Hausse du prix des matières premières: la bière plus chère pour la réouverture des terrasses?

A quoi doit-on s’attendre en matière de prix des boissons sur les terrasses qui rouvriront dès ce samedi 8 mai ? Est-ce qu’on aura une mousse plus chère en terrasse ? Question existentielle pour la reprise.

On pourrait effectivement assister à ce qu’on qualifierait d’"effet-terrasse" si on a à la fois une ruée vers l’Horeca, des gens qui sont soulagés, enthousiastes, qui se ruent en masse vers les cafés, et en même temps, des tenanciers de l’Horeca qui ont envie de se refaire après des mois longs et difficiles.

Mais ça se fera sous conditions, parce que la météo sera une condition…

Une météo belge

Une mauvaise météo fera en sorte qu’on aura des terrasses remplies ou pas. Rappelons aussi qu’il y a une TVA abaissée à 6% jusqu’en septembre, et ça, ça augmente déjà la marge à la fois sur la nourriture, mais aussi sur l’alcool que les tenanciers Horeca se font, se mettent dans la poche.

On pourrait donc avoir un effet-terrasse, oui, mais ce sera de toute façon dans la mesure que les consommateurs veulent bien accepter et ce sera de toute façon limité. Ce qui est certain, c’est qu’on va assister dans les semaines qui viennent à un véritable laboratoire de microéconomie sur l’ajustement des prix en terrasse.

Les brasseurs

Du côté des brasseurs, on se réjouit, on a mis les bouchées doubles pour cette réouverture. C’est ce que nous dit le représentant d’Alken-Maes : "Nous sommes très impatients de la réouverture des terrasses samedi. Au cours des dernières semaines, nous avons nettoyé et préparé environ 2500 systèmes de débit chez nos clients, et dans notre brasserie Cristal à Alken, nous avons brassé près de 17 millions de litres de bière, ce qui équivaut environ à 67 millions de bières. Et parce que nos 610 collègues d’Alken-Maes ont travaillé si dur ces dernières semaines, Alken-Maes a décidé de donner une tournée générale. L’entreprise payera l’addition des premières bières de tous les employés".

Augmentation des prix ?

Voilà une question à 1000 euros. Est-ce que la reprise économique au niveau mondial va être marquée du signe de l’inflation ? Pour l’instant, c’est le cas.

Maïs, blé, soja, pétrole, cuivre, minerai de fer, l’ensemble des métaux industriels, pratiquement toutes les matières premières sont aujourd’hui sous tension, parfois pour des raisons météorologiques, pour certaines denrées agricoles, mais surtout aussi parce que c’est la ruée, c’est l’effet-terrasse, une ruée en même temps de tous les acteurs vers les mêmes produits.

Des prix à la hausse sur la durée en raison de l’effet terrasse ?

L’effet-terrasse pourrait-il pousser les prix à la hausse très longtemps, sur une longue durée ? Pas nécessairement. William de Vijlder, le chef économiste du groupe BNP Paribas, résume assez bien les projections actuelles : "Voilà, ça, c’est le scénario qui aujourd’hui fait consensus. Pour les projections de BNP, c’est un pic d’inflation à 2,5% en novembre qui retombe à 1,4% en juin 2022. Ça veut dire que les prix chauffent au démarrage, lors de la ruée, lors de l’effet-terrasse, mais l’inflation se tasse dès l’année prochaine, quand la situation économique se sera normalisée, quand les entreprises seront de nouveau en mesure de répondre pleinement à la demande qui leur est faite. Ça, c’est le scénario, c’est le consensus. Ça vaut ce que ça vaut, on est en présence d’un redémarrage à vitesse grand V d’une économie mondialisée qui fait suite à une crise inédite, donc il faut rester prudent sur ce qu’on annonce. Mais oui, on va sans doute avoir pendant plusieurs mois une augmentation sur certains prix, sur certaines tendances — maïs, blé, pétrole, cuivre — et vous allez le voir, pour ceux qui veulent rénover leur véranda, racheter un vélo électrique ou des filtres pour leur carafe d’eau, mais ce n’est pas pour autant qu’on aura affaire à une inflation durable dans le temps".

 

Il n’y a pas encore vraiment de péril en la demeure en matière d’inflation

Que manque-t-il dans ce cas pour une inflation qui pourrait durer, pour un véritable emballement des prix sur une longue durée ? Pour Xavier Dupret, économiste, ce qui manque pour une inflation durable dans le temps, c’est un véritable emballement sur les salaires : "Si les salaires ne suivent pas les augmentations de prix, les prix ne vont pas suivre eux-mêmes les augmentations de salaire et l’inflation ne va pas s’autoentretenir. C’est quelque chose que l’on constate pour la zone euro, pour le Japon et pour les États-Unis. Il n’y a pas encore vraiment de péril en la demeure en matière d’inflation".

Pour l’instant, pas d’emballement en vue. On rappelle qu’a priori, il y aura des faillites dans les mois qui viennent, il y aura des pertes d’emplois, et donc aussi des difficultés sur le marché du travail, c’est-à-dire de faibles perspectives de négociations sur les salaires. On le constate actuellement avec les négociations qui ont lieu dans le cadre de l’accord interprofessionnel. Il n’y a aujourd’hui pas d’envolées prévues sur les salaires, et ça, ça devrait ralentir l’inflation dans les mois qui viennent.

A priori, si l’on résume la boule de cristal des économistes, une augmentation des prix en terrasse pour votre bière est possible, mais aussi ailleurs pendant une durée de six mois, voire un an… En rappelant que la boule de cristal est évidemment toujours à prendre avec prudence

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