Geert Noels: "On a peur de le dire mais la récession peut être saine"

Geert Noels: "On a peur de le dire mais la récession peut être saine"
Geert Noels: "On a peur de le dire mais la récession peut être saine" - © Tous droits réservés

Alors que le spectre de la récession pointe à l’horizon en Belgique, Geert Noels, économiste et fondateur d'Econopolis, a analysé les raisons de cette situation et proposé des pistes de solutions pour en sortir dans Matin Première. D'après lui, il faut en finir avec "la croissance dopée artificiellement" et repenser un modèle basé sur une croissance adaptée à l'humain.

Alors que la BNB a annoncé une contraction de 0,6% du PIB au second trimestre 2012, le spectre de la récession pointe à l’horizon.

Même si Geert Noels rappelle que "ces chiffres ont une marge d’erreur parfois très importante", la mesure de la contraction laisse peu de doute sur la réalité du recul. En outre, les perspectives pour le troisième trimestre sont une croissance négative également, rappelle l’économiste. Si ce pronostique se réalise, cela ferait donc bel et bien entrer la Belgique de plein pied dans la récession (deux trimestres négatifs de décroissance consécutifs).

Cependant, cet analyste avisé ne crie pas forcément à la catastrophe pour autant. Au contraire, pour ce dernier, il peut s’agir là d’une opportunité à saisir pour revoir nos modèles de développement économique.

"On a toujours peur de le dire mais une récession peut être saine aussi car nos modèles de croissance sont très difficiles à alimenter". Depuis le 11 septembre 2001, les banques centrales doivent donner "des stimuli quasiment en permanence pour alimenter la croissance et qu’on essaie d’atteindre des niveaux de croissance qui ne sont pas durables par le stimulus monétaire ou par l’endettement", constate l’invité de Matin Première.

Repenser une croissance "adaptée aux sociétés humaines"

Même si le problème n’est pas souvent abordé, le ralentissement de l’économie en Chine montre que si même le modèle chinois connaît des problèmes de croissance et nécessite le même type de stimulus que nos économies, note Geert Noels. Cela démontre que c’est bien le modèle de croissance qui n’est pas durable, relève-t-il.

Pour cet expert, "il faut aller vers une globalisation 2.0 où l’on ne réfléchit pas uniquement à la croissance" mais également à l’environnement, au plein emploi, à l’utilisation des ressources, etc. "Il y a donc beaucoup de travail" pour repenser notre modèle et pas seulement être obnubilé par des perspectives de relance sur quelques trimestres, note Geert Noels.

La croissance issue des avancées technologiques et des innovations est saine mais elle ne se chiffre pas à 2 ou 2,5% mais entre 0,5% et 1,5% maximum. Doper la croissance par des artifices pour atteindre des taux plus élevés n’est pas durable, il faudrait donc mieux s’habituer à des croissances plus lentes, "beaucoup plus pensée sur mesure et adaptée à l’être humain et aux sociétés humaines".

Revoir les coûts du vieillissement sur base d'indicateurs réalistes

Si sur le long terme les chiffres de croissance restent aussi faibles voire négatif, "il faut garder à l’œil les coûts du vieillissement", prévient l'auteur du livre "Econochoc". Si l'on revoit les plans sur lesquels on se base actuellement sur base de chiffres plus réalistes et rationnels (autour de 1%, selon Geert Noels) sur les 30 prochaines années, il faudrait alors revoir complètement les plans de financement du vieillissement, avec tous les indicateurs à la baisse.

Dès lors, il faut trouver des solutions pratiques pour assurer que les plans soient possibles à financer. C'est-à-dire, pas seulement se focaliser sur un recul de l'âge de la pension mais surtout "faire en sorte que l'on crée des formes de travail dans lesquelles les gens peuvent travailler plus longtemps sans perdre leur équilibre".

La vitesse toujours plus élevée et la productivité toujours plus importante du monde du travail doivent être prises en compte pour repenser des carrières plus "sur mesure" pour l'être humain estime l'invité d'Arnaud Ruyssen. Il serait par exemple plus utile que les travailleurs les plus expérimentés soient mis à profit pour l'éducation des plus jeunes afin de leur faire bénéficier de leur expérience et ainsi de créer des conditions à même de permettre des carrières plus longues tout en étant soutenables pour les travailleurs plus âgés.

"Pour la Grèce, rester dans l'euro c'est le drame"

Dès avant les élections grecque de juin dernier, Geert Noels estimait inévitable que le pays sorte de la zone euro. Or, il constate aujourd'hui que "la sortie de la Grèce de la zone euro est fortement discutée au sein des décideurs européens".

Cependant, il ne prédit pas pour autant que cet épisode s'il se concrétise, règlera tous les problèmes, au contraire. "La sortie de la Grèce c’est la partie facile", assène-t-il avec gravité. "Ce sont les conséquences" de cette sortie qu’il faudra gérer, notamment les effets sur d'autres pays qui sont dans une situation similaires (Espagne, Portugal, Italie,...), pour faire en sorte de juguler l’effet domino.

"Ce qu’il faut garder à l’esprit c’est qu’il n’y a pas uniquement le problème budgétaire ou un problème d’endettement mais aussi d’économie", avertit cet ancien auditeur financier. "La Grèce n’a plus d'économie, l’économie ne tourne plus et dans d’autres pays d'Europe, on a une économie qui ne tourne pas bien et où le chômage des jeunes est très élevé", constate-t-il.

Pour Geert Noels, si l'on s'accroche tellement au fait que la Grèce doive rester dans l’euro c'est que soit on croit réellement que le maintien dans l’euro est le seul moyen de sauvetage de la Grèce et de la zone euro, soit "c’est devenu mythique" en termes politiques et avouer que ce modèle est un échec, que ce modèle ne fonctionne pas, serait avouer un échec politique.

"Aujourd’hui on fait comme si en Europe tout devait rester exactement comme c’est établi pour que ce soit une réussite et qu’on ne peut toucher à rien", relève cet administrateur de la Fondation royale. "Je n’y crois pas, je pense que pour la Grèce c’est le drame de rester dans l’euro", dès lors la solution pour la Grèce serait une sortie "contrôlée" de l’euro. Mais attention, une sortie désordonnée aurait pour conséquence que la Grèce s’effondre très vite, prévient notre invité.

Julien Vlassenbroek

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