Hôpitaux belges: une dégradation de leurs résultats, "historiquement bas"

Hôpitaux belges: une dégradation de leurs résultats, "historiquement bas"
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Hôpitaux belges: une dégradation de leurs résultats, "historiquement bas" - © ERIC LALMAND - BELGA

La situation économique et financière des hôpitaux belges a de quoi inquiéter. Quatre sur dix ont des résultats dans le rouge. L'analyse sectorielle des hôpitaux généraux en Belgique n'est pas inédite, mais ses résultats le sont. Ils démontrent une dégradation progressive de la situation financière des hôpitaux généraux belges, aussi bien privés que publics.

Globalement les hôpitaux généraux ont fait en 2017 un résultat courant de 30 millions d’euros par rapport à un chiffre d’affaires de 14 milliard. Ça veut dire une marge…de 0,2%. C’est évidemment très très peu et ce résultat est en détérioration depuis 3-4 ans. En un an, le résultat courant des 92 hôpitaux analysés à fondu de 70%.

Des marges aussi faibles, du "jamais vu"

"Ces signes de fragilisations avaient déjà été mentionnés les dernières années, mais le seuil atteint devient critique", souligne Arnaud Dessoy, responsable du service d'études de Belfius. Pour lui, ces résultats sont historiquement bas: "Des marges aussi faibles, et des résultats aussi faibles, de mémoire, je n’en n’ai pas encore vu pour l’ensemble du secteur".

Exercice 2017

Le "résultat courant" est un indicateur extrêmement utile, pour avoir une idée de la rentabilité de l’exploitation d'une entreprise - de ses activités, et dans ce cas-ci du secteur. Il y a des disparités dans les chiffres évidemment, avec des hôpitaux qui se portent bien mieux que d'autres. Mais la tendance générale est là, confirmée de surcroît par une érosion du nombre d’hôpitaux qui se portent très bien, et une nette augmentation du nombre d'institutions dont le résultat est négatif - 40% des hôpitaux en tout.

Budgets serrés, défis à relever

Pour le secteur, c'est clair, les différentes mesures de restrictions budgétaires ont rogné les marges. Des diminutions de financement qui qui se comptent en centaines de millions d'euros depuis 2013. Et "avec un résultat aussi faible, c’est compliqué de pouvoir générer des réserves, de faire de l’auto-financement. C’est une situation fragile pour les défis à venir du secteur hospitalier". Vieillissement de la population, digitalisation de la santé et des services, pour ne citer que ceux-là.

Rationaliser, la solution?

Des fusions, des partenariats entre le privé et le public, des collaborations existantes rendues plus efficaces, et des services concentrés sur un nombre de sites restreint - par exemple pour des services qui connaissent trop de lits vides. Voilà la logique des réseaux hospitaliers, dont la mise en œuvre est prévue dans la réforme du paysage hospitalier de Maggie De Block, et pour laquelle un consensus existe aujourd'hui dans le secteur

La situation est plus que délicate pour la grande majorité des hôpitaux du pays. L’infrastructure est vieille et peu adaptée à une médecine moderne

Mais selon Pierre Smiets, directeur général de l’UNESSA, fédération qui représente entre autres les hôpitaux en Région Wallonne, ces réseaux ne seront pas une baguette magique: "Il n’y a pas de solution toute faite. Notre secteur, comme d’autres, a connu d’impressionnantes mesures gouvernementales d’économie. On peut bien sûr avancer dans les réseaux hospitaliers, mais ce n’est pas ça qui va nécessairement amener de grandes économies. D’ autant qu’en Wallonie, la situation est délicate. Il y a les hôpitaux publics, les hôpitaux associatifs, …et la réglementation fait que c’est très difficile au stade actuel de travailler ensemble. Et donc il faut vraiment changer la réglementation à ce niveau-là".

Et Pierre Smiets n'y va pas par quatre chemins: "La situation est plus que délicate pour la grande majorité des hôpitaux du pays. Il est vraiment nécessaire d’investir. L’infrastructure [en Wallonie] est vieille et peu adaptée à une médecine moderne". Sans compter que malgré les convergences attendues, les gains en efficacité et les économies d'échelle vont mettre du temps à arriver. Quand ce sera le cas...est-ce qu'il ne sera pas trop tard pour la soutenabilité financière des hôpitaux?
Le secteur vous l'aurez compris, réclame donc des investissements publics conséquents.

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