Grève des pilotes Ryanair: près de 400 vols supprimés en Europe, dont 98 en Belgique

La grève à l'aéroport de Charleroi.
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La grève à l'aéroport de Charleroi. - © Grégory Fobe

Une grève des pilotes de la compagnie aérienne à bas coûts touche plusieurs pays européens vendredi, dont la Belgique. Les pilotes exigent de meilleures conditions de travail et l'application du droit du travail du pays dans lequel ils opèrent. En Belgique, 82 vols ont été supprimés à l'aéroport de Charleroi et 26 à Brussels Airport, touchant 14.000 passagers. Ces derniers se sont vus offrir un vol alternatif ou un remboursement. Au niveau européen, ce sont 400 vols qui ont été annulés.

Au total, plus de 55.000 passagers seront concernés, dont 42.000 pour l'Allemagne, selon la compagnie qui a promis aux voyageurs lésés un changement gratuit de réservation. Ryanair a précisé que 85% de leurs vols seront assurés. "Plus de 2.000 vols opéreront normalement, transportant près de 400.000 passagers à travers l'Europe", a indiqué jeudi soir la compagnie irlandaise sur Twitter.

Un sit-in à Charleroi

Une trentaine de pilotes Ryanair ont rejoint vendredi matin à l'aéroport de Charleroi (BSCA) le sit-in organisé pour dénoncer l'attitude de la direction de la compagnie et son refus d'instaurer un dialogue social. D'autres pilotes et des membres du personnel de cabine sont attendus dans la matinée pour participer à l'action.

"Nous ne demandons pas d'augmentation salariale, mais l'application des législations nationales dans chaque pays où Ryanair opère, a indiqué un des pilotes présents. C'est une demande légitime."

Pour le personnel basé à Charleroi, cette référence à la législation belge signifierait notamment la prise en compte de l'ancienneté et la possibilité d'indemnité de chômage. "Aujourd'hui, on n'y a pas droit comme on dépend de la sécurité sociale irlandaise", a expliqué un pilote. Selon lui, la compagnie est opposée à ce genre de concessions et s'en vante même auprès de ses investisseurs.

L'organisation d'un sit-in, le premier du genre pour le personnel de la compagnie basé à Charleroi, marque une évolution, selon Yves Lambot, permanent CNE. "Le tournant dans notre mobilisation ? Je crois que ce sont les problèmes de planning que Ryanair nous a imputés à l'automne dernier. On veut véritablement que les choses changent avec l'instauration d'un véritable dialogue social", a indiqué un pilote.

Une grève "inutile"

La compagnie, qui revendique 130 millions de clients annuels et dénonce une grève "inutile", a vu ces derniers mois le malaise social s'étendre à ses principales catégories de personnel en Europe.

Fin juillet, l'entreprise irlandaise avait affronté une grève du personnel de cabine en Espagne, Italie, Portugal et Belgique. Quelque 600 vols furent annulés touchant 100.000 passagers.

L'impact de ce type de mouvements est bien plus important que des grèves nationales isolées lors desquelles la compagnie peut remplacer les grévistes par leurs collègues de pays voisins.

Les tensions à Ryanair ont éclaté au grand jour à la suite d'un sérieux problème de planning de pilotes en septembre 2017, qui a entraîné un grave conflit et des annulations portant sur 20.000 vols.

Dumping social

Cette crise a forcé Ryanair à reconnaître des syndicats dans plusieurs pays, ce que la compagnie avait toujours refusé.

Mais souvent, le dialogue échoue, comme en Irlande où la compagnie a annoncé la semaine dernière le transfert à venir d'avions de Dublin vers la Pologne. 300 emplois sont en jeu.

D'une manière générale, les syndicats reprochent à la compagnie sa politique salariale agressive, le recours à des contrats précaires et au dumping social.

Ainsi, Ryanair impose quand il le peut, selon les syndicalistes, des contrats de travail irlandais plus flexibles aux personnels naviguant, même s'ils vivent ailleurs en Europe. Pour se justifier, la compagnie relève que la majeure partie du travail se fait à bord d'avions immatriculés en Irlande.

Ryanair, qui a connu une croissance considérable avec un bénéfice en 2018 prévu à plus de 1,25 milliard d'euros, se vante d'ailleurs d'avoir des "coûts bien moins élevés par passager que ses concurrents".

Pour le syndicat de pilote allemand Vereinigung Cockpit (VC), il s'agit du fond du problème. Selon lui, Ryanair refuse toute augmentation de sa masse salariale, condamnant par là même les pourparlers. "Ryanair a exclu toute hausse de ces dépenses. Parallèlement, Ryanair n'a donné aucune indication sur les marges de manœuvre pour trouver une solution. Ryanair est donc totalement responsable de l'escalade", a martelé mercredi le chef de VC Martin Locher.

Entre autres revendications, les syndicats demandent des hausses de salaire, l'intégration des intérimaires ou encore des contrats de travail du pays de résidence des pilotes.

En Allemagne, le transporteur aérien a envoyé combattre en première ligne son directeur marketing, Kenny Jacobs, qui a qualifié cette grève d'"inutile", affirmant que les pilotes étaient mieux lotis que chez ses concurrents Easyjet et Norwegian.

"Les salaires peuvent atteindre 190.000 euros par an et sont en moyenne de 150.000 euros par an. Ils ont reçu 20% d'augmentation de salaire cette année", a-t-il affirmé.

Faire des émules en Europe

Lors de la grève européenne des personnels de cabine, il avait aussi dénoncé des mouvement sociaux sans "aucune justification".

Selon lui, Ryanair verse de très bons salaires dans "des pays présentant un fort taux de chômage des jeunes", référence à l'Italie ou l'Espagne.

Les personnels de Ryanair peuvent en tout cas se targuer du soutien de la Confédération européenne des syndicats (CES) qui regroupe 90 organisations nationales et dix fédérations européenne.

"Je pense que c'est un signal à tous les groupes qui cherchent à opposer les salariés les uns aux autres", a estimé Peter Scherrer, secrétaire général de la CES, appelant à une multiplication des débrayages transnationaux.

Il souhaite notamment une telle mobilisation chez "Amazon", où le malaise social semble aussi gagner du terrain à travers l'Europe.

"Ainsi nous arriverons enfin à ce que nous voulons au niveau européen : des négociations sur les conditions de travail, des standards minimums", a souligné M. Scherrer à la radio-télévision allemande berlinoise RBB.

Grève des pilotes Ryanair ce matin à l'aéroport de Charleroi

Réaction de Kris Peeters et de voyageurs lésés (JT 13h)

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