Geert Noels: "Seuls les politiques ne voient pas la faillite de la Grèce"

Geert Noels, économiste, analyse la situation économique de la Grèce
Geert Noels, économiste, analyse la situation économique de la Grèce - © RTBF

Les ministres des Finances de la zone euro se sont accordés sur le versement d'une tranche d'aide de 12 milliards d'euro à la Grèce assorti d'un plan d'austérité à voter. Geert Noels, économiste, était l'invité de Matin première ce lundi. Pour lui, il faudrait que l'Europe accepte que la Grèce ne rembourse pas l'entièreté de sa dette. Mais le problème est "politique", dit-il.

Les ministres des Finances de la zone euro se sont mis d'accord sur le versement d'une tranche d'aide de 12 milliards d'euros à la Grèce. Une aide avec certaines conditions. Cette aide doit s'assortir d'un programme d'austérité que le Parlement grec doit voter au préalable. Qui dit austérité, dit privatisations, baisse de revenus et hausse de la fiscalité. 

La Grèce est-elle virtuellement en faillite ? Geert Noels estime que "seuls les politiques n'en sont pas encore convaincus" alors que 95% des investisseurs et les agences de notations le savent déjà, selon l'économiste. Pour lui, le problème est clair, "les politiques nient le problème et vont dire que tout est sous contrôle jusqu'au moment où la solution est prête. Et ce dimanche, la solution n'était pas encore prête".

Le journaliste grec indépendant Georges Kouvaras analyse la pression mise sur les épaules du premier ministre Georges Papandreou. Alors que l'aide ne peut venir que si le Parlement vote des mesures d'austérité, des milliers de personnes sont descendues dans la rue ce week-end pour crier leur colère et demander la démission du Premier ministre. Un Premier qui vient pourtant de remanier son gouvernement.

La journée d'aujourd'hui est cruciale, on saura si Georges Papandreou bénéficie de la confiance du Parlement. "Cela ne devrait pas trop poser de problèmes", explique le journaliste à Bertrand Henne. "Il aura probablement le vote parce qu'il dispose d'une large majorité dans le Parlement" et donc ce plan d'austérité sera voté. Fait important, le Premier ministre aurait pour la première fois évoqué l'organisation d'un référendum sur toutes ces question qui posent problème.

"L'endettement ne peut se résoudre en donnant plus de dette"

Un nouveau plan d'austérité semble donc maintenant inévitable. Un nouveau motif de désespoir pour la population. Mais ce n'est pas vraiment la meilleure solution pour Geert Noels qui pense que l'austérité ne suffira pas. "Croire qu'un problème d'endettement peut se résoudre en donnant encore plus de dette, c'est comme croire qu'un problème d'alcoolisme peut se résoudre en donnant encore une bouteille de vodka", dit-il en appelant à davantage d'espoir pour les jeunes notamment. "Qu'ils ne croient pas qu'ils vont devoir payer jusqu'à la fin de leur vie pour cette dette". Pour l'économiste, il est néanmoins clair que toute solution entraînera une certaine "douleur" pour l'Union européenne.

"Oui à l'austérité, mais qui va payer ?"

Georges Kouvaras nous affirme que la rue veut vraiment savoir qui va payer cette austérité. "Oui à l'austérité", dit le journaliste. "Mais qui va finalement supporter ce plan ?". Pour lui, il y a une certaine forme d'injustice dans la manière dont l'austérité touche les grecs. Ce sont toujours les mêmes qui payent, explique Georges Kouvaras : les jeunes, les salariés, les chômeurs mais jamais les "riches armateurs grecs n'ont été touchés par l'austérité", des armateurs qui seraient apparemment au-dessus des lois, selon Georges Kouvaras. La solution devient extrêmement difficile, le journaliste grec fait état de nombreux suicides liés clairement aux problèmes économiques traversés par le pays.

Il faudrait peut-être que l'Europe accepte que la Grèce ne rembourse pas l'entièreté de sa dette. "Il n'y a pas de solution sans restructuration de la dette", explique Geert Noels. "160% d'endettement par rapport au PIB, même avec un taux raisonnable de 5%, c'est 8% de charge d'intérêt par an, c'est énorme !", dit-il. 

"Une contagion à la Lehman Brothers ? Le cas est différent"

Didier Reynders avait prévenu, si la Grèce se retrouvait en défaut de payement et acceptait une restructuration de sa dette, il y aurait un risque de contagion à la Lehman Brothers, la banque accusée d'avoir déclenché la crise. Geert Noels dresse un constat différent au micro de Matin première. Selon lui, le cas est bien différent ici. Car pour la Grèce, "tout le monde est au courant de la situation, les agences de notation l'avaient déjà annoncé". 

On s'en rend compte, l'Europe éprouve pas mal de difficulté à assumer le fait que la Grèce pourrait faire défaut. Pour l'économiste, le problème est clairement politique. "Les politiciens doivent avouer qu'ils ont pris des garanties sur lesquelles ils vont perdre de l'argent, que la BCE va perdre beaucoup d'argent et qu'elle devrait alors être recapitalisée".

AdC

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK