Grèce: quelles conclusions tirer après plusieurs années de mise sous tutelle financière?

"On peut regarder les choses comme étant un verre à moitié vide ou à moitié rempli"
"On peut regarder les choses comme étant un verre à moitié vide ou à moitié rempli" - © LOUISA GOULIAMAKI - AFP

La Grèce tourne la page du dernier plan d’aide qui régissait le pays depuis 2010. Au total, trois plans se sont succèdés. La Grèce était le dernier pays de la zone euro à en bénéficier après la Chypre, l’Irlande ou encore le Portugal. L'économiste Étienne de Callataÿ fait le point sur l'état financier du pays aujourd'hui.

"On peut regarder les choses comme étant un verre à moitié vide ou à moitié rempli", commente Étienne de Callataÿ. La situation reste à certains égards difficiles, et en particulier sur le long terme, puisque la Grèce doit faire face à une dette publique extrêmement élevée — on parle de 180% du PIB. Pour un ordre de grandeur, on dit qu’en Belgique elle est déjà élevée et elle est à 100% du PIB.

Ce premier élément inquiète notamment le Fonds monétaire international. D’un autre côté, il est incontestable que l’économie grecque se porte mieux. Le taux de chômage, en l’espace de quelques années, est passé de 26% à aujourd’hui une vingtaine de pour cent. Pour l'année 2018, une croissance de 2% est attendue. Et même du côté des finances publiques, les choses s’améliorent. Enfin, on disait que les Grecs étaient incapables de produire quoi que ce soit et que tout ce qu’on trouve en Grèce devait venir de l’étranger, mais ce n'est pas le cas. Les exportations augmentent plus vite que les importations et du point de vue macroéconomique, le bulletin de la Grèce est très certainement autrement plus flatteur aujourd’hui qu’il y a quelques années.

Quid des profits faits "sur le dos de la Grèce"?

Tous ces progrès sont, en partie, dû au fait que la population a été obligée de faire beaucoup de sacrifices en termes de pensions et en termes de salaires au niveau du public. On ne parle donc pas d'euphorie, mais plutôt d'un soulagement car les efforts vont devoir continuer. "La discipline budgétaire à laquelle la Grèce s’était engagée est maintenue. Notamment avec un nouvel aspect de la réforme des retraites qui, en 2019, fera de nouveau mal à la population. On peut voir ça comme étant le prix à payer pour des excès d’une Grèce qui avait connu une croissance excessive dans les premières années de l’unification monétaire, comme on peut le voir comme étant la contrepartie d’une participation à une union monétaire qui est faite d’abord pour les intérêts des plus forts et pas pour les intérêts des plus faibles", explique l'économiste.

Mais du coup, ne plus être sous plan d'aide, qu'est-ce que cela signifie ? La grosse différence est que la Grèce va pouvoir emprunter plus facilement à des conditions plus favorables sur les marchés. Pour le moment, la Grèce n’a plus accès aux marchés, elle s’est financée auprès d’institutions internationales, européennes principalement, à des conditions qui ont été graduellement revues à la baisse. Dans l'accord de juin dernier, il a été convenu que les profits qu’on aurait réalisés en Europe "sur le dos de la Grèce" seraient ristournés au pays.

Une victoire européenne?

"Ce serait idiot de voir la Grèce payer des taux d’intérêt astronomiques. C’est pour ça que dans la dernière tranche de 15 milliards qui leur a été donnée tout récemment, il y a un petit 10 milliards qui est mis de côté pour faire office de réserve pour les mauvais jours et pour pouvoir rassurer les créanciers", analyse Étienne de Callataÿ.

Après, la Grèce reste tout de même sous surveillance trimestrielle, mais plus sous "le diktat de la troïka" : du Fonds monétaire, de l’Union européenne et de la Banque centrale européenne.

Cette "victoire" pour la Grèce met en lumière un autre point positif : l'économie européenne va relativement mieux par rapport à ce qu'elle était il y a cinq ou huit ans. Un peu partout, le taux de chômage recule. Pour Étienne de Callataÿ, ceci représente un "indicateur intéressant, même s’il n’est pas parfait". Donc, les choses vont mieux. Un signe de la force de l’Europe, jusqu’à la prochaine crise bien entendu ?

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