Il y a dix ans, les subprimes faisaient chuter les banques européennes comme des dominos

Il y a dix ans, les subprimes faisaient chuter les banques européennes comme des dominos
Il y a dix ans, les subprimes faisaient chuter les banques européennes comme des dominos - © Tous droits réservés

A la fin de l’été 2008, nombreuses sont les banques européennes à être contaminées par les crise des crédits hypothécaires américains pourris. Royal Bank of Scotland, Bradford & Bingley, HBOS au Royaume-Uni, Hypo Real Estate en Allemagne, Landsbanki, Glitnir, Kaupthing en Islande, UBS en Suisse, et bien sûr Fortis et Dexia en Belgique, sont autant d’exemples de ces nombreuses banques qui chutent comme des dominos en Europe, après la mi-septembre 2008. Toutes se sont laissées tentées par les subprimes, des produits financiers aux promesses de rendements alléchantes. Ces produits, les financiers américains les ont remplis de crédits hypothécaires à hauts risques, en cachant le fait qu’ils avaient très peu de chances d’être remboursés.  

Toutes les banques européennes concernées affichent à partir de septembre 2008 des pertes colossales. Elles ont été grugées, aveuglées par l’appât du gain et le manque de vigilance comme l’explique Bruno Colmant, aujourd’hui chef économiste de la Banque Degroof et qui dirigeait la bourse de Bruxelles en 2008 : "Ces produits financiers ne sont pas rentrés dans les banques par les départements crédit, c'est-à-dire des départements où on analyse les produits de manière soigneuse. Mais ils sont rentrés dans les banques par les salles d’arbitrage, c'est-à-dire des endroits où l’on achète et l’on vend des produits financiers en grande quantité. Donc, ces produits n’ont pas suivi le screening classique de crédit. Ce sont devenu des valeurs mobilières. Et donc par un effet de myopie, par un effet candeur, par un effet de manque de qualité de la gestion des risques, ces produits se sont retrouvés dans le bilan des banques européennes, spécifiquement en Belgique. Et en fait, les banques se sont retrouvées avec du papier qui n’avait plus de valeur, sans savoir comment se dépêtrer de cette situation".

Le système bancaire se grippe

Rapidement, la paralysie menace les banques européennes, même les plus grandes. Les banquiers, qui traditionnellement s’échangent et se prêtent des devises, s’observent. Ils sont paralysés, ils ne savent plus à qui se fier. Quelles sont encore les banques qui ne sont pas exposées au risque des subprimes ? Et qui sera le prochain à tomber?  Certaines banques, comme Fortis en Belgique ne trouvent plus les moyens de se refinancer, ce dont se souvient Eric De Keuleneer, professeur de Finances à l’ULB-Solvay : "En quelques semaines, les marchés interbancaires cessent pratiquement de fonctionner. Les banques qui se prêtaient de l’argent quand elles en avaient trop, et dans certaines devises, ce marché s’assèche. Et un certain nombre de clients, surtout les plus grands clients, les grands groupes industriels commencent à s’inquiéter, retirent leurs dépôts des banques mentionnées comme étant les plus exposées au marché hypothécaire américain et on entre dans une spirale".

La panique

Pour les épargnants, c’est parfois la panique. On se souvient de ceux qui avaient placé leur argent sur les livrets d’épargne à haut rendement de la banque islandaise Kaupthing Bank. Ceux-ci voient leur épargne bloquée et craignent de tout perdre. Ils ont placé leur argent sur les livrets attrayants de la banque islandaise Kaupthing, qui est en cessation de paiement en octobre 2008. Les clients belges de Kaupthing devront attendre de nombreux mois avant d’avoir la garantie que leur argent ne sera pas perdu.  

L'intervention des Etats est inévitable et salutaire

A l’époque, c’est toute l’Europe, gouvernements, banques centrales, institutions financières qui se mobilisent pour sauver ce qui peut l’être et garantir le fonctionnement des marchés financiers. Les banques centrales et les Etats sont contraints d’entrer dans la danse pour soutenir les banques et les aider à se recapitaliser.

Entre 2008 et 2012, on estime que l’aide publique directe aux banques atteint plus de 600 milliards d’euros. Les Etats se portent aussi garants pour plus de 5000 milliards d’euros. "On a, dans certains cas, assisté à de quasi nationalisation, parce que le besoin de fonds propres supplémentaires était tellement important pour certaines de ces banques que les Etats qui ont refinancé leurs fonds propres sont devenus pratiquement leurs principaux actionnaires" explique Eric De Keuleneer. Le cas de la banque Fortis en est un exemple. L’Etat néerlandais nationalise toutes les activités de la banque aux Pays-Bas. L’Etat belge intervient pour soutenir la branche belge et conclut un accord avec les Français de BNP Paribas. 

Avec le recul, ces interventions publiques se sont avérées essentielles, estime Bruno Colmant, de la Banque Degroof : "Si les Etats n’étaient pas intervenus, l’Etat belge en particulier, le système aurait implosé. L’épargne des particuliers et des entreprises aurait été affectée. Et je pense que l’économie du pays aurait pu s’effondrer. Donc, il y aurait eu, véritablement, un risque systémique".

Crise financière et économique

La débâcle des banques, la crise financière à partir de 2008 va aller de pair avec une crise économique. Le climat morose l'emporte en Europe, même si le lien de causalité entre les événements de septembre, dont la chute de Lehman Brothers et déclin de l’activité économique n’est pas prouvé : "Le climat économique se pétrifie. De nombreux investissements sont plus difficiles. Des secteurs entiers semblent s’arrêter. Les commandes de nouvelles voitures, sans rapport avec la chute de Lehman Brothers, mais en octobre-novembre 2008, les commandes de voitures diminuent drastiquement. Il y a tout un climat de crise qui inquiète les consommateurs; les entreprises retardent leurs investissements" explique Eric De Keuleneer. 

Et ce n'était que le début d'une longue période de tourments pour l'Europe, son économie et ses institutions financières. En 2009, en Grèce éclate la crise des dettes d'Etats, les dettes souveraines. Mais cela, c'est une autre histoire.

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