Intelligence artificielle et emploi: "La technologie n'est pas toute noire ou toute blanche"

"L’intelligence artificielle menace-t-elle nos emplois ?" : c'est le sujet d'un reportage de Questions à la Une. On y voit notamment des robots qui ont remplacé les conducteurs de clarks dans l’usine L’Oréal à Libramont. La revue Alter Échos s'intéresse à cette problématique et publie une enquête sur ce qu’elle appelle "la quatrième révolution industrielle". Deux journalistes qui ont coordonné cette enquête étaient interrogées sur La Première.

"Cette révolution en est vraiment à ses débuts et c’est à moyen et à long terme qu’il faut voir comment elle va se développer. Elle a déjà commencé avec le développement de l’intelligence artificielle et de la robotique, puisque c’est une des composantes caractéristiques de cette révolution. La première fois qu’on a mentionné qu’il s’agissait d’une révolution industrielle, c’était au forum économique de Davos il y a deux ans de ça" explique Laurence Dierickx, de la revue Alter Échos.

"Dans le dossier, une enquête montre que cela a un impact très fort sur l’emploi des caissières. Elles sont soit réaffectées à d’autres postes en rayon, soit il y en a qui disaient qu’elles étaient peut-être un peu mal à l’aise parce qu’elles jouaient un rôle parfois un peu de policier des caisses automatiques, donc ce n’était pas tout à fait le même rapport aux clients. Et il y en a d’autres qui étaient contentes parce qu’elles étaient debout au lieu d’être assises. Donc, cela avait vraiment un impact sur leur emploi, cela changeait leur métier complètement" précise Sandrine Warsztacki, d'Alter Echos.

Un emploi sur deux

"C'est très compliqué de pouvoir chiffrer absolument pour l’instant l’impact sur l'emploi. Ce qu’on sait par exemple, puisqu’on a quand même deux grands cas d’école, c’est d’une part Carrefour qui annonce un plan de restructuration et qui dit dans la foulée : 'On va automatiser toutes les caisses de tous nos supermarchés', et on a le même phénomène chez ING, qui annonce aussi un plan de restructuration : 'On va licencier plein de personnel, mais dans le même temps, on va développer nos services en ligne'. À partir du moment où vous, en tant qu’utilisateur, vous utilisez votre banque via votre terminal PC, ça veut dire que vous ne venez plus en agence et qu’on n’a plus besoin d’autant de personnel. Donc, il y a quand même des petits symptômes qui sont là, mais on ne peut pas encore chiffrer ça", poursuit Laurence Dierickx.

Avec l’intelligence artificielle, "une étude de l’IWEPS prédit jusqu’à un emploi sur deux qui disparaîtrait. Il y a des études plus optimistes, telles l’OCDE qui prédisait 9%, il y a des études, dont une partie provient du monde patronal ou de l’industrie technologique, qui prédisent que ça va créer plus d’emplois au final que ça va en détruire. C’est difficile à évaluer. C’est un peu comme évaluer l’impact qu’Internet aurait eu" explique Sandrine Warsztacki.

Formation

En Belgique, "il y a un gros problème de formation continue en entreprise, où il y a des législations qui existent mais elles ne sont pas respectées, puisque l’automatisation et la robotisation sont transversales à tous les secteurs. Cela ne concerne pas que le seul secteur technologique. C’est déjà un premier problème. Et un deuxième problème, c’est qu’on constate que les métiers de l’informatique sont en pénurie depuis une vingtaine d’années et il faut absolument régler le problème. Et pour régler le problème, il faut sans doute casser une image très masculine, des clichés du développeur qui mange des pizzas sur son ordinateur. Et puis il y a aussi d’autres facteurs : des rémunérations sont très élevées pratiquées à l’entrée de la profession, donc on ne peut pas garantir un niveau aussi élevé pendant toute une carrière. Et le dernier point, c’est qu’à 35-40 ans, c’est un métier où on se dit qu’on est dépassé" selon Laurence Dierickx.

"Les robots auront toujours besoin des humains, bien sûr, parce que déjà ils sont façonnés par des humains. On peut imaginer le risque que les humains se mettent finalement au service des robots. Mais on peut imaginer aussi que les robots apparaissent en termes de complémentarité. Il ne faut pas dire que la technologie est toute noire ou toute blanche, il y a quand même beaucoup de nuances, et à partir du moment où ça peut aider un travailleur dans ses tâches quotidiennes, par exemple en médecine, les progrès sont absolument incroyables" conclut Laurence Dierickx.

Alter Echos propose un webdocumentaire consacré à "La quatrième révolution industrielle, l’humain bientôt obsolète ? " à voir ici.

Le reportage sur l'intelligence artificielle diffusé dans l'émission Questions à la Une

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