Geert Noels: "Trop tôt pour coter Bernanke"

Ben Bernanke quitte la Fed
Ben Bernanke quitte la Fed - © KAREN BLEIER - BELGAIMAGE

L'économiste Geert Noels attend les effets de la politique monétaire actuelle avant d'évaluer le travail de Bern Bernanke. Il y a eu un précédent fâcheux...

A soixante ans et après deux mandats, Ben Bernanke cède à Janet Yellen le relais à la tête de la Fed, la banque centrale américaine.

Ce mercredi soir, il a présidé son dernier comité de politique monétaire. Avec une décision majeure, mais tellement attendue: la réduction des rachats mensuels d'actifs de dix milliards de dollars. En février, la Fed se "limitera" à consacrer 65 milliards de dollars dans le rachat de titres liés à des crédits hypothécaires et de bons du Trésor.


Cette intervention s'inscrit à la fois dans la poursuite de la politique monétaire et dans un désengagement progressif de la Fed des marchés... "Mais quel investisseur privé est ou sera intéressé par l'achat de ces titres à des taux d'intérêt aussi bas?", s'interroge Geert Noels, fondateur et chef économiste d'Econopolis, société de gestion de patrimoine. Même un relèvement progressif, attendu lui aussi, des taux d'intérêts, ne garantit pas l'arrivée de ces investisseurs privés.


Ben Bernanke laisse à son successeur le soin de faire atterrir cette politique monétaire généreuse qui lui a valu le sobriquet de "helicopter Ben" -- le versement de liquidités pour arrêter la déflation. "Or, poursuit Geert Noels, il est plus facile de commencer une politique pareille, même si elle paraissait peu orthodoxe, que d'en sortir. C'est à ce moment-là que les inconvénients vont apparaître."


Ben Bernanke laisse-t-il à son ex-adjointe un cadeau empoisonné?


Il en avait lui-même reçu un pareil de son prédécesseur. "N'oublions pas, enchaîne Geert Noels, que quand Alan Greenspan a quitté la Fed, en 2006, tout le monde pensait qu'il était un Dieu financier, alors qu'aujourd'hui, on constate que son héritage était assez pauvre et qu'il a fait des erreurs de politique monétaire que son successeur a dû résoudre et qui ont eu des dégâts à l'échelle planétaire." Il est vrai qu'une bonne année après le départ d'Alan Greenspan, les premiers effets de la bulle immobilière furent ressentis, sans anticipation de la Fed -- dont Ben Bernanke était déjà membre du Conseil des gouverneurs.


A l'heure actuelle, les résultats les plus marquants et les plus voyants de la politique monétaire impulsée par la Fed sous la présidence de Ben Bernanke sont l'augmentation de la croissance, le retour de la confiance en l'immobilier et celle des consommateurs et la décrue du chômage. La fin de la récession... D'autres éléments entrent naturellement en ligne de compte, tel le coût modéré de l'énergie.


Dans ce panel, les États-Unis ont d'abord pensé à eux-mêmes, sans vouloir ou pouvoir évaluer tous les effets collatéraux.

 


Dominique Delhalle

 

 

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