entreprises et les administrations qui s’engagent dans des politiques plus inclusives, elles interrogent elles-mêmes cette pratique. Certaines décident de revenir sur cette règle. Ce n’est pas du jour au lendemain qu’on change mais on peut se dire par exemple que la moitié des jobs sont réservés au personnel les autres ouverts à tout le monde".
Vous ne demandez donc pas une interdiction pure et simple de la pratique ?
"Non, on n’est pas du tout dans une approche juridique, il ne s’agit pas d’entamer des procédures contre ces entreprises. Nous sommes plus dans une démarche de politique préventive et de sensibilisation".