IBM achète un champion de l'Open Source pour bouleverser le marché du Cloud

IBM achète un champion de l'Open Source pour bouleverser le marché du Cloud
IBM achète un champion de l'Open Source pour bouleverser le marché du Cloud - © JOHN MACDOUGALL - AFP

Le géant informatique IBM vient d’annoncer le rachat de Red Hat pour 34 milliards de dollars. C'est la transaction la plus importante d'acquisition jamais réalisée par le groupe américain. Et la transaction la plus élevée à ce jour pour un éditeur de logiciels. Une transaction à ce point importante, qu'IBM, pour pouvoir la financer, renoncerait à son programme de rachat d’actions prévu pour 2020 et 2021. L'objectif: accélérer la présence d'IBM sur le marché très juteux du cloud, de l'informatique "dématérialisée".

Stratégie d'une vieille boîte techno

IBM et Red Hat se connaissent bien. Cela fait 17 ans que les deux collaborent sur plusieurs projets, et IBM est revendeur de licences Red Hat depuis des années. "Ce qui est surprenant c’est la vitesse à laquelle ça s’est fait", souligne Stéphane Vanschoors, consultant en infrastructures IT. Mais sur le fond, rien d'étonnant pour lui:"Dans le lancement de sa stratégie cloud, IBM n’a pas été très performant et n’a pas encore vraiment percé dans ce marché du cloud - un marché d’avenir pour eux. Ils avaient un réel besoin de se repositionner et de proposer une alternative à ce qui existe pour l’instant".

IBM n'a pas encore percé dans ce marché du cloud

IBM veut donc continuer sa diversification, faire autre chose que des services de consultance, et du matériel informatique, des activités qui ont pesé sur ses résultats: le chiffre d'affaires d'IBM a été en recul pendant 22 trimestres d'affilée entre 2012 et fin 2017. Et IBM donc de se tourner vers une acquisition pour se réinventer, une acquisition qui devrait développer sa position stratégique dans le "cloud hybride".

Cloud Hybride: une "poche de croissance"

Selon IBM (cité par Le Monde) 80 % de la charge de travail des entreprises n’est toujours pas transposable dans le cloud en raison de la nature fermée du marché de l’informatique dématérialisée à l’heure actuelle. Or, ce cloud hybride devrait permettre, par exemple, de connecter différents types de "clouds": privés, publics,...

Le cloud hybride c'est en fait la capacité pour une entreprise qui dispose d’un cloud interne, d’aller chercher des ressources à l’extérieur : des capacités de stockage de données ou de calcul. L'idée c'est donc bien de permettre aux entreprise de travailler de manière encore plus dématérialisée.

Pour quels types d’entreprise ?

Stéphane Vanschoors nous donne quelques exemples: "Dans le secteur bancaire par exemple, les données sont quelque chose d’extrêmement critique. Donc une banque ne va pas installer ses données sur un cloud dont elle n’a pas la maîtrise. Par contre, en ce qui concerne les calculs, aucun problème pour aller chercher des ressources à l’extérieur tout en conservant ses données en interne. Pour des entreprise actives dans l’IOT (Internet des objets, montres ou frigos connectés par exemple, NDR) c’est exactement l’inverse : les données sont très éphémères, mais leurs algorithmes sont très importants. Donc ces entreprises-là vont plutôt aller chercher à l’extérieur de grandes capacités de stockage".

Si vous vendez les tickets pour des concerts de Madonna...

"Le cloud hybride, c’est ce qui va assurer une passerelle facile à mettre en place. Si votre entreprise vend des tickets de concert en ligne…Et que l'on vous propose de vendre les billets de la prochaine tournée mondiale de Madonna. Vous savez que pendant plusieurs heures vos systèmes vont complètement exploser. Qu’est-ce que vous faites ? Vous allez sur un cloud extérieur, chercher des ressources supplémentaires pendant une période de temps limitée, pour assurer votre service de vendeur de tickets sur internet".

...passez à 1 million de clients en quelques secondes

Cela signifie que le cloud hybride permet en théorie à quelqu’un de développer très facilement et sans trop de moyens une application, et de passer du jour au lendemain de un client, à 1 million de clients, sans s’inquiéter de l’infrastructure. "Du jour au lendemain, quelqu’un d’innovant avec très peu de moyens peut venir concurrencer les géants du web. Avant, pour installer un système qui peut vendre 1000 tickets à la seconde, il fallait être une entreprise d'une certaine taille. Maintenant, on peut multiplier cette solution par 100, par mille, en une seconde à peine". Le nombre potentiel d'entreprises technologiques qui seront friandes de ce genre de solution de capacités supplémentaires, voilà ce sur quoi mise IBM aujourd'hui pour assurer sa propre croissance - et ça pourrait changer la dynamique de concurrence dans le secteur tout entier.

Concurrence accrue et concentration des revenus

Ce type de solutions cloud, entre autres, peut donc accélérer la concurrence, la naissance et l'expansion rapides d’entreprises qui pourraient à l’avenir devenir très rapidement un des colosses du web - et canaliser des revenus gigantesques. Ce n'est pas forcément une bonne nouvelle, selon TechCrunch. Pour le site spécialisé, l'acquisition de Red Hat est le signe que la croissance d'entreprises logicielles permet une concentration massive de richesses.  

Et le site d'enfoncer le clou: "contrairement aux géants industriels qui partageaient leur richesse avec les fournisseurs de ressources physiques - fournisseurs, distributeurs, entreprises d'emballages,...les logiciels ne nécessitent pratiquement aucun coût matériel de création ou de distribution. L’agrégation de valeur pour les géants de l’informatique et leurs dirigeants montre (...) un glissement radical du capital hors des mains du travail".

 

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