Grosses perturbations pour cette deuxième grève tournante

Des manifestants faisant un feu du côté de Gand
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Des manifestants faisant un feu du côté de Gand - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Nouvelle journée de grève tournante ce lundi. C'est la deuxième du genre. Cette fois, c'était au tour des provinces de Namur, Liège, Flandre orientale et Flandre occidentale. Les grévistes dénoncent les mesures annoncées par le gouvernement fédéral, et notamment le saut d'index et la pension à 67 ans. La mobilisation était importante. Vers 18h, une partie des piquets de grève étaient déjà levés, mais des perturbations importantes touchaient encore la circulation ferroviaire et le trafic routier.

La mobilité a été la première victime des actions syndicales lundi. La circulation ferroviaire a ainsi été touchée dès 22h dimanche et s'est effectuée au ralenti toute la journée de lundi. Seuls 48% des trains ont circulé entre 6h00 et 9h00, tandis que 445 trains ont été totalement ou partiellement supprimés en matinée. Les lignes les plus touchées ont été la liaison Bruxelles-Namur, puisque seules 5% des voitures ont pris le départ et la liaison Bruxelles-Liège, avec seulement 68% des trains, mais limités entre la capitale et Louvain. Aucun train n'a circulé entre Namur et Liège, et un train sur deux seulement entre Namur et Mons.

Les trains en provenance de l'ouest du pays ont également été touchés par cette journée d'actions syndicales. Plusieurs lignes importantes au départ de Bruges et de Gand n'étaient pas opérationnelles.

En soirée, l'intensité de la circulation ferroviaire a encore baissé, puisque seuls 40% des trains roulaient entre 16h et 18h. Sur les lignes reliant Bruxelles et Namur, Bruxelles et Liège, Bruxelles et Ostende ainsi que sur celle entre Namur et Liège, aucun train ne circulait dans les deux sens.

Les trains à grande vitesse Eurostar circulaient normalement. Les Thalys ne roulaient quant à eux pas en direction de Liège et de l'Allemagne.

Les transports en commun ont également souffert du mouvement syndical. Les TEC Liège-Verviers étaient presque totalement à l'arrêt, tandis que la transports publics ne circulaient pas dans la région namuroise. A Dinant, quelques chauffeurs ont pris leur service, de même qu'à Philippeville, Chimay ou encore Ciney. Au nord du pays, des perturbations sont prévues sur les lignes de De Lijn jusqu'en fin de journée dans les provinces de Flandre orientale et de Flandre occidentale.

Le trafic aérien n'a pas été épargné

A Liège, l'aéroport est inaccessible depuis le début de la matinée. Les opérateurs de transports de marchandises avaient néanmoins pris leurs dispositions afin d'effectuer tous les vols avant 6h du matin. Un certain nombre de travailleurs ont également pu accéder au site pour assurer les missions de maintenance et respecter les règles élémentaires de sûreté et de sécurité.

Conséquence de cette paralysie, le réseau routier a également connu une journée très dense. Lundi matin, quelque 280 kilomètres de files étaient enregistrées sur les autoroutes du pays. En soirée, la circulation demeurait difficile sur le ring de Bruxelles et dans le centre de la capitale.

Une activité économique tournant au ralenti

L'activité économique a été diversement touchée par la grève, selon les régions et selon les sources. En province de Namur, les zonings industriels de Seilles (Andenne) et de Rhisnes, ainsi que le parc industriel Créalys aux Isnes (Gembloux), ont été bloqués. En province de Liège, les zonings des Plenesses, de Petit-Rechain, des Hauts-Sarts (Herstal), de Villers-le-Bouillet, de Grâce-Hollogne et d'Eupen se sont vu imposer un piquet de grève, tandis que les entreprises SCA, Delacre, Spa Monopole, 3B, TNT, Techspace Aero, la FN Herstal, AB InBev ou encore Corman étaient à l'arrêt.

A Liège, toutes les galeries commerçantes étaient fermées lundi de même que la plupart des enseignes de distribution.

Action suivie en Flandre, surtout à Gand

En Flandre orientale et occidentale, la grève était également bien suivie. Surtout dans le monde des entreprises établies dans la région de Gand avec des piquets de grève devant des magasins. Les crèches et les écoles primaires étaient également touchées par la grève. La zone portuaire gantoise était notamment complètement bloquée. Les bus De Lijn n'ont pas été épargné non plus et la moitié des lignes ont été supprimées à la SNCB.

Au total, quelque 10 000 militants et travailleurs ont occupé les différents piquets dans les deux provinces, selon les syndicats qui parlent d'une action réussie. Mais les patrons flamands, eux, minimisent les conséquences de la grève en Flandre puisqu'elle n'aurait affecté, selon eux, qu'entre "20 et 30%" des entreprises des deux provinces flamandes. L'organisation patronale Voka fustige néanmoins les "dégâts considérables à notre économie" infligés par "une minorité". Des propos relayés par Agoria, la fédération des entreprises technologiques. "Plusieurs jours de perte de production, cela ne se récupère pas. Les grévistes d'aujourd'hui empêchent la création des jobs industriels de demain", fustige l'organisation.

Dans les services publics

L'impact de la grève s'est également fait sentir dans les services publics. La distribution du courrier en province de Liège était pratiquement inexistante. Dans la province de Namur, 65% du courrier classique a été distribué, indiquait bpost lundi. Plusieurs administrations communales étaient paralysées par le mouvement. Ce fut le cas à, partiellement ou totalement, Dison, Verviers ou encore à Gand. Les services médicaux et de soins de santé ont aussi débrayé, notamment à Liège où les différents sites du Centre hospitalier chrétien ont tourné au ralenti. Plusieurs écoles ont fermé leurs portes dans le namurois et en province de Liège.

Les agents pénitentiaires ont également participé au mouvement. Tant en Flandre qu'en Wallonie, environ un tiers des agents ont pris leur poste. "Nous avons fonctionné avec des renforts policiers et des régimes adaptés où cela s'avérait nécessaire", explique Laurent Sempot, porte-parole de l'administration pénitentiaire. Aucun incident n'a été à déplorer.

Les syndicats se disent prêts à poursuivent leurs actions après le 15 décembre

Avec cette nouvelle journée de grèves tournantes, le front commun syndical veut protester contre plusieurs mesures contenues dans l'accord du gouvernement Michel, notamment le relèvement de l'âge de la pension, le saut d'index et la suppression du crédit-temps.

Marc Goblet, le secrétaire général de la FGTB, a une nouvelle fois fustigé l'attitude "scandaleuse" du gouvernement fédéral. "Ils répètent que le mot 'concertation' est écrit 117 fois dans leur déclaration de politique générale. On leur demande de respecter une seule fois la concertation sociale", a-t-il déclaré. Son homologue de la CSC, Marie-Hélène Ska, s'en est elle prise au patronat, dont elle dénonce l'arrogance. Elle a appelé les militants à ne pas baisser les bras. "Le mouvement est large, soutenu. Continuons, restons groupés", a-t-elle affirmé lors de sa visite aux Hauts-Sarts (Herstal).

La journée de lundi prochain verra la grève tournante toucher les deux Brabants ainsi que la région de Bruxelles, avant la grève nationale du lundi 15 décembre. Les syndicats ont par ailleurs répété que, faute de virage du gouvernement dans sa politique, les actions se poursuivront au-delà du 15 décembre.

Un agent pénitentiaire sur trois à son poste

Environ un agent pénitentiaire sur trois a pris son service lundi dans les provinces de Namur, de Liège, de Flandre orientale et de Flandre occidentale, indique Laurent Sempot, le porte-parole de l'administration pénitentiaire. "La situation varie de prison en prison", a-t-il expliqué, en ajoutant que la situation la plus problématique s'est posée à la prison de Huy.

"Nous avons fonctionné avec des renforts policiers et des régimes adaptés où cela s'avérait nécessaire", explique Laurent Sempot. Aucun incident n'est survenu, précise-t-il.

Les agents de nuit ont assuré le service des grévistes dans les établissements où de nombreux agents se sont croisés les bras, telle que la prison de Bruges.

Aucun incident majeur en province de Namur, la mobilisation continue

Luc Giltay, secrétaire régional adjoint de la FGTB Namur, et Thierry Jacques, secrétaire fédéral de la CSC Namur-Dinant, étaient lundi en fin de journée très satisfaits de la mobilisation dans le cadre des grèves tournantes qui se sont déroulées dans quatre provinces, dont celle de Namur. Aucun incident majeur n'est à déplorer.

Luc Giltay déclare avoir eu peu d'incidents rapportés par la police ou les responsables syndicaux. Il évoque toutefois quelques " frictions " aux abords des barrages filtrants dressés à l'entrée de plusieurs zonings.

"Au zoning de Rhisnes par exemple, un camionneur a fait de l'intimidation du haut de son 25 tonnes. Il était étranger et ne comprenait peut-être pas bien ce qu'on lui disait et ses impératifs horaires étaient incompatibles avec notre action, alors il s'est énervé. Ce sont des choses qui arrivent", a expliqué Luc Giltay.

Thierry Jacques évoque parfois quelques petites discussions houleuses sans gravité. Si la mobilisation était grande, Luc Giltay s'est en outre réjoui du fait que des militants d'autres provinces sont venus prêter main forte à leurs camarades namurois pour installer les barrages et les soutenir.

Les syndicats restent plus que jamais déterminés. "On va aller au bout de notre plan d'actions. Si le gouvernement fédéral reste sourd après la grève générale du 15 décembre, on se réunira à nouveau le 16 décembre pour voir ce qu'on peut faire et envisager d'autres actions", prévient Luc Giltay. Le son de cloche est identique pour Thierry Jacques: "Tant que le gouvernement ne nous entend pas, nous continuerons! ".

Rencontre avec le ministre fédéral du Budget à Hannut

Une quarantaine de manifestants de la CGSP et de la SETca ont rencontré lundi matin le bourgmestre en titre de Hannut et ministre fédéral du Budget, Hervé Jamar (MR), pour lui "parler des mesures gouvernementales et de ses implications sur le citoyen et sur l'avenir du travailleur", a indiqué Jean-Pierre God, secrétaire inter-régional CGSP à Huy.

Le ministre fédéral du Budget a écouté les doléances des militants. "Je constate qu'il y a ici une majorité de personnes venant de la fonction publique", a déclaré Hervé Jamar, en ajoutant qu'il y avait des espaces de négociation possibles.

La rencontre, qualifiée de "constructive" par les différents intervenants, a duré une heure et demie. Hervé Jamar a annoncé qu'il allait relayer les doléances des manifestants au gouvernement.

Des barrages filtrants ont été mis sur pied dans le centre-ville de Hannut. Quant à l'administration communale, elle a fonctionné normalement, avec un ouvrier sur 40 en grève uniquement.

RTBF avec Belga

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