Huawei, ZTE, Xiaomi… le syndrome chinois menace-t-il le réseau 5G européen?

le Centre belge pour la cybersécurité (CCB) a été chargé d’étudier la question des dangers éventuels de l’utilisation de l’infrastructure 5G chinoise.
le Centre belge pour la cybersécurité (CCB) a été chargé d’étudier la question des dangers éventuels de l’utilisation de l’infrastructure 5G chinoise. - © EMMANUEL DUNAND - AFP

La crainte des entreprises occidentales et des gouvernements de voir débarquer chez nous toute la puissance asiatique n’est pas une légende. Huawei, ZTE, Oppo et Xiaomi sont précédés d’une odeur de soufre.

Les téléphones « made in China » ont marqué plusieurs points l’année dernière. Huawei a écoulé 200 millions de terminaux et se rapproche des 290 millions de Samsung (Strategy Analytics). Et surtout les constructeurs chinois sont confrontés (comme tout le monde) à une baisse de leurs ventes. Alors ils lorgnent du côté de la clientèle européenne. Et le résultat se fait déjà sentir : 40% des smartphones de marques chinoises ont été achetés hors de Chine en 2018. (GFK)

Un déploiement en occident qui touche aussi les infrastructures

En matière de 5G, l’ennemi désigné est clairement Huawei, accusé par les Etats-Unis, d’utiliser sa technologie (antennes, stations de base, etc.) pour espionner les Etats. Il faut savoir qu’aujourd’hui les briques technologiques sont généralement chinoises ou américaines, avec aussi Nokia et Ericsson. L’argument « sécuritaire » cache donc une guerre économique entre les Etats-Unis et la Chine. L’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Canada ou le Japon ont déjà choisi leur camp, en rangeant du côté des Américains. Eux aussi boycottent les équipements 5G de Huawei.

Aucune preuve contre Huawei

En novembre, le Wall Street Journal rapportait que les autorités américaines faisaient pression sur ses alliés pour les obliger à prendre des mesures d’exclusion du constructeur chinois.

Pourtant, voici une bonne semaine, le Financial Times écrivait ce son côté que le service de renseignement britannique pour la cybersécurité estimait qu’il est très possible de limiter les risques liés à l’utilisation des infrastructures chinoise.

Et surtout, cela nous a été confirmé par des opérateurs belges, il n’existe, pour l’instant, aucune preuve d’un espionnage attribué à Huawei. C’est donc principalement un conflit économique.

Les positions européenne et belge

En Europe, pas question de se mettre dans le sillage de Trump. Chez nous, de nombreux opérateurs craignent que l’écartement systématique de Huawei ferait prendre du retard dans le déploiement de la 5G. La grande Bretagne serait d’ailleurs en train de revoir, sa position à l’égard de Huawei.

La Belgique est encore dans l’expectative. Le ministre des Télécom Philippe De Backer a expliqué lors d’une interview accordée au journal Le soir, que le Centre belge pour la cybersécurité (CCB) a été chargé d’étudier la question des dangers éventuels de l’utilisation de l’infrastructure 5G chinoise. Et ce rapport (dont la publication est prévue pour début mai) doit permettre de voir dans quelle mesure il serait possible d’acquérir le matériel chinois tout en restant capable de le contrôler. Il faut d’ailleurs rappeler que certains opérateurs, comme Proximus, utilisent déjà du matériel Huawei.

Huawei veut rassurer en ouvrant un centre de test de ses équipements en Belgique

Preuve de la tension, Huawei a inauguré ce mardi, à Bruxelles, son nouveau centre de cybersécurité, qui doit permettre aux opérateurs européens de tester l’ensemble des produits de l’équipementier réseaux et ainsi rassurer sur les risques d’espionnage soulevés par les Etats-Unis.

Il s’agit du troisième centre européen de ce type ouvert par le groupe chinois, après ceux de Londres et Bonn, qui sont cogérés avec les gouvernements britannique et allemand, respectivement.

« Nous ouvrons ce centre pour construire un environnement numérique de confiance et de sécurité. Nous espérons que les régulateurs et nos clients utiliseront cette plateforme afin de travailler conjointement pour améliorer la sécurité dans l’ensemble de l’écosystème », a déclaré le vice-président du groupe, Ken Hu, lors de la conférence de presse de ce mardi. Il est aussi piquant de constater que Huawei ouvre un centre de développement sur la cybersécurité en Belgique. On a du mal à imaginer que Huawei puisse ouvrir un tel centre, mais soit interdit d’installations 5G.

Cette inauguration intervient alors que les tensions entre le groupe chinois, les Etats-Unis et le Canada sont montées lundi avec le lancement de la procédure d’extradition vers les Etats-Unis de la directrice financière de Huawei, et fille du fondateur du groupe.

La Chine a répliqué en accusant deux ressortissants canadiens, interpellés ces dernières semaines, d’espionnage, même si Pékin assure que ces affaires sont sans lien.

Huawei pourrait d’ailleurs ouvrir un nouveau front judiciaire, selon le quotidien américain New York Times, avec le dépôt prochain d’une plainte au Texas contre le gouvernement fédéral américain pour avoir interdit aux agences fédérales d’utiliser des équipements Huawei.

Selon la direction chinoise que nous avons rencontrée à Barcelone, Huawei discute en tout cas avec tous les opérateurs belges. Contrairement à la Grande-Bretagne qui veut instaurer ses propres conditions, la Belgique plaide pour une position européenne commune.

5G : la Belgique ne sera pas prête pour la fin de l’année

Si plusieurs villes européennes assurent pouvoir débuter la 5G encore cette année, ce ne sera pas le cas de la Belgique. D’abord nous avons un gouvernement en affaires courantes. Ensuite ventes des fréquences 5G n’auront lieu qu’en 2020. Ensuite le fédéral et les régions ne sont pas d’accord sur la manière de se répartir les recettes de ces ventes. Et enfin, la désignation d’un possible 4e opérateur télécoms belge entretient la mauvaise humeur.

Dominique Leroy, la patronne de Proximus a déclaré vendredi dernier que le retard dans la mise aux enchères des fréquences 5G pourrait placer la Belgique en queue du peloton en matière de déploiement de la 5G. Ambiance au pays des télécoms.

Archives: Journal télévisé 07/12/2018

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