Incendie du data center OVH : quelles conséquences pour le web belge? Comment éviter de perdre toutes ses données?

Ce 10 mars dernier, des milliers de sites étaient perturbés voire inaccessibles dû à un important incendie qui s’est déclaré la nuit du 9 mars à Strasbourg dans un bâtiment de l’entreprise OVH, spécialisée dans les serveurs informatiques.

De nombreuses structures ont été touchées en France parmi lesquelles on retrouve l’aéroport de Strasbourg, le musée Centre Pompidou à Paris, le club de handball de Créteil , la plateforme des données publiques data.gouv.fr mais aussi en Belgique comme l’annuaire Avocats.be, les sites Bruxelles Environnement, les éditions Bayard ainsi que des petites et moyennes entreprises comme le rapporte Business AM.

En réalité, ce sont 3,6 millions de serveurs web liés à OVHcloud en tout, qui représentent 464.000 noms de domaines qui ont été impactés selon Netcraft, spécialiste américain du monitoring d’Internet. "Plus de 18% des adresses IP attribuées à OVH dans notre dernière Web Server Survey publiée il y a deux semaines ne répondaient plus hier entre 7h et 8h du matin", indique Netcraft. Une occasion de rappeler aux usagers la vulnérabilité de ces données hébergées dans le nuage numérique (cloud). Etant donné qu’elles sont physiquement stockées, elles peuvent être exposées à toutes sortes de problèmes.

Le site de Strasbourg hébergeait 29.000 serveurs, selon OVHcloud. Sur les quatre data centers du site, un a été entièrement détruit par les flammes. Sur un autre data center du site, quatre salles de serveurs ont été détruites sur huit selon le site Downdetector. Par mesure de précaution, l’électricité avait été coupée sur l’ensemble du site.

L’entreprise s’est dite " soulagée qu’aucun blessé ne soit à déplorer " et a présenté ses " sincères excuses " aux clients affectés.

Redémarrage des serveurs d’ici le 19 mars

"Nous prévoyons de redémarrer les centres de données SBG1 et SBG4, et leur réseau associé, d'ici lundi 15 mars prochain, et SBG3 d'ici le vendredi 19 mars", promet Octave Klaba, PDG d’OVHcloud sur Twitter. "Sur nos datacenters de Roubaix et Gravelines, nous disposons d'un stock de nouveaux serveurs prêts à être délivrés à l'ensemble des clients impactés. Evidemment gratuitement. Nous acheminerons 10 000 serveurs dans les trois à quatre prochaines semaines "

Si OVH avait pris de meilleurs matériaux, ils auraient pu éviter l’incendie

Nicolas Pettiaux, professeur d’informatique et collaborateur à educode.be nous explique en quoi OVH aurait pu éviter l’incident : " Le data center d’OVH est construit en bois. Il n’était pas bien protégé. Tout brûle dans un ordinateur, cela peut être déclenché par n’importe quoi, un des composant est le silicium, il y a pleins de câbles autour qui peuvent être inflammables et tout cela fonctionne avec de l’électricité. L’alimentation d’un ordinateur peut prendre feu , d’autant plus quand on met pleins d’ordinateurs ensemble comme c’est le cas dans un data center. Si OVH avait pris de meilleurs matériaux, il  y aurait eu moins de risque mais ils ont préféré payer moins cher et donc de la moins bonne qualité. Par exemple, le datacenter de Google ne prendra jamais feu car il n’est pas fait en bois comme chez OVH, il y a des matériaux qui étouffent le feu comme des parois étanches, ils injectent un gaz qui ne brûle pas comme de l’azote. " nous explique-t-il. 

Une solution existe : le backup

Mais les entreprises ou particuliers peuvent éviter de perdre leurs données en amont car il existe des solutions préventives proposées par OVH en cas d’incident comme celui-ci. Un abonnement plus cher mais qui permet d’héberger son site web et ses données sur deux serveurs distants en même temps. De ce fait, si l'un est détruit, l’autre peut tout récupérer. Pas d’inquiétude donc pour les grosses entreprises et l’Etat.

Par contre, les plus petites entreprises n’ont pas forcément souscrit à cette offre et donc un risque plus élevé de perdre leurs données dans les flammes.  C’est ce qu’il s’est passé pour le studio britannique Facepunch, éditeur de Rust. " Les données ne pourront pas être récupérées, nous étudions désormais le remplacement des serveurs affectés. " a annoncé la firme sur Twitter.

La moindre des choses à faire, c’est un backup 

Selon Nicolas Pettiaux, la moindre des choses c’est de faire du backup (copie de données) : "Il faut stocker les données à un endroit différent de l’endroit principal, et après il faut tester le backup sur l’ordinateur principal. Il faut faire en sorte que la copie ne soit pas dans le même data center car si un accident comme celui-ci arrive, tout brûle. Quelqu’un de prudent mettra ses données chez deux fournisseurs différents, dans l’idéal dans des datas centers belges et ira se renseigner par soi-même sur la conformité des infrastructures. "

OVH, c’est quoi ?

OVHcloud a été créé en 1999 à Roubaix sous le nom d'OVH par Octave Klaba, jeune Français d'origine polonaise arrivé dans l'Hexagone à l'adolescence. L'entreprise a commencé par faire de l'hébergement de sites internet, avant de se lancer dans les services "cloud" pendant la décennie 2010.

Avec quelques rares autres acteurs, elle porte les espoirs du cloud européen face aux géants américains et chinois de ce secteur devenu stratégique pour l'économie numérique.

Le dernier chiffre d'affaires publié date de 2019 (600 millions d'euros). Le groupe compte 2.450 collaborateurs, dont la moitié en France. Elle revendique 1,6 million de clients et opère 32 centres de données dans le monde.

Une introduction en bourse prévue

Le groupe est également censé être introduit en bourse prochainement. En effet, l’entreprise aurait décidé d’entrer en Bourse à Paris selon Reuters qui a cité un porte-parole le 8 mars dernier. " cette opération, si elle devait se concrétiser, permettrait d'accélérer les investissements et d'accroître notre visibilité, notre attractivité. Quelle que soit l'issue de l'opération, Octave Klaba et sa famille resteront actionnaires majoritaires " a indiqué le porte-parole. En effet, il détient 80% de l’entreprise, les 20% restants appartiennent aux fonds d’investissement KKR et TowerBrook Capital Partner après avoir investi 250 millions d’euros en 2016, rappelle Reuters. A noter que l’entreprise est valorisée à plus d’un milliard d’euros et pour cause : OVH hébergerai les deux tiers de l’internet français selon certaines estimations.

L’entreprise se trouve en face de sérieux concurrents américains comme Amazon, Google ou Microsoft. C’est pourquoi en 2018, l’entreprise a recruté Michel Paulin, ancien directeur général de SFR pour accélérer son internationalisation et renforcer sa position de concurrent européen du cloud.

Lors de l’arrivée de celui-ci, Octave Klaba avait déclaré : “Ma forte conviction est que l'Europe doit inventer et développer un écosystème d'entreprises européennes pour garder une autonomie numérique face aux Américains et aux Chinois”.

Il y a aussi des concurrents français comme Scaleway ou encore Suisses comme Infomaniak " précise le professeur Pettiaux. " l’Incendie aura des conséquences importantes sur OVH, cela va casser la dynamique commerciale car les gens vont se méfier. "

Il est possible qu’OVH partage son retour d’expérience de cet incident d’ici quelques temps mais les sites, eux aussi, devront tirer les bonnes conclusions.

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